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Société

MARC CIZERON, PRENDRE SOIN DE L’ENFANCE

Publié le 13 janvier 2022

Quand Marc se lève le matin, la mer s’offre immédiatement à son regard. Elle porte sur son dos un motu coiffé de palmiers, elle s’entrouvre parfois sous le jaillissement puissant d’une baleine, elle freine sa course en écume bondissante sur le platier. Nous sommes à Tahiti Iti, où Hommes de Polynésie rencontre Marc. Écrivain, voyageur, travailleur social, sa priorité a toujours été de prendre soin de l’enfance.

LA MER

« Homme libre, toujours tu chériras la mer ! La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme. »

Charles Baudelaire

Marc est né à Nice, et la mer est un besoin. La liberté aussi, depuis l’enfance son fil conducteur est un désir d’ailleurs.

Un ailleurs où il fait chaud, où l’été n’a pas de fin, où la vie ne se calfeutre pas sous les rigueurs de l’hiver. Devant ses yeux d’enfant, le planisphère de son père révèle une immensité bleue, magique et attirante.

La mer…

La mère…

La sienne est enfant de la DDASS1 et de la guerre : son vécu remue Marc en profondeur et imprégnera toute sa vie. Il y a chez lui une empathie naturelle, instinctive.

Il lui faut trouver un métier compatible avec ses diverses envies : Marc devient assistant social et s’envole pour la Réunion, la Guyane, puis Tahiti.

ADOPTIONS

Il y a quarante ans, Marc pose le pied au Fenua.

« Il y a quelque chose de particulier à Tahiti. Un enracinement, une magie. Comme un sein maternel rassurant, où rien ne peut arriver de grave. Un sentiment unique au monde ! »

Chaque jour, Marc plonge contrôler le corail qu’il a replanté.

Un lien fort l’unit avec les polynésiens.

« Je me sens accueilli, choyé, sous la protection de ce peuple. »

Après la naissance de son aîné, Marc adopte un premier fils, puis un autre fa’a’amu2. Il accueille aussi transitoirement d’autres enfants issus de familles en difficulté.

« Ce sont des liens charnels, familiaux, indissociables de Tahiti. »

ÉCRIRE POUR TÉMOIGNER

« Écrire, c’est une volonté de préserver de l’oubli des réalités dont j’ai été témoin. »

Son premier ouvrage sort en 1983 : « Tahiti côté montagne ». Un livre fort, car la parole est donnée à des polynésiens. Ils disent les violences familiales, l’inceste, la faim, à une époque où la maltraitance est occultée. S’appuyant sur la convention des Droits de l’Enfant de 1989, la Polynésie bascule dans un autre extrême.

Dans son jardin, Marc loue des bungalows dans un esprit éco-responsable.

L’idée politique n’est pas au développement économique, mais à la guerre contre la famille nombreuse, car l’enfance est en danger. Les jeunes partent à l’armée, une « hémorragie de bébés fa’a’amu » s’écoule vers la France, les services sociaux sont armés de piqûres contraceptives.

« J’ai assisté à la démolition de la famille traditionnelle, à la perte de toute la richesse de la vie communautaire. »

Saveur amère. Et s’il y avait eu d’autres manières d’agir ?

«Toate Social» est la chronique de sa carrière. «Tonton Grand Frère», sorti en 2006, suivi de «Totoa», mêle plusieurs histoires vraies pour retracer les aventures d’un jeune garçon qui fugue.

« Tonton Grand Frère, je l’ai écrit comme un exutoire. Il parle de l’inconscience de la préciosité d’un enfant. L’enfant devrait être pleinement protégé pour devenir un adulte sain. »

LA VIE TELLE UN ARC

Vers la quarantaine, Marc prend conscience de la fragilité de la vie.

« Le temps qui nous reste est un capital précieux et inconnu. »

Il découvre l’Asie, s’immerge aux Philippines, s’attache, œuvre pour l’enfance, y adopte un enfant des bidonvilles, Heiffner, aujourd’hui lycéen à Tahiti.

« Je mène plusieurs vies en une seule. »

Il y a un an, Marc accueille à Tahiti un enfant placé par la DSFE3 et le juge des enfants. Marc a l’âge de la retraite, mais pas son cœur.

« Le fait d’être âgé, c’est surtout dans la tête. Accueillir un enfant, c’est le moteur de ma vie, ça me fait me sentir utile. Je peux subvenir à ses besoins matériels, intellectuels et affectifs. »

Marc et sa nièce Anavai.

Il décrit la vie comme un arc : plus on a de cordes, plus l’existence s’enrichit. Si une corde casse, la vie continue avec les autres.

«  La vie est belle, il faut qu’on la fasse belle! »

Depuis dix ans, Marc vit entre Manille, ville effervescente, et Tahiti Iti, havre de tranquillité. Mais la crise covid bouleverse ses voyages : Marc rajoute alors des cordes à son arc. Il installe des bungalows à louer dans son jardin, se ressource en nature, replante du corail4 et élève ses deux derniers garçons.

 

Pour cet homme humble, authentique et au grand cœur :

« Ce n’est pas le but qui compte, c’est le chemin. »

Valérie Guignabode

Face à l’océan, Marc et le dernier enfant qu’il a recueilli chez lui.

1 Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales

2 Pratique traditionnelle en Polynésie où l’enfant n’est pas nécessairement élevé par sa famille biologique, mais plutôt par la personne la plus apte à le faire.

3 Direction des Solidarités, de la Famille et de l’Égalité

4 Travail suivi par le Criobe, le Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l’Environnement

Doris Ramseyer

Rédactrice

©Photos : Doris Ramseyer pour Hommes de Polynésie

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