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  • Gilles, le festival « Tatau i Moorea » pour favoriser les échanges culturels autour du tatouage traditionnel
    Gilles, le festival « Tatau i Moorea » pour favoriser les échanges culturels autour du tatouage traditionnel

Art & Culture

MANU, LE PECHEUR PEINTRE

Publié le 19 septembre 2018

Cette semaine à Moorea se tient le premier festival international de tatouage traditionnel, Tatau i Moorea. L’association Mana Tatau Maohi y a invité des tatoueurs du monde entier. Parmi les nombreux stands, Manu attire particulièrement le regard des enfants : sa palette de couleurs est vive et la peau de ses modèles pleine d’écailles … Il reproduit en fait les empreintes de poissons polynésiens sur de larges feuilles de papier. C’est le gyotaku, un art japonais qui prend un sens particulier au Fenua et lors de cet événement culturel. Échange entre Hommes de Polynésie et Manu, un festivalier pas comme les autres.

 

DU JAPON A MOOREA ...

Un jour où il voyageait au Japon, Manu est passé devant l’un de ces nombreux restaurants de poissons qui exposent l’art du gyotaku sur leurs devantures : il s’approche, impressionné par la précision de ce qu’il croit être le dessin d’un poisson. Chaque écaille est là, quelle finesse ! On lui explique alors qu’il s’agit du gyotaku, une méthode développée par les pêcheurs japonais du XVIIIe siècle pour immortaliser par empreinte (taku) leurs plus belles prises de poissons (gyo).

Justement, Manu aime pêcher, comme de très nombreux Polynésiens. Prouver la taille de ses prises est intéressant (fierté de pêcheur oblige) mais Manu est d’emblée touché par l’aspect artistique et même poétique de cette méthode : le gyotaku peut être accompagné d’un poème exprimant la gratitude du pêcheur envers la générosité de l’océan.

Manu se met à la recherche d’un maître du gyotaku et il le trouve à Osaka, Sensei (maître) Khojin Taniguchi. Cette rencontre l’a marqué et obligé à l’humilité :

«  Comme de nombreux arts japonais, l’apprentissage se fait sur des années voire des dizaines d’années. Alors en trois semaines … j’ai pu apprendre les rudiments. Aujourd’hui cela fait huit ans et j’essaie de m’améliorer à chaque nouvelle empreinte »

Démonstration en images :

… CULTURES ASIATIQUE ET POLYNESIENNE SONT EMPREINTES DE PECHE

Des enfants s’arrêtent devant le spectacle et tout le monde retient son souffle lors de l’étape cruciale du lever de papier : le poisson semble renaître et son spectre s’élever sur la feuille blanche. Si Manu a été invité à participer au Festival du tatouage, c’est tout particulièrement pour sensibiliser les plus jeunes à l’art et à la nature.

«  Ici les enfants connaissent les noms des poissons de leurs lagons. Les Polynésiens, ce monde leur parle. Ce procédé oblige à l’examiner d’encore plus près, écaille par écaille. Je remarque des détails que je ne voyais pas auparavant en pêchant. »

Par exemple, Manu remarque sur la peau de certains poissons des aspérités, vestiges d’attaques de prédateurs auxquelles ils ont survécu au fil de leurs quelques années de vie.

«  Cette passion est en continuité avec la première que j’ai eue, la pêche »

Aujourd’hui, Manu est basé à Hiva Oa aux Marquises. Il insiste sur l’ambivalence de cet art, à la fois complexe et accessible :

«  Il faut travailler vite et avec dextérité, surtout ici avec la peinture acrylique qui sèche rapidement. Je m’oblige à répéter, répéter … et travailler toutes sortes de poissons de notre océan, de pieuvres aussi. »
«  J’utilise de l’acrylique avec une palette de couleurs au plus proche de celles d’origine du poisson. Mais on peut aussi travailler plus simplement à l’encre de chine, sur un simple papier journal. »

Pour parfaire ses gyotaku, il va jusqu’à repeindre les détails des écailles ou de l’œil, cette touche finale permettant de mimer l’éclat de vie du poisson.

GC
Rédacteur web

© Photos : GC

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