
Tetuarii Teapehu, la force du mana
Athlète de Tuaro Mā’ohi, Tetuarii Teapehu défie chaque jour des pierres toujours plus lourdes. Hommes de Polynésie vous emmène à la rencontre de ce champion du lever de pierre, engagé dans la transmission de sa discipline
En quelques secondes à peine, Tetuarii Teapehu soulève un bloc de 70 kilos et le pose tranquillement sur son épaule. À ses côtés, une dizaine de roches de tailles différentes sont alignées au sol, la plus lourde atteignant pas moins de 160 kilos. Loin de faire de la figuration, ces masses minérales constituent la collection privée de Tetuarii Teapehu, surnommé Pino, l’un des plus grands leveurs de pierre de Polynésie.
Le déclic à Rurutu
Aujourd’hui quadragénaire, c’est à l’adolescence, à l’âge de 14 ans, que le tahitien découvre cette discipline majeure des Tuaro Ma’ohi.
« Pour l’arrivée de l’Évangile le 5 mars, notre paroisse avait organisé un voyage à Rurutu. C’est lors du tour de l’île, le tere, que les habitants nous avaient fait des démonstrations de lever de pierre. Ce sont les spécialistes de cette discipline. Nous voulions essayer aussi, mais les mamies nous avaient interdit de le faire, car elles trouvaient cela dangereux. »

Mais obstinés, les jeunes tahitiens vont aller contre cette interdiction de soulever ces pierres…
« Mon grand cousin Ura a commencé à en soulever une, puis nous nous y sommes tous mis. Et j’ai vraiment adoré cela. »
Un rêve mis de côté
De retour à Tahiti, l’adolescent se fait gronder par son père et son grand-père et décide de mettre cette passion de côté.
« J’ai poursuivi mes études, et j’ai passé un CAP et un BEP en maçonnerie puis j’ai commencé à travailler sur des chantiers, mais l’envie de me mettre vraiment au lever de pierre me chatouillait les bras. »

En 2005, devenu adulte, Tetuarii décide de réaliser son rêve.
« J’ai pris une pierre de 123 kilos et je l’ai soulevée directement. »
Une bonne étoile au Heiva
Le jeune homme va alors s’entraîner tous les jours, inlassablement après le travail. Il perfectionne sa technique et soulève des pierres de plus en plus lourdes. En 2006, il participe à sa première compétition au Heiva et termine 3e avec un lever de 140 kilos. Peu de temps après, il remporte sa première victoire.
« Ma femme avait accouché de ma fille Teataheimearii à 1 heure du matin. Le lendemain, il y avait la compétition et j’ai fini premier dans la catégorie extra-lourd en soulevant une pierre de 150 kilos. Ma bonne étoile venait de naître ! »

Depuis, Tetuarii n’a pas manqué une seule édition du Heiva des Tuaro Ma’ohi, cumulant un palmarès exceptionnel et remportant sept fois consécutivement le premier prix dans la catégorie extra-lourd.
« Mon record au Heiva est de 160 kilos en 2011, mais sinon mon record personnel est de 190 kilos.»
La force et le mana
Si Tetuarii est évidemment attiré par le poids et la performance, l’athlète voit dans sa discipline quelque chose de bien plus fort que la simple force physique..
« Il se passe une vraie connexion avec la pierre, je vais les chercher dans les rivières, je leur parle, car je les enlève de leur lieu d’origine. Pour réussir dans le lever de pierre, il doit y avoir une vraie connexion entre l’homme et la pierre qui symbolise aussi la terre. Il y a un fort mana entre les deux. »
Au-delà de ses propres performances, Tetuarii Teapehu a aujourd’hui à cœur de préparer la relève. Plusieurs fois par semaine, il partage son expérience et ses techniques avec d’autres athlètes. Mais c’est avec ses propres enfants que ce partage devient une fierté encore plus forte.
« Ma fille de 18 ans a déjà participé à sa première compétition et mon fils de 15 ans porte déjà 100 kilos. »

La transmission est en marche. Chez les Teapehu, on ne se contente pas de soulever des records, on porte l’héritage des Tuaro Ma’ohi à bout de bras.
Pauline Stasi
Rédactrice
©Photos : Pauline Stasi et Tetuarii Teapehu pour Hommes de Polynésie
Directeur des publications : Yvon Bardes








