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Komosulo, artiste peintre - Hommes de Polynésie

Matahiarii, artiste et professeur d’Arts Plastiques

Publié le 5 décembre 2017

« J’ai le sentiment que ma vie est une quête, d’avoir toujours éprouvé le besoin d’apprendre… » 

Pouvoir agir et s’exprimer comme il le souhaite, Matahiarii en fait son credo : il aime et défend sa liberté, déteste l’enfermement, que ce soit dans ses toiles ou dans sa vie. Son nom d’artiste, KOMOSULO (aka1 KMSLO), résonne comme l’insouciance et la légèreté d’une enfance passée dans les quartiers populaires de la presqu’île de Tahiti. « KOMOSULO ! » c’est l’appel au jeu, au rassemblement … « TITIORO ! » répondaient alors les premiers enfants qui se rejoignaient à l’appel de ce signal, synonyme de réjouissances. Hommes de Polynésie est allé à la rencontre de cet artiste inspiré par la complexité des rapports entre les individus, par cette zone de langage que l’Art permet.

Un parcours au gré des envies

Matahiarii, 39 ans et père de deux enfants, a depuis toujours eu un petit truc avec l’expression artistique. Il obtient son bac L option Arts Plastiques en 1997 au Lycée Paul Gauguin. À cette époque, pas trop préoccupé par son avenir, il hésite entre des études de droit ou d’art. C’est ce second choix qui retient son attention, et c’est à Bordeaux qu’il effectue son parcours initiatique en Arts plastiques dans un premier temps puis en Arts appliqués par la suite.

« Sept ans à découvrir l’Europe, à s’ouvrir à la diversité et à marquer sa singularité. »

L’année 2004 marque son retour en Polynésie, et c’est au Centre des Métiers d’Arts (CMA) qu’il travaille pendant cinq ans à l’amélioration du recrutement des élèves ainsi qu’à la rédaction du référentiel des compétences et des savoir-faire auprès des enseignants.

« C’était fabuleux et enrichissant. En rentrant de mes études, mes connaissances étaient tronquées, j’avais une vision trop popa’a des choses. Au CMA je vais découvrir l’art du Grand Pacifique et me prendre une grosse claque humaine, culturelle, et visuelle. »

Ensuite, Matahiarii devient chargé de communication pour la Direction de la Santé en intégrant le Département des programmes de prévention durant quatre ans. C’est en 2014 qu’il retourne dans le domaine artistique et devient professeur d’Arts Plastiques au Conservatoire artistique de la Polynésie Française.

Les cours au Conservatoire artistique

Aujourd’hui seul professeur du département d’Arts visuels, Matahiarii s’occupe d’une centaine d’élèves, de l’élémentaire aux adolescents, jusqu’aux adultes.

« Il y a auprès du public adulte une volonté commune de se libérer du temps pour soi, avec des motivations diverses : gérer la frustration d’un manque artistique, marquer la fin des contraintes familiales, ou simplement l’envie d’apprendre et d’exprimer une sensibilité. »

C’est 23 heures de cours pratique par semaine qu’il assure, autour de l’apprentissage des diverses techniques de peinture et de modelage sur des supports variés (carton, bois, béton, etc.). Depuis le début de l’année 2017, cet enseignement est complété par une approche de l’outil informatique au service de la création artistique.

« Dans les apprentissages à l’école, plus les enfants grandissent, plus on leur retire la pratique des arts visuels. En ce sens, mon travail consiste à combler ce manque tout en s’émerveillant des talents de chacun. »

Comme pour beaucoup de choses dans la vie, des efforts à fournir dans l’apprentissage peuvent causer une certaine frustration, mais ils sont aussi indispensables afin de mieux apprécier la valeur de celles-ci. Matahiarii me dit que le public est exigeant, il paye pour voir des résultats… des prouesses.

« Si tu n’arrives pas, c’est qu’il te manque une méthode. La technique ne suffit pas, il faut pouvoir se démarquer autrement, trouver son expression C’est un savoir qui ne se télécharge pas, il faut apprendre, se planter souvent, essayer surtout…la vie quoi. »

L'artiste Komosulo

KOMOSULO peint à l’acrylique essentiellement des œuvres en grand format. Il utilise pour support d’expression du contreplaqué de Kaori ou de Yaka. Et c’est lors de sa première exposition à la galerie Winkler au mois de septembre 2017, que le public a pu découvrir des visages tirés du quotidien, des portraits aux couleurs vives, empreints d’une certaine nonchalance. Les rapports humains l’intriguent, la complexité des silences l’inspirent :

« Mes œuvres sont des agitations silencieuses, de simples interprétations d’un monde plein de certitudes éloquentes. C’est mon univers. Une zone de dialogue interne, avec ses codes et ses rites. L’angle, par exemple, m’ennuie pour son principe restrictif d’enfermement, une fois l’œuvre peinte celle-ci est alors redécoupée. »

L’artiste utilise une technique mixte mêlant dessin, peinture acrylique, bombe aérosol, découpage et savoir-faire. Selon Komosulo, la place que l’on accorde à l’art en Polynésie gagne du terrain auprès des pouvoirs publics, s’émancipe du mythe grotesque de la « vahine au sable blanc » pour balayer efficacement le mirage de la bienséance et écraser les clivages sociaux. Mais l’essentiel c’est quand même de percuter sensiblement le spectateur, créer le dialogue : « Mis à nu, on attend tout d’un public réceptif, heurté par ses sentiments, qu’il nous parle. »

Dans une toute autre mesure, l’artiste reconnaît volontiers que le Festival Ono’u2 enrichit agréablement le paysage urbain de Polynésie et démocratise la pratique de l’art urbain sous nos lointaines latitudes.

C’est au sein du collectif Hamani Lab3, et d’un espace dédié à la création que Komosulo s’exprime. Entouré d’artistes talentueux et autodidactes passionnés, l’émulation est à son comble. Selon Komosulo, cet espace permet d’échanger des idées, des techniques, de « briser les codes » et à la créativité de s’épanouir. Une nécessité pour l’artiste. À découvrir.

1 As known as : aussi connu que.
2 Festival international de graffiti à Tahiti.
3 Atelier d’artistes à Tipaerui, mis à disposition des artistes du fenua détenteurs d’une carte d’artiste professionnel par le Ministère de la culture. (Source : www.artistes.pf).

Tehina de la Motte
Rédactrice web

© Photos : Facebook Komosulo

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