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Sport

Henri Burns laisse sa trace dans le monde du MMA

Publié le 25 avril 2020

De nombreux trophées, ceintures et médailles remportés aux quatre coins du monde : c’est un musée de collection dans le monde du combat qu’Hommes de Polynésie à découvert en allant à la rencontre de Henri Burns. Derrière les coups, un petit garçon sans repères qui a su trouver sa voie.

De mains en mains

Jeudi 28 octobre 1993, hôpital de Mamao. Henri Burns voit le jour, et se retrouve aussitôt placé en famille d’accueil.

« Ma mère ne pouvait pas s’occuper de moi, et je ne sais rien de mon père. »

Enfant turbulent, Henri grandit tant bien que mal dans différents foyers. Vers l’âge de 5 ans, il est victime de maltraitance.

« Je me faisais rosser à la maison, quand je ne faisais pas les tâches ménagères. Et il arrivait même que l’on m’interdise de manger. Alors je me rassasiais à la cantine de l’école. »

A l’école, il se fait lyncher par rapport à son poids, et demeure « un inconnu » aux yeux des camarades.

Henri s’accroche, se forge dans l’injustice et le cœur rempli de rage. Après une dizaine de familles d’accueil, il finit par se poser à Moorea. Bien qu’entouré, il reste solitaire.

« J’ai toujours été indépendant et rebelle. »

D’un projet à une vocation

A 18 ans, Henri obtient son bac avec mention et part suivre des études en tourisme en Nouvelle-Zélande

« Pour y aller, il me fallait une bourse, alors j’ai constitué un dossier AUSAID1. »

Une fois le dossier complété, chaque demandeur doit passer un concours écrit et oral pour présenter son projet.

« Je vivais dans un coin très touristique à Moorea, vers l’ancien Club Med. Ma famille d’accueil avait une pension, donc je côtoyais beaucoup de touristes. »

Son projet – mettre en place des activités nautiques dans les pensions de familles à Moorea.  Déterminé, Henri réussit à convaincre le jury.

Mais une fois en Nouvelle-Zélande – choc culturel, thermique, coup de blues… Henri tient le cap malgré tout. A côté de chez lui, il découvre un gymnase de formation aux arts martiaux mixtes, le City Kickboxing.

« Une des meilleures salles au monde. Je m’y suis inscrit et j’y ai directement pris goût. J’y allais tous les jours et j’ai rapidement commencé mes premiers combats. »

Plus qu’un exutoire…

Henri s’adonne entièrement au MMA3 – une discipline qui lui permet d’évacuer la colère enfouie depuis trop longtemps.

 « C’est un sport qui nous apprend l’humilité, et c’est important. On devient respectueux. »

Le MMA est souvent désigné à tort comme étant l’un des sports les plus dangereux. Comme tout sport de combat, il peut présenter des risques, mais est moins violent que la boxe ou le muyai thaï.

« J’ai toujours dû me battre dans ma vie, pour me défendre depuis tout petit. Aujourd’hui je me bats dans le respect de l’art. Le sport de combat améliore le mental. On doit se surpasser et être honnête avec soi-même. Lors d’une confrontation, le résultat ne mentira pas, alors soit tu travailles dur, soit tu ramasses. »

A son retour en Polynésie deux ans plus tard, sa carrière se lance à vitesse grand V. Henri s’entraîne chez lui sans relâche, fait appel à plusieurs coachs, avec l’ambition d’être bon dans tous les sports de combat et devenir champion de l’UFC4.

« Il faut être persévérant pour atteindre cet objectif. C’est du travail sur dix ans, voir vingt. »

L’enfant sans repères s’est assagi et ne cesse d’avancer. Les victoires et les titres se succèdent, et Henri se fait un nom. A 26 ans, il devient une grande figure du MMA.

Une passion altruiste

En 2018, l’association Moorea MMA ouvre sa première salle à Tiahura.

« Je l’ai fait pour que les jeunes que je vois sombrer dans la drogue puissent se relever comme moi. Je veux les sortir de là. Le sport m’a sauvé, m’a permis de voyager, d’acquérir des valeurs et de gagner en confiance. Alors si je peux les aider grâce à ça, ce serait bénéfique. »

Henri commence à donner des cours et fort de son succès, s’épaule de coachs et se recentre sur ses compétitions internationales.

« Je devais être en Nouvelle-Zélande aujourd’hui, mais ça n’a pas pu se faire à cause de la crise sanitaire. »

Rendez-vous reporté ! Il peut s’entraîner deux fois plus chez lui, tout en partageant avec ses fans des vidéos sur les réseaux sociaux.

« Je vis le Covid-19 plutôt bien. Je me dis que c’est une pause pour tout le monde, et pour la planète surtout. Il faut voir les côtés positifs. Je suis à la maison avec ma chérie et mes deux chiens. C’est tranquille, tout va bien. »

Aujourd’hui, Henri se sent libre et vise haut.

« Je m’adresse aux jeunes qui veulent se lancer dans le sport de combat, allez-y à fond ! N’abandonnez jamais. Plus vous croyez en vos rêves et plus vous avancerez. Mais pour le moment restez chez vous et n’oubliez pas de faire du sport ! »

1 AUSAID

IELTS : International English Language Testing System

MMA : Mixed Martial Arts

4 USC : Ultimate Fighting Championship

Plus d'informations

Vainui Moreno
Rédactrice web

© Photos : Henri Burns

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