
Gabriel Lan San, l’art de viser juste
Champion de tir, bricoleur invétéré, passionné de pêche, Gabriel Lan San façonne son quotidien avec patience et précision. Hommes de Polynésie vous présente cet habitué des podiums qui s’investit aujourd’hui auprès des membres de l’association sportive de tir de Tahiti.
LA PASSION DE L’OBJET
Chez Gabriel Lan San, tout commence par le mécanisme.
« J’ai toujours aimé les armes. Pas le fait de les utiliser, mais avoir l’objet. Je prenais le couteau de ma maman, j’enlevais le manche en bois, et après je les modifiais. »

Une curiosité d’enfant, presque instinctive, où les mains apprennent avant les mots.
« Quand j’étais petit, je faisais des arcs avec ce que je pouvais : du bois de goyavier, de ’aito… Les flèches, je les faisais avec des branches de ’aute, que j’arrivais à redresser bien droites sur le feu. Puis j’achetais des plumes et je les collais dessus. »
LES PREMIERS PAS
Vient ensuite le moment où la passion trouve un espace pour se déployer. Grâce à un ami tireur, il intègre l’association sportive de tir de la police, qui deviendra par la suite l’association sportive de tir de Tahiti.

« Ma carrière de sportif a débuté en 1984, avec l’adhésion au club de tir, puis par la suite, au club sportif et artistique interarmées de Tahiti en 1989 pour le tir à air comprimé. »
DU LOISIR À LA COMPÉTITION
Longtemps, le tir reste un plaisir. Puis, un cap se franchit naturellement pour Gabriel.
« Le tir sportif n’a débuté qu’en 2009, quand on a commencé à préparer les sorties hors territoire. Ma première compétition a eu lieu en Nouvelle-Zélande et après, puis tout s’est enchaîné. »
Dans le microcosme des amateurs de tir, deux mondes coexistent, avec leurs propres rythmes et leurs propres exigences.

« Il y a deux communautés distinctes dans le tir : les tireurs sportifs, qui font de la compétition, et les tireurs qui viennent pour le plaisir. »
Et choisir l’un, c’est accepter ce qu’il implique.
« Pour la compétition, il faut s’investir. »
L’EXIGENCE DU HAUT NIVEAU ET LA CONSÉCRATION
À mesure que les objectifs se précisent, la rigueur s’impose comme une évidence.
« La préparation, c’est tout l’entraînement en amont, parfois plusieurs mois avant la compétition. »
Chaque détail compte, du corps à l’esprit. Des entraîneurs coachent les compétiteurs dans chacune des étapes des préparatifs.


« On a déjà la préparation physique, comme la piscine avec des apnées et des longueurs. Ensuite, il y a la marche. Et après on avait également des séances pour apprendre à se détendre, à se concentrer sur ce qu’on faisait. Enfin, des séances d’entraînement avec des exercices spécifiques au tir avec Igor Léontieff à l’IJSPF1. Avant une compétition, le coach reprend la position du tireur, la prise de visée, la prise en main du pistolet, et faire abstraction de tout ce qui nous entoure. »
En 2015, Gabriel Lan San remporte la médaille d’or en tant que tireur à l’arme à air comprimé aux Jeux du Pacifique.
UN ESPRIT PROLIFIQUE
Si Gabriel dédie sa vie professionnelle au tir, sa dextérité s’exprime dans d’autres domaines.
« Je suis un peu touche-à-tout. »
Adepte de métallurgie, il fabrique toutes sortes d’objets utiles, des palissades aux pinces qui lui servent à réaliser des leurres de pêche.
LA MER COMME TERRAIN DE JEU
L’océan prolonge ce rapport à la fabrication et à l’ingéniosité.
« Avant la sortie de l’école, j’ai commencé à faire des leurres de pêche pour attraper les espadons, les mahi mahi, les bonites… »
Le geste reste le même : observer, comprendre, améliorer.

« Maintenant, je fais plutôt de petits leurres pour pouvoir attraper les ature ou les ‘ī’ihi. »
Avec toujours ce lien aux habitudes partagées.
« Une fois par an, je vais sur Manihi pêcher avec mes copains. »
FAIRE VIVRE LA DISCIPLINE
À la suite d’une blessure à l’épaule, Gabriel se retire de la compétition de tir. Vient alors le temps de transmettre, de soutenir, de faire tourner la machine pour les autres.
« Maintenant, je suis responsable de la section armes de poing. Je m’occupe aussi de l’approvisionnement en cartouches à l’arrivée au stand de tir, ainsi que d’amener les armes du club pour les mettre à disposition des tireurs licenciés. »

Parce qu’un club, c’est un ensemble, un équilibre à entretenir.
« On n’est pas uniquement orientés armes de poing. On a une section carabine et une section ball-trap. »
Un écosystème à faire vivre, à structurer, à ouvrir.
« On est à la recherche de jeunes tireurs : venez au moins essayer et voir si la compétition vous tente. »
Du bricolage d’enfance aux podiums internationaux, le parcours de Gabriel Lan San raconte une fidélité : celle au geste et à la précision. Une trajectoire faite de passion discrète, mais tenace — à l’image de ceux qui construisent, tir après tir, leur propre ligne de mire.

Rédactrice
©Photos : Cartouche Louise-Michèle et Gabriel Lan San pour Hommes de Polynésie
Directeur des publications : Yvon Bardes










