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Société

Vetea Liao, un enfant du lagon

Publié le 30 juin 2022

Une lumière dorée baigne la plage du Tahara’a, le jour est en train de tomber. C’est là qu’Hommes de Polynésie retrouve face à l’océan, Vetea Liao. Habitué du lieu, il vient souvent y plonger et y scruter la vie sous-marine. Passionné par les récifs coralliens et leurs habitants, ce jeune biologiste a co-fondé l’association Tama No Te Tairoto, une belle manière de partager sa passion. De son enfance au Fenua à son goût pour les sciences participatives, une constante se dégage : une insatiable curiosité pour la Nature.

Bercé par les flots

C’est sur les rivages de Tahiti que Vetea attrape le virus de la mer. Son père aiguise sa curiosité en l’initiant tout jeune à la pêche sous-marine.

« Ce qui m’impressionnait, c’était de voir mon père disparaître à 15 ou 20 mètres de fond pendant un temps qui me semblait très long et remonter avec un énorme poisson. Après, je discutais avec lui de l’espèce de poisson, de comment il l’avait attrapé. Moi aussi, j’avais envie d’aller voir ce qu’il y avait au fond. Il y avait un monde à découvrir. »

Après le lycée, il s’envole pour Cherbourg, découvre un nouvel océan et commence à se spécialiser en environnement marin. Pour retrouver les récifs coralliens de chez lui, il poursuit ses études en Australie et obtient un master en biologie marine. Ses études lui permettent de porter un regard scientifique sur ses observations de jeunesse.

« C’est comme quand tu regardes les étoiles, si tu ne connais pas les constellations pour toi, ce n’est que des étoiles un peu placées au hasard. Mais une fois que tu as appris les constellations, tu vois le ciel différemment. Pour moi, dans l’eau c’était ça. Avant mes études, je voyais des poissons qui nageaient. Quand je suis revenu, je voyais un poisson qui allait se nourrir, un autre qui allait rejoindre un groupe pour une ponte future, des comportements particuliers. »

Sous l'eau, sur terre et en laboratoire

Quand il revient au Fenua, il multiplie les expériences. Du bénévolat pour l’association Te Mana o Te Moana pour un programme à Bora-Bora, un inventaire des espèces de Moorea pour la Gump Station ou encore l’installation d’une ferme aquacole à Tautira et l’étude des récifs coralliens au CRIOBE. Du laboratoire au terrain, Vetea cultive une insatiable curiosité.

« Quand tu es au sommet de la plus haute montagne de Moorea en train de camper et que tu cherches une espèce de fougères très rare et que deux jours après tu es en plongée pour chercher un coquillage que personne n’a revu depuis les années 70, tu te dis que tu as choisi la bonne voie. »

Mais c’est une journée bien particulière qui va impulser la création de l’association Tama No Te Tairoto. Un matin, autour de la pleine lune de novembre 2014, Vetea observe un étrange phénomène dans le lagon de Moorea. Alors qu’il est dans l’eau, spontanément, elle se trouble.

« À chaque fois que je vais dans l’eau, j’observe des choses, j’essaye de comprendre ce que je vois et si je ne comprends pas, c’est qu’il a quelque chose d’intéressant à creuser. »

Il réalise qu’il vient d’assister à une ponte de coraux, mais elle ne ressemble pas à ce qu’il a déjà vu dans ses livres et aucun collègue à lui n’a déjà observé ce phénomène en direct. Pendant plusieurs années, Vetea cherche à observer de nouveau le phénomène. Il en parle autour de lui et met à contribution son entourage. En 2019, tous 5 jours après la pleine lune de novembre, tous à la même heure entre 6 h 45 et 7 h, à différents endroits, ils observent le même phénomène.

