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Moteurs

Régis, mécanicien des bateaux à Tahiti

Publié le 16 mai 2022

Régis Tuahu n’a pas besoin de publicité, le bouche-à-oreille parle pour lui. Pourtant, son entreprise existe depuis moins d’un an. À la marina Taina, il prend la pulsation des moteurs de bateaux, les ausculte, pose un diagnostic puis opère pour leur donner une nouvelle vie. Hommes de Polynésie rencontre un homme qui est parti de presque rien et qui a tout appris en chemin.

UN AVENIR PAS TOUT TRACÉ

La vie professionnelle démarre tôt pour Régis. Poursuivre des études n’est pas possible pour lui, et il a besoin de gagner rapidement sa vie. À 18 ans, muni d’un BEP de menuisier, il prend le premier poste qui s’offre à lui, plus accordé à sa carrure qu’à son apprentissage : il devient vigile. Un an plus tard, il n’hésite pas quand une nouvelle opportunité s’offre à lui : Éric Prévot l’embauche dans sa société Taina Plaisance dont la marina est l’éponyme.

« Éric m’a donné la chance d’évoluer. Avec lui j’ai débuté dans le carénage1 de bateaux, puis je suis devenu apprenti mécanicien, enfin mécanicien. »

Régis était déjà passionné de mécanique sur automobile avec ses copains. Travailler sur des moteurs nautiques lui plaît immédiatement.

« En quatorze années, j’ai vu la marina Taina grandir et toutes les structures s’installer. »

Tout aurait pu continuer ainsi. Mais lorsque le port à sec2 s’installe, Taina Plaisance doit déménager. Ce changement signe sa fin. En 2012, Régis est immédiatement engagé comme mécanicien chez Sin Tung Hing Marine (STHM), où il restera dix ans. Il passe d’une petite entreprise à une grosse société. Il compare, analyse, observe les différences. Il apprend le contact avec la clientèle, lui qui ne touchait qu’aux moteurs jusque-là.

LA TERRE, HÉRITAGE DES TUPUNA

Parallèlement il construit sa maison sur la terre familiale à Faa’a.

« Je voulais une maison pour tous nous réunir. Moi, ma femme et nos trois garçons. C’était important pour moi. »

Sous leurs pieds, la terre héritée des tupuna. C’est pour eux aussi qu’il la fait vivre, cette terre, qu’il s’y installe, qu’il la destine à être retransmise à ses descendants. C’est inscrit dans ses gènes. Régis est remonté dans son arbre généalogique jusqu’à 1776, jusqu’à découvrir qui sont ses ascendants.

 

« Il est important de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. »

DEVENIR ENTREPRENEUR

On dirait que son destin est attaché à la marina Taina. STHM envoie son employé au Service après-vente à Punaauia. Régis travaille en presque totale autonomie, apprend à s’adapter aux clients et à leur personnalité, tout en conservant sa signature d’efficacité et de fiabilité.

 

Et s’il sautait le pas ? Et s’il détachait la dernière amarre qui le relie à un patron ? Et s’il devenait lui-même son propre chef ?

« J’ai beaucoup pesé le pour et le contre. Ce que je laissais et ce que je gagnais. »

Il réfléchit au budget familial, qu’il a toujours soigneusement géré. Il a connu des périodes de grandes restrictions quand son salaire était maigre, une habitude qui lui est partiellement restée, car Régis pense loin. Il pense aux études des enfants. Il pense à son prêt bancaire pour la maison. Il pense à son futur qu’il imagine dans les îles, pour une vie plus simple. Alors il dit oui.

 

Depuis bientôt un an que Régis travaille pour lui, il ne regrette nullement son choix. Il sent qu’il avance. Il se documente, lit beaucoup, ce qui est nouveau pour lui, il échange avec d’autres entrepreneurs : son expérience s’enrichit de jour en jour.

 

« J’admire les petits entrepreneurs locaux. Avoir sa propre société, c’est valorisant. »

Pour Régis, il est important de gagner de l’argent, surtout à Tahiti où la modernité est tentante. Elle a un prix, ce qui rend difficile la vie des jeunes, dont l’avenir professionnel est souvent incertain. Son but est d’inculquer à ses enfants la réalité du monde du travail, pour comprendre vite les choses de la vie.

« Je rencontre parfois des pannes que je n’ai jamais observées. J’ai alors le cerveau boosté au maximum. J’utilise mon expérience, je compulse des documents, je recherche sur internet, j’en parle à mes collègues. J’élabore un plan d’attaque. Quand ça marche, il y a quelque chose de jouissif ! À chaque fois je trouve des réponses. »

C’est comme dans la vie du mécanicien. Parce qu’il possède un sens aigu de l’observation, qu’il apprend essentiellement par lui-même, qu’il est tenace et volontaire, et que ses expériences lui ont conféré une certaine sagesse, Régis trouve à chaque problème des solutions.

 

1 Nettoyer un navire ou en réparer la carène, qui est la partie immergée de la coque

2 Emplacement terrestre destiné à accueillir les bateaux en dehors de leurs périodes de navigation

Doris Ramseyer

Rédactrice

©Photos : Doris Ramseyer pour Hommes de Polynésie

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