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Société

Dr Meyer, la nature de sa passion pour les sciences de la nature : Partie 1

Publié le 3 mars 2022

Dr Jean-Yves Hiro Meyer est biologiste et écologue terrestre, expert dans la conservation des espèces, la restauration des milieux et les invasions biologiques dans les îles tropicales. Plus simplement, Jean-Yves est un inconditionnel amoureux de la nature, fervent défenseur de sa sauvegarde et un éternel curieux. Hommes de Polynésie se fraie un chemin dans un écosystème à base d’études scientifiques mais surtout de passion et de transmission.

 « J’ai commencé à travailler dans ce domaine il y a 30 ans. Aujourd’hui, je suis dans une phase de transmission. »

Études

L’engouement trouve son hôte lorsque le jeune Jean-Yves s’émerveille de la beauté des forêts des Vosges qu’il découvre avec un grand-père menuisier et chasseur, qui plante des chênes et des sapins…

« Je suis ‘demi’. Mon père, né dans un petit village de Lorraine a rencontré ma mère, née dans un petit village de la presqu’île, à Teahupoo. C’est mon grand-père paternel qui m’a fait connaître la forêt. J’ai tout de suite adoré. »

Né à Argelès-sur-Mer en France, avec un père militaire, la famille Meyer voyage beaucoup. À Madagascar, puis en Allemagne. Jean-Yves va finalement en découdre avec le baccalauréat sur l’île de la Réunion où il parcourt ses montagnes.

« C’est seulement au tout début des années 90 que je suis revenu en Polynésie. »

Déjà bien piqué par le virus de la connaissance, Jean-Yves entreprend une thèse sur le Miconia1 à l’université de Montpellier entre 1992 et 1994. Il est détaché à Tahiti au jadis ORSTOM2. Cette thèse l’amène à faire une étude poussée dans le but de tout connaître sur la plante qui est devenue l’ennemi numéro 1 des vallées et montagnes de la Polynésie française depuis son introduction à Tahiti dans un jardin botanique en 1937, et dans d’autres îles et régions tropicales du Pacifique.

« Hawaii est touchée par le Miconia et une partie des forêts du Queensland en Australie également, de même qu’une vallée près de Nouméa en Nouvelle-Calédonie. Nous avons donc tous collaboré dans le but de créer un réseau d’acquisition des connaissances, pour dans un deuxième temps, pouvoir trouver une solution de lutte adéquate. »

Jean-Yves essaye de comprendre les menaces auxquelles les écosystèmes naturels sont soumis afin de mettre en place des solutions de gestion adaptées.

Sur le mont Perau à Rapa en 2002

Après un postdoctorat effectué à l’Université d’Hawaii à Honolulu et dans les parcs nationaux hawaiiens en 1997 et une expérience en tant que directeur scientifique du Conservatoire botanique national de Mascarin à l’île de la Réunion en 2001, Jean-Yves revient au fenua pour intégrer la Délégation à la recherche du gouvernement de la Polynésie française.

Connaissances

Sur l’île de Mehetia en 2009

« Notre rôle en tant que scientifique est d’apporter les connaissances pour mieux comprendre l’écologie des espèces et le fonctionnement des écosystèmes. C’est connaître et comprendre pour mieux conserver. »

Et pour cela, Jean-Yves peut compter sur sa curiosité comme éternel atout.

« J’aime voyager, car je suis très curieux. J’aime découvrir d’autres paysages et d’autres cultures. C’est ce qui me sert également dans mon métier de biologiste. Quand tu fais de la recherche, il faut avoir une vision internationale des choses. »

Avec 30 ans d’expérience, les collaborations scientifiques ne se sont pas fait attendre.

« J’ai eu la chance d’aller travailler à Hawaii, de collaborer avec des chercheurs de l’Université de Berkeley, des Australiens, des Néo-Zélandais ainsi que des Japonais. »

Ces échanges entre scientifiques du monde entier mènent à de belles rencontres à la fois sur le plan scientifique, culturel, mais aussi humain. Jean-Yves complète avec ses connaissances universitaires, avec ses rencontres sur le terrain et chez les anciens.

« J’ai beaucoup appris avec des personnes comme Henri Jay, Elie Poroi, Christian Malinovsky et Frère Maxime. Des personnages vraiment intéressants qui ont un savoir énorme sur la nature et la montagne. »

Compréhension

Il essaye de comprendre les relations qui existent entre espèces pour pouvoir préserver au maximum le bon fonctionnement des écosystèmes.

« Par exemple, le pigeon vert, appelé ‘ū’upa en tahitien, est un oiseau endémique qui se nourrit de fruits d’arbres indigènes ou endémiques et participe à la dispersion de leurs graines dans la nature. »

Dans les petites îles du Pacifique, on a la chance de pouvoir comprendre l’origine et la date d’arrivée des espèces animales et végétales mais aussi de l’homme. Malheureusement, ce dernier a principalement eu un impact négatif sur la biodiversité et les écosystèmes originels. La déforestation pour l’agriculture, les aménagements, l’introduction d’espèces invasives et les feux y ont contribué. Et c’est là que la conservation rentre en jeu.

« Par exemple, si la menace est due à l’herbivorie3 par les chèvres ou les cochons sauvages, la solution pour conserver et restaurer les milieux sera de mettre en place des clôtures. »

Etude par les étudiants Ravahere et Tiffany sur le plateau du Temehani Rahi à Raiatea en octobre 2011

« J’ai une double formation. Une formation dite académique, occidentale moderne grâce à mes diplômes. L’autre, beaucoup plus pratique et de terrain, vient de l’expérience acquise auprès de mes premiers guides locaux et des plus anciens. Il faut parler avec eux car ils ont un savoir qui risque de se perdre. Il est crucial de promouvoir la transmission entre les générations. »

Départ pour une mission scientifique sur le plateau Maraetia en aout 2012 avec des experts hawaiiens et néo-zélandais

Aujourd’hui, les sciences humaines et sociales se marient avec les sciences naturelles. Ici, en Polynésie et dans les îles du pacifique en général, on peut retrouver cette diversité bioculturelle, par exemple dans l’usage des plantes pour la médecine traditionnelle.

« Chez nous, on parle souvent du lien entre les hommes et la nature comme étant quasiment au centre de la culture polynésienne. Ce ne sont pas juste des mots, tu vois et ressens énormément ce lien quand tu es sur le terrain. »

Ce lien qui unit les hommes à la nature, Jean-Yves en a fait son cheval de bataille. Nous le retrouverons prochainement au sujet de la mise en application de la conservation, de la préservation et de la sauvegarde de la nature. Pour l’écologue, il est crucial de s’investir. Car jusqu’ici, l’homme a beaucoup bouleversé les écosystèmes, désormais, leur préservation reposent entre nos mains.

Au sommet de l’Orohena en 2012

1 Miconia calvescens est l’une des plus grandes menaces biologiques des forêts humides tropicales insulaires.

2 Office de la recherche scientifique et technique outre-mer, organisme aujourd’hui remplacé par l’IRD (Institut de recherche pour le développement).

3 La condition d’un animal se nourrissant de plantes

Niuhiti Gerbier

Rédacteur

©Photos : Tara  Seely, Ron Englund, Théo Guilloux, Jean-Yves Meyer et Vicki Funk pour Hommes de Polynésie

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