« On savait que les coraux avaient une ponte synchronisée, mais une espèce qui pond de jour, c’est très rare et en plus synchronisé sur deux îles à 60 km de distance, ça, c’était du jamais vu. »

Avant l’association, c’est comme ça que se constitue le premier réseau d’observation, par le bouche-à-oreille, les copains de copains fascinés eux aussi par le phénomène. Au mois de novembre 2020, grâce à de nombreux volontaires, 7 îles sont couvertes, jusqu’à Tahaa, et Maupiti. 1 mois plus tard, en décembre, puis en janvier, l’équipe observe de nouvelles pontes, elle a lieu une fois par mois de novembre à avril.

Chercher ensemble

Il faut aller plus loin, créer une association pour apporter plus de poids et de visibilité à ces observations. C’est au sein de la Direction des Ressources Marines, où Vetea travaille aujourd’hui sur les problématiques environnementales liées à la perliculture, qu’avec ses collègues Anne-Marie Trinh et Marguerite Taiarui, il décide de fonder l’association Tama No Te Tairoto.

« On a des fiches de postes précises, on aime notre boulot, mais pourquoi ne pas en faire plus, sur notre temps libre, pour la préservation du lagon ? »

Désormais, pour la ponte des coraux, ils savent où et quand il faut aller. Ils peuvent communiquer ces informations par le biais de l’association, inciter les gens, les familles à aller eux-mêmes observer le phénomène.

« Ce qu’on fait, c’est de la science participative, c’est une façon de collecter de la donnée à grande échelle. Tout seul, ça m’aurait sans doute pris 10 ans de savoir que cette ponte est simultanée sur des îles distantes jusqu’à 630 kilomètres d’écart ! Aujourd’hui, il y a beaucoup de monde qui vient observer la ponte par le biais de l’association. Le fait qu’on est autant d’observation en simultané, c’est unique au monde. »

L’association donne des recommandations à toutes les personnes souhaitant observer ce phénomène pour que cela se fasse dans de bonnes conditions, sans perturber les coraux. Elle a aussi mis en ligne un formulaire pour la collecte des données et fournit ensuite un bilan des observations aux gens qui ont participé. La précision de données récoltées permet aussi de donner plus de poids à ce moment critique pour les lagons et leur résilience.

« Moi qui suis dans la gestion du milieu marin, j’incite maintenant les bureaux d’étude à éviter les travaux qui nécessitent un impact sur le milieu marin ces jours-là. »

Rendre au lagon

Pour Vetea impliquer des gens dans le projet, c’est aussi une manière de les sensibiliser aux récifs coralliens et plus généralement à la préservation du lagon et de la nature. Le phénomène de la ponte des coraux est une fenêtre ouverte sur des problématiques plus globales et l’association sensibilise aussi à la biodiversité sur ses réseaux sociaux et dans les actions qu’elle porte.

« Quand tu écris un article scientifique lu par une communauté restreinte de scientifique, ça a un impact limité, mais quand ça devient une connaissance populaire, ça change tout ! C’est réel ! »

L’aventure est au pas de notre porte et Vetea souhaite transmettre sa passion aux plus jeunes et créer des vocations.

« Tu n’as pas besoin d’aller dans l’espace ou à 100 mètres de profondeur, il y a encore des choses à découvrir devant chez nous, sur le pas de notre porte. Il faut juste être un peu plus attentif. »

Vetea n’oublie pas l’enfant qu’il a été et son engagement est aussi une manière pour lui de rendre au lagon ce que le lagon lui a donné.

« Tama No Te Tairoto, ça veut dire, ‘Les enfants du lagon’. D’abord parce qu’on est nous même des enfants du lagon qui nous a protégés, nourris, amusés et apprit tant de choses. On doit le respect à cet environnement qui nous apporte tant de bienfaits. Le mot « enfant», c’est aussi pour penser à toujours garder cette curiosité d’enfant à vouloir comprendre les choses. C’est vraiment un nom qui a du sens pour moi. »

Morgane Durrenbach

Rédactrice

©Photos : Morgane Durrenbach pour Hommes de Polynésie

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