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Évasion

Vaapiti, l’écho d’une pirogue à double voix

Publié le 18 janvier 2022

Sous un ciel voilé où la bruine de l’aurore embrasse les premiers rayons timides de l’astre, Haapiti s’éveille. Et tandis que la brise se glisse à travers les abruptes falaises, Hommes de Polynésie embarque sur le Vaapiti, aux côtés de deux frères passionnés de navigation. Nous levons les voiles sur l’ouest pour écouter cette rencontre à deux voix, un écho qui se répercute et résonne sur les falaises, comme un chant d’avenir.

 

HISTOIRE DEUX VIES

Originaires de Polynésie, Raphaël et Jean Roland sont deux frères ayant grandi près des côtes. Cette conversation à deux voix résonne en quinconce à travers les feuillages encore verdoyants du manguier sous lequel nous avons pris place. Raphaël se dévoile, un artiste au cœur fougueux d’aventures et de créativité. JR achève ses propos, mentionnant les dates, contextualisant les événements et le personnage.

Sur ces échos, nous entamons notre voyage temporel, nous prenons les marches vaporeuses et cylindriques que forment les voix, Raphaël nous raconte :

« J’ai toujours trouvé le système scolaire absurde, je dirais que j’ai plutôt fait l’école de la vie. On avait un père bijoutier, il nous a appris à nous servir de nos mains et des outils pour pouvoir créer. »

JR complète :

« En effet, il démontait tous les produits électroniques, qu’ils soient cassés ou non.  Sa chambre était un vrai atelier. »

Le mécanicien reprend la voix :

« C’est vrai, très jeune je collectionnais des outils, je récupérais des machines cassées et j’essayais de trouver des outils pour les réparer. Une fois raccommodées, je les utilisais. »

En proie au feu créateur que lui a légué son paternel, il s’éprend du savoir en se lançant dans les réparations. Planches, pirogues de pêcheurs, de la restauration à la navigation, la volonté de parcourir toujours plus loin est un chant de sirène qui résonne dans le thorax brasillant des frères.

VAAPITI, UN HOMMAGE

Vaapiti, bruissait aux oreilles de Raphaël, comme un murmure onirique, n’attendant que le moment adéquat pour surgir face à lui.  Mais c’est en 2014, alors que la perte d’un proche, d’un père parti trop tôt, que les frères se soutiennent, se relèvent à l’unisson, avec l’ambition de créer cette pirogue jadis aperçue en songe.

« Du jour au lendemain, Raph m’a dit : « J’ai envie de construire une grande pirogue. » Créer de ses mains quelque chose dont notre père serait fier. »

Cette douleur portée, soutenue par l’un et l’autre, fut une force, les ayant transportés dans la création de ce projet.

« Le rêve de notre père était d’avoir une pirogue pour pêcher et naviguer. »

Ils s’élancent à corps perdu dans ce que beaucoup percevaient comme impossible. Mais ce fantasme éclairé est motivé par une énergie sans égal : l’amour.

DES PLANS À LA MANIPULATION

Les expériences passées dans la réparation furent des moments de préparation pour l’apogée de son œuvre.

« J’ai fait toute la structure en bois avec la technique de strip-planking1. Pour ne faire que le lattage, j’ai mis 1 an. »

Et ce chant incessant, aigu, spontané bien qu’ancestral, est une invitation à un voyage humain, en harmonie avec l’univers dans lequel il croît.

« Au lieu de tout acheter directement en magasin, on a investi dans une tronçonneuse pour récupérer nos matières premières dans la montagne. Quand on va à Tahiti, on fait les poubelles des Marina. On y trouve des objets de valeur, que l’on peut retaper ou encore récupérer certaines matières. »

Durant cinq années, ce rêve éveillé s’éprend de Raphaël à l’égal d’un peintre follement énamouré par sa muse, entrant alors dans une transe sans limite où l’espace-temps est en suspension.

« J’avais l’impression que la pirogue communiquait avec moi, qu’elle me disait de prendre tel ou tel bois, quand c’était bientôt le moment de la mettre à l’eau. »

L'ÉCHO D’UNE CULTURE ET DE LA MER

2018 est la mise à l’eau de Vaapiti, une pirogue double à voile qui s’élance désormais au gré des vents, affrontant la fureur des mers et la mélodie vacillante des douces marées.

« Quand on l’a inaugurée, tout le monde voulait y aller, nos amis, leur famille ainsi que des touristes. Je me suis rendu compte que j’adorais partager ça et que je voulais en faire mon activité. »

Aujourd’hui, Vaapiti accueille des passagers où chacun peut participer à la navigation : hisser les voiles, lire le vent, barrer.

« Les excursions que l’on propose sont une invitation au voyage dans un univers à la fois moderne et traditionnel. Nous souhaitons partager les valeurs de la culture polynésienne et son histoire en alliant l’action dans une navigation traditionnelle. »

Le dépassement de soi, de sa zone de confort : c’est une peur qu’ils nous invitent à franchir pour une expérience grandissante.

« On a aussi la volonté de consommer le moins de carburant possible, on sensibilise les gens en ramassant les déchets dans l’eau, on ne prend pas de plastique à l’embarquement. »

Comme ils le disent si bien : malgré la peur, il faut prendre un cap et le maintenir. Arrivé à destination, tu grandis.

« Puis les aléas de la vie offrent des partenariats et de belles rencontres qui participent au souffle de notre épanouissement. Aujourd’hui, on a un partenariat avec Rotui et ça fait chaud au cœur car cette entraide contribue à nos valeurs : se mettre en avant les uns les autres. »

¹ littéralement « bordé nu », est une des plus anciennes méthodes de construction navale. Elle présente l’avantage de ne pas nécessiter de moule. Par juxtaposition de fines lattes de bois sur un mannequin, une coque en bois est réalisée.

Manutea Rambaud

Rédactrice

©Photos : Manutea Rambaud pour Hommes de Polynésie

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