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Société

Dr Meyer, la nature de sa passion pour les sciences de la nature : Partie 2

Publié le 8 mars 2022

Dr Jean-Yves Hiro Meyer est biologiste et écologue terrestre, expert dans la conservation des espèces, la restauration des milieux et les invasions biologiques dans les îles tropicales. Plus simplement, Jean-Yves est un inconditionnel amoureux de la nature, fervent défenseur de sa sauvegarde et un éternel curieux. Hommes de Polynésie se fraie un chemin dans un écosystème à base d’études scientifiques, mais surtout de passion et de transmission.

« Mon plus grand intérêt et l’objectif ultime de mes travaux, c’est la conservation de la nature : la sauvegarde des espèces endémiques et la préservation des écosystèmes naturels. »

Mission scientifique au sommet de l’Orohena en 2015

Conservation

À l’échelle mondiale, nous vivons dans une période de perte de la biodiversité sans précédent. Les activités humaines ont de plus en plus d’impacts, très souvent négatifs, sur les écosystèmes naturels et les espèces endémiques, surtout dans les îles. En Polynésie, l’urbanisation, la déforestation, les espèces envahissantes et bien d’autres menaces ont favorisé la perte ou la dégradation de la biodiversité. L’enjeu de la conservation est de préserver la nature pour les générations futures. À la base de ce constat, de longues observations des changements.

« Les suivis sur le terrain se font pendant de nombreuses années. Il m’est arrivé de suivre un écosystème pendant 15 ans pour comprendre son évolution, sa vulnérabilité ou sa résilience face aux perturbations. C’est cela aussi qui me plaît dans mon métier qui demande de la patience et de la persévérance. »

Equipe de restauration du plateau de Maraetia dans la vallée de Punaruu en 2021

En s’appuyant sur une solide base de connaissances, la préservation devient plus efficace et pérenne dans le temps.

« C’est important de bien connaître la niche écologique des espèces, leur habitat mais aussi leur rôle et leur comportement. Conséquemment tu peux mieux les protéger. »

Jean-Yves souligne l’aspect collectif de l’action de conservation. Il collabore depuis plus de 30 ans avec une ribambelle d’associations de protection de la nature, de naturalistes passionnés et des agents des services du Pays.

« À travers moi, il y a tous mes partenaires. Les membres des associations Te Rauatiati a tau a hiti noa tu, Tuihana, Te Aro Naho (FAPE) et bien d’autres. Tout seul, tu ne peux rien faire. »

Etude sur l’atoll de Tetiaroa en 2019

Concrètement, parmi les actions de conservation, figurent des projets de dératisation des Motu, comme pour ceux de l’atoll de Tetiaroa avec la Tetiaroa Society, ou du plateau Maraetia avec Te Rauatiti et les associations de protection de la vallée de Punaruu.

« On fait un suivi avant et après la dératisation. C’est un processus propre à la science, on ne peut pas juste conclure qu’il y aura plus d’oiseaux ou de plantes car il y a moins de rats. Il faut faire des observations directes avant et après pour pouvoir établir ce lien. »

Mise en place d’une clôture sur le plateau Maraetia en 2017

Pour le scientifique, la conservation est synonyme d’amour pour la nature. Une passion qu’il souhaite transmettre dans tous ses états et via tous les canaux, la formation restant néanmoins son préféré.

« En ce moment, j’enseigne les sciences de la conservation en Master 2 Environnement Insulaire Océanien à l’UPF1, notamment les invasions biologiques.

 J’accompagne aussi sur le terrain les étudiants de Licence de la Vie de l’UPF et ceux de l’Université de California à Berkeley en stage à Moorea. J’ai récemment donné des formations en partenariat avec l’IJSPF2 sur la nature, pour les guides de randonnée pédestre. »

Malgré un constat de base alarmant quant à la diminution de la biodiversité de la faune et flore indigène3 et endémique4 en Polynésie, Jean-Yves souhaite rester positif.

