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Société

Ellis, de l’humanité en prison

Publié le 17 juin 2022

Quand un portrait pour Hommes de Polynésie lui est proposé, il hésite longuement. Ellis Rautini est surveillant au pénitencier de Nuutania. L’homme n’a aucune prétention de se mettre en avant, et n’imagine même pas savoir quoi raconter ! À part qu’il aime son travail. C’est précisément pour cette raison qu’Hommes de Polynésie choisit de le rencontrer devant la prison, alors qu’il vient de terminer son service. Et des choses, Ellis en a beaucoup à dire…

CONTACT HUMAIN

« J’aime bien rendre les gens moins tristes en prison. Mon but chaque jour, c’est de leur donner un peu de soleil ! »

Ce plus, fait toute la différence pour les détenus. Ellis est un surveillant que l’on salue sans hésiter, auprès de qui l’on peut se confier aussi. Surtout qu’il parle tahitien. La clé pour un contact privilégié avec les détenus âgés ou provenant des îles.

Pour Ellis, créer le lien en prison n’est pas si différent d’avant quand il était commercial et qu’il traitait avec des clients.

« À Nuutania, les personnes que je rencontre ont quelque chose de semblable : le plus souvent, elles ne sont pas intégrées dans la société. Quand je travaillais comme vendeur de meubles, je ne connaissais pas les acheteurs et devais alors m’adapter à leurs différences. »

Ellis apprécie avant tout le contact humain. C’est là où il excelle, sans le rechercher : c’est instinctif. D’ailleurs, il se retrouve régulièrement l’intermédiaire pour dénouer des situations critiques, ce qui ne manque pas en prison. 

Il s’entend aussi bien avec le plus novice des surveillants qu’avec des personnes plus haut gradées. Si bien que récemment, il a intégré le cercle fermé du groupe syndical. Un projet qui lui tenait à cœur, car il souhaite améliorer la communication au sein du pénitencier. 

UN SURVEILLANT CHALEUREUX

Quand Ellis débute comme surveillant en 2011, il intègre la nécessité de marquer la différence entre les représentants de l’autorité, donc lui, et les prisonniers.

Mais c’est un fait, Ellis n’y parvient pas totalement. Son empathie déborde de son uniforme pour maintenir le lien avec le détenu.

« Mon défaut est en même temps mon plus grand atout. »

Sans toutefois concéder en rien à l’idée de respect.

« Le respect, ça se mérite, et je l’ai obtenu de la part des détenus. »

Mais parce qu’il aime rendre service, Ellis souhaiterait faire plus, aider mieux. Emmener un détenu souffrant à l’UCSA1 sans passer par des démarches administratives. Ou contribuer à l’efficacité des autres corps professionnels à Nuutania, même si cela n’apparaît pas dans son cahier des charges.

 

Ellis est profondément humain, généreux et conciliant. Estimé des détenus comme de ses collègues et de sa hiérarchie, il est considéré comme un élément important, ce qui le surprend toujours. Car son attitude n’est pas travaillée, elle est naturelle. 

SITUATIONS DIFFICILES

En prison, la routine est gage d’une certaine tranquillité. Mais régulièrement, des imprévus surviennent. Ils émanent de la hiérarchie pénitentiaire ou d’un service annexe comme  l’UCSA. Alors, cette routine se trouve menacée.

« Il faut supporter les humeurs des détenus quand ils sont troublés ! »

La colère des prisonniers peut être explosive, mais Ellis y est rarement confronté. Si l’apaisement par la parole est inutile, il s’éloigne et délègue la situation à un collègue.

« Après une situation difficile, parler à une personne neutre et de confiance me ressource, cela aide à me décharger. »

Cela a été le cas quand son équipe formée de douze hommes a perdu récemment l’un des siens. Le départ subi de ce collègue, de cet ami, est un choc pour Ellis. Pour lui offrir un adieu loyal, il participe à la cérémonie funèbre, jusqu’à l’accompagner vers sa terre natale, dans les îles. 

MUSIQUE

Ellis est surveillant, il est aussi père de famille, et musicien. Depuis douze ans, il joue du pahu2 dans le groupe marquisien Toa Huhina, les guerriers légendaires. Hormis les représentations du groupe dans les hôtels et lors de grands évènements, il invite Toa Huhina jusqu’au pénitencier. Le groupe s’est aussi produit devant les dignitaires de France, le nouveau directeur pénitentiaire, voire même le président Emmanuel Macron l’année passée, Toa Huhina souhaite offrir un bel accueil polynésien.

C’est un peu son mot d’ordre, à Ellis, l’accueil. L’accueil de l’autre dans toute sa différence et sa détresse. Pour lui rendre son sourire.

1 Unité de Consultations de Soins Ambulatoires où est assurée la prise en charge sanitaire des détenus

2 Instrument de percussion polynésien

Doris Ramseyer

Rédactrice

©Photos : Doris Ramseyer pour Hommes de Polynésie

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