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Art & Culture

Teiva Viaris : la finesse au service du mariage des sons et des cultures

Publié le 8 décembre 2022

Souvent loin des projecteurs, Teiva s’est récemment vu récompensé au Heiva en tant que meilleur compositeur pour le groupe Ia Ora Te Hura qui dévoile son deuxième opus « Te Mana » le 9 décembre. Intarissable créateur, le quotidien de Teiva se compose avant tout du flux incessant d’idées et de mélodies qu’il manifeste grâce à ses influences multiculturelles dans son havre de paix : son studio. Entre deux enregistrements, Hommes de Polynésie rencontre le jeune artiste au talent synonyme de fraîcheur.

La musique a toujours été là,

Mais bien avant qu’elle soit un choix de carrière, elle sublimait la vie personnelle de Teiva.

« J’ai fait une école de commerce qui n’a rien à voir avec le métier que je fais actuellement. »

Le choix de la sécurité bat son plein, mais comme tout écho, la réalisation de sa dualité vient cueillir son dû un jour ou l’autre.

« La première semaine en école de commerce, nous avons réalisé un test de personnalité, et il se trouve que j’ai celle la moins représentée dans cet environnement. On était 2 dans la promotion à avoir la catégorie INFP, soit la personnalité de créatif. J’ai donc eu un déclic et j’ai commencé à accepter ce profil. »

C’est bien avant, vers l’adolescence, que Teiva a pris les instruments en main. Depuis, il ne les a plus jamais lâchés.

« C’est avant tout créer ses propres morceaux, s’asseoir derrière une guitare, essayer d’inventer des mélodies et plus tard, donner corps au morceau, rajouter des instruments et le faire vivre. »

Ainsi, pour les faire vivre et concrétiser son rêve, Teiva fait deux ans d’école de musique.

« C’était une école privée qui me permettait de valider un niveau de fin de diplôme de conservatoire. L’avantage de la formation c’est qu’il y avait aussi un aspect technique : on apprenait à maîtriser toutes les technologies d’enregistrement qu’on peut trouver dans un studio. »

Un rêve de longue date

Aujourd’hui, lorsqu’il ne donne pas de cours de musique à ses élèves du collège Henri Hiro ou qu’il n’est pas en pleine session de surf, il est terré chez lui dans son studio d’enregistrement. Pour Teiva, la création musicale est presque obsessionnelle.

« Parfois, je me réveille en plein milieu de la nuit car j’ai une idée. Cela me parait dommage qu’elle s’évanouisse au moment où je me rendors. Je pars donc la noter sur un bout de papier, je m’enregistre sur vini puis je reprends le lendemain pour en faire quelque chose. »

Il découvre une partie de son soi à chaque chanson. Telle une exploration intérieure, il s’adonne aisément au voyage.

« La création artistique est quelque chose qui m’a beaucoup aidé à me découvrir moi-même. »

Un trip hors du temps, devenant atemporel lorsque s’ouvre des brèches spatiotemporelles guidées par un doux écho nostalgique.

« Quand je parcours la collection de toutes mes compositions depuis ados, j’ai l’impression d’ouvrir un album photo, mais en plus vivant. Depuis que j’ai 14 ans, j’ai adopté le réflexe d’avoir régulièrement un projet en cours, comme un père de famille qui prendrait une photo de son enfant à chaque étape de sa vie. Ne serait-ce que pour pouvoir jeter un regard critique sur mon parcours. »

Musicalement votre

Teiva a à cœur de mener ses créations le plus loin imaginables, mais il souhaite également composer pour le plus d’artistes possible. Un appel est lancé.

« J’ai toujours pour projet de me présenter sous mon propre nom au public polynésien. Cela dit, je sauterai sur la moindre occasion pour composer pour quelqu’un d’autre. Un projet qui deviendra prioritaire au mien car en général, ce sont des projets rémunérés et il faut que je gagne mon pain. »

Une revendication culturelle, c’est sans doute ce qui a également mené le jeune producteur à composer pour le groupe Ia ora Te Hura pour le Hura Tapairu et le Heiva. C’est à ce dernier dont il fût récompensé.

« J’ai toujours revendiqué mes influences multiculturelles et j’avais envie de les mettre à l’honneur pour ce Heiva. »

« La Polynésie que je représente au travers de ma génération est une Polynésie plus intégrée dans le Monde, du moins, grâce aux technologies de communication. On est donc très tournés vers l’extérieur et baignés par beaucoup d’influences. »

« Cela m’a rendu très fier, c’est une reconnaissance à laquelle je ne m’attendais pas. Je n’avais pas soupçonné à quel point ça allait me faire plaisir.  J’ai été d’autant plus ému car le jury a reconnu cette différence, ces influences, et les a acceptées. C’est signe d’une culture vivante. »

Et pour encrer les musiques dans la continuité d’une culture dynamique, le jeune producteur met son talent au service de l’enregistrement d’un album pour Ia Ora Te Hura.

« Il y a énormément de compositeurs qui réalisent un travail formidable. Rien que cette année, j’ai été bluffé par beaucoup de groupes et malheureusement, grand nombre de ces chansons tombent dans l’oubli. »

« Ma passion première c’est l’enregistrement. C’est là où je prends le plus de plaisir. Il y a plein de règles qui régissent la manière de composer au heiva. Sortir ces musiques de ce contexte et pouvoir m’amuser avec elles en studio me font m’exprimer pleinement. »

Ce qui en résulte, c’est « Te Mana », un fin condensé d’épopée sonore qui plonge son récepteur en plein cœur du Heiva 2022. Néanmoins, cette fois-ci on y est danseur, chanteur, musicien. Le message est clair, notre culture ne cessera d’évoluer dans le plus grand respect de ce qui a été jadis bâti. Et lorsque nous le projetons dans le futur, Teiva nous assure en toute simplicité que le futur sera construit pour nous et par nous.

« S’ils ressentent le besoin de s’exprimer, il ne faut absolument pas qu’ils se brident et qu’ils n’hésitent pas à le faire. Car c’est comme cela que l’on s’approprie notre identité, que l’on construit l’identité culturelle de notre pays. Parfois, on a l’impression qu’elle nous échappe et qu’elle part dans une direction qui nous déplaît, mais on est aux commandes. C’est nous, Polynésiens, qui définissons le visage qu’on a envie de donner à notre culture. Si l’on a envie de laisser une empreinte, il faut faire le boulot : il faut créer. »

Niuhiti Gerbier

Rédacteur

©Photos : Manutea Rambaud pour Hommes de Polynésie

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