« Dans certains coins isolés et inhabités de la Polynésie, il est fantastique de constater que la nature a repris ses droits. Ce sont les oiseaux marins qui nichent partout au sol, ce sont les plantes qui ont repris leurs places. À ce moment-là, tu te rends compte que c’est toi l’étranger. »

Mission d’inventaire du « tiare ‘apetahi » sur le plateau Temehani Ute Ute en 2005

Une telle expérience entretient la vocation du naturaliste pour la conservation, et elle revigore son entrain pour la restauration.

« Pour sauvegarder la nature, il faut d’abord avoir du respect pour elle. »

Restauration ou comment copier la nature

« Notre prochain projet se situe à l’ILM5 de Paea, c’est la restauration d’un milieu littoral dégradé avec des plantes indigènes. Nous allons apporter une solution fondée sur la nature et la science. C’est tout simplement le fait de copier la nature en utilisant des protocoles scientifiques. »

Ce projet l’amène au Te Pari lors d’une mission d’étude des forêts naturelles du littoral.

« C’est le meilleur endroit pour décrire et observer un littoral quasiment vierge à Tahiti, car certains lieux restent exempts de toute activité humaine et constituent donc des états de référence. »

Mission au Te Pari en février 2022 avec des guides de randonnée pédestre et une stagiaire de Master 2 de l’UPF

Et pour Jean-Yves, tandis que les mangroves sont une solution dans la lutte contre la montée des eaux dans d’autres collectivités d’outre-mer, celles-ci n’ont pas leur place à Tahiti. Ici, il n’existe pas de mangrove native, mais une forêt naturelle dite sub-mangrove. Elles se composent de « purau » et de grandes fougères « ‘aoa », qui jouent les mêmes rôles écologiques, mais qui sont devenues rares.

« L’expérimentation sur ce site à Paea nous permettra de choisir les bonnes espèces de plantes indigènes pour restaurer un habitat naturel avec tous les services écosystémiques qu’il procure. »

L’observation pour la restauration nous plonge dans un univers dans lequel l’homme a sa place, mais ne doit pas oublier celle de la biodiversité qui l’entoure.

« Quand tu vois passer un ‘ū’upa, dis-toi bien que ses ancêtres précèdent les Polynésiens dans nos îles. Il est plus chez lui que nous. Ces espèces endémiques que l’on voit aujourd’hui dans la nature, ce sont des survivants. Ils ont survécu à mille ans d’occupation humaine, aux nombreuses dégradations de l’environnement. Ça ne peut qu’insuffler le respect. »

Réhabilitation des refuges de l’Aorai en mai 2013 par l’association Te Rau Atiati

Jean-Yves empreint d’espoirs nous dévoile sa vision future pour les sciences participatives ou sciences citoyennes.

« Avec la démocratisation des nouvelles technologies, notamment grâce aux GPS et aux appareils photo des smartphones, il est envisageable de créer un réseau d’observateurs citoyens pour la nature. Cela nous permettrait d’accroître l’ampleur de l’observation des espèces et des écosystèmes. »

Dr Meyer appelle tous les futurs naturalistes à l’action.

« Souvent par le passé, on a détruit la nature par ignorance. Aujourd’hui, on a des données acquises par les chercheurs et les experts locaux. Je fais confiance en la nouvelle génération, car elle a accès à beaucoup plus d’informations et partage plus rapidement la connaissance. »

Pour Jean-Yves, à la base de son métier, tout est question d’amour.

Mission sur le plateau Temehani Rahi à Raiatea en 2008

1 Université de Polynésie française 

2 Institut de la Jeunesse et des Sports 

3 Une espèce, un taxon ou une population est définie comme indigène (ou autochtone) à une région donnée ou à un écosystème si sa présence dans cette région est le résultat de processus naturels, sans intervention humaine 

4 Une espèce est dite endémique lorsqu’elle est présente exclusivement dans une région géographique délimitée 

5 Institut Louis Malardé 

Niuhiti Gerbier

Rédacteur

©Photos : Hervé Bossin, Darko Cotoras, Anais Fabre et Jean-Yves Meyer pour Hommes de Polynésie

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