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Art & Culture

Matahi, entre nature et culture

Publié le 8 février 2022

Le regard de Matahi brille du lustre des perles qui roulent sous ses doigts. Dans le creux de sa main, s’entrechoquent l’opulence et la simplicité.
S’il a choisi la joaillerie pour vocation, c’est sans doute parce qu’elle offre une vitrine inestimable à un savoir-faire ancestral.
Tel un keshi¹ : brut, authentique bien qu’imparfait, il dévoile à Hommes de Polynésie comment cultiver les aspérités qui font notre singularité.

LA DOUCEUR DE VIVRE

Originaire de Mataiea, Matahi grandit blotti dans le doux manteau de la presqu’île. La moiteur d’une nuit d’été, le bruissement des hautes herbes, le fredonnement entêtant d’un chant au purera’a², ses souvenirs sont empreints de cette quiétude qui nous est devenue étrangère.

« C’est la belle vie là-bas. Tout le monde se connait, tu peux aller comme ça chez les gens. »

Comme pour tromper l’ennui, Matahi s’initie au basketball, au surf, au taekwondo et à la boxe thaïe. S’il croit d’abord se reconnaître une prédisposition à la compétition, il ignore encore que le sport participe en fait à la construction de son identité.

Outre la discipline, l’esprit de solidarité ou le goût de l’effort, le va’a³ lui apportera ce sentiment d’accomplissement auquel il aspire depuis toujours puis, plus tard, une forme d’épanouissement personnel.

« Je me levais à 3h30 pour m’entrainer et je retournais à l’eau à la sortie d’école. Aujourd’hui, j’aime faire un tour en V1, le va’a te permet de t’évader, d’aller loin sans réfléchir. »

SE PERDRE POUR MIEUX SE TROUVER

Matahi a vingt-quatre ans lorsqu’il découvre la capitale, son effervescence et son lot de désillusions. Il peine à trouver sa voie et s’oriente dans un premier temps vers des emplois alimentaires. Pendant quelques années, il évolue entre la maintenance, le BTP et la plomberie en se sachant renoncer à tout un pan de sa culture.

Les années passent et les valeurs inculquées par ses grands-parents résonnent en lui comme une vérité qu’il aurait longtemps cherché à éluder.

« C’est à leur contact que j’ai tout appris : la langue, l’amour de la culture, le fa’a’apu⁴… Il ne faut pas perdre cette façon de vivre, cette simplicité, c’est de l’or. »

Heureux hasard, cette prise de conscience coïncide avec la rencontre de Ludovic et Charlotte, les fondateurs de Matira Créations. Ces derniers lui offrent d’intégrer leur équipe et le forment au métier de bijoutier.

« Petit déjà, je voulais travailler la perle, je feuilletais les magazines de Robert Wan, ça me fascinait. »

D’une chambre improvisée en atelier à la bijouterie que l’on connait aujourd’hui, Matahi se découvre une certaine dextérité. Il s’exerce sur des pampilles, conçoit des prototypes, développe son style et travaille ses finitions.

Comme la nacre qui enrobe le nucleus, il articule toute sa vie autour de la culture. En 2003, il renoue avec le ‘ori Tahiti⁵ et intègre la troupe professionnelle de Tamarii Mataiea.

« Enfant, j’aimais être sur scène puis, un jour, c’est devenu une question de partage, une passion, une partie de moi. »

Issu d’une fratrie de quatre enfants, tous danseurs ou batteurs, Matahi a cherché, par l’exigence, à assouvir son besoin de reconnaissance. Non sans une forme d’adulation, il prend exemple sur ses cousins, travaille son pā’oti⁶ et corrige sa posture. Depuis plus d’un an, il évolue au sein de la base de Hei Tahiti. Aujourd’hui, la danse lui permet de dire ce que sa pudeur naturelle le force à taire.

« C’est parfois difficile pour moi de parler, la danse me permet de m’ouvrir. Tout ce que j’ai vécu dans ma vie ressort dans un regard, un sourire, un geste. Pouvoir exprimer ce mana au monde, c’est fort. »

TRANSMETTRE…

À y regarder d’un peu plus près, la vie de Matahi s’est toujours résumée à la culture : celle de la terre d’abord, celle du corps puis de la perle.
Lui qui a toujours admiré les danseurs des grands ballets s’enorgueillit de pouvoir à son tour servir d’exemple.

« Le monde entier nous envie cette culture. C’est à nous de la faire prospérer et j’espère que la nouvelle génération y prendra part. »

Lorsqu’il s’entraîne au stade Bambridge, il essaye notamment d’insuffler cette envie chez les jeunes en quête de repères. Toutefois, c’est lorsque son regard se porte sur ses deux enfants qu’on croit déceler sa plus grande fierté.

«C’est important l’idée de transmission : ma petite fille m’accompagne aux répétitions et reproduit mes gestes. Mon fils, lui, danse et fait le ‘ōrero⁷. »

¹ Perle de culture sans noyau

² Temple, église

³ Pirogue

⁴ Plantation, champ

⁵ Danse tahitienne

⁶ Pas imitant le mouvement des ciseaux

⁷ Orateur lors des manifestations culturelles

Caroline Baudin

Rédactrice

©Photos : Caroline Baudin – Matahi – Mike Leyral pour Hommes de Polynésie

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