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« Je ne pratique pas le satanisme. Je suis plus un artiste qui créé… » Tewils, chanteur de metal du groupe Pōturu

Publié le 15 février 2024

Teuira Taerea, plus connu sous son nom d’artiste Tewils, est le chanteur du groupe de metal Pōturu. Même si le genre musical est aujourd’hui plus qu’accepté par les nouvelles générations, Tewils reconnait que sa musique favorite a été rejetée par la population polynésienne depuis sa jeunesse.  L’artiste se confie à Hommes de Polynésie pour retracer son parcours musical et exprimer ses ressentis face aux critiques sur la musique metal.

Le METAL, une musique rejetée par la société polynésienne

Originaire de Papeete, Tewils a découvert le rock dans les années 90, lorsqu’il était scolarisé au collège,  en écoutant des groupes mondialement reconnus tels que AC/DC, Metallica et Soundgarden. Le chanteur était aussi un grand passionné du metal. Il se souvient toutefois que cette musique était très mal acceptée par la société polynésienne de l’époque.

« Le metal était très mal perçu, car c’était une musique  agressive, barbare, criarde,…  Il était considéré comme un mouvement de déviance des jeunes qui cherchaient à croire en quelque chose autre que Dieu. On disait que cette  musique ne reflétait  pas forcément un bon esprit et on parlait même d’esprit maléfique. Au départ, ce sont les catholiques par le biais de l’association des familles catholiques qui l’ont complètement condamné en prétextant que les jeunes ne priaient plus.  Je pense que les gens étaient stéréotypés. »

Se cacher durant sa jeunesse pour écouter du METAL

Même ses parents, qui étaient membres de l’Église protestante māòhi n’appréciaient pas du tout ce genre de musique. Tewils devait alors rester discret, durant sa jeunesse, pour écouter ses idoles internationales et partager sa passion avec ses copains.

« Je devais me cacher dans ma chambre pour écouter du metal. Malheur à moi si mes parents  trouvaient mes magazines ou mes posters. Je devais aussi me cacher pour jouer de la guitare, un refrain, un accord,… J’ai d’ailleurs commencé à jouer en cachette avec des potes. Je m’empressais aussi d’aller  apprécier sur scène  des chanteurs  locaux comme Roura ou Tami Bougues de Varua  Ino, Aroma de Maruapo, Tamatoa de Menema, Nico de Machetazo. J’ai été émerveillé par ces groupes. Je ne comprenais pas pourquoi le METAL était condamné et pourquoi certains étaient obligés de se cacher pour jouer leur musique favorite. »

Création du groupe Pōturu

Poussé par sa passion, Tewils décide tout de même de se lancer dans le grand bain en rejoignant le groupe Faaa’gress aux côtés de son mentor Nico Machete, en tant que guitariste. Par la suite, il rejoint  le groupe Varua Ino  toujours en tant que guitariste, puis plus tard en tant que vocaliste. A l’âge de 25 ans, Tewils décide de suspendre ses activités musicales afin de se consacrer à sa famille et à ses projets personnels. Il reprend la musique dix ans plus tard, en 2013, lorsqu’il créer avec des copains le groupe Pōturu. Il est le Frontman du groupe et se spécialise dans le metal. Tewils tend à vouloir créer, à l’instar de quelques groupes locaux, du metal polynésien en utilisant des vocalises inspirées de la culture polynésienne comme le Himene Ruau, le Tarava etc…

« Tu as le metal et le rock.  Le premier, qui est une aristocratie du rock, est réservé à un public averti. Dans le second, on retrouve des groupes internationaux comme Scorpions ou Bon Jovi. Le public local, quel que soit son origine ethnique, apprécie ce genre de musique parce que les morceaux sont souvent diffusés à la radio. Le metal, par contre, n’est pas forcément diffusable à la radio. Le public n’est en conséquence pas averti. Cela aurait pourtant attiré la curiosité des auditeurs.  Il a fallu dix ans en Polynésie pour faire comprendre aux gens qu’il est nécessaire de mettre sa ceinture dans une voiture. Je ne sais pas combien d’années cela prendra pour qu’ils reconnaissent les valeurs de la musique metal. »

« Le METAL n’est pas une musique satanique ! »

Le chanteur estime toutefois que sa musique favorite a été progressivement acceptée sur le territoire depuis une dizaine d’année. Selon lui, elle le sera encore plus dans les années à venir grâce « à l’ouverture d’esprit des nouvelles générations ». Tewils espère ainsi faire définitivement taire toutes les critiques, notamment celle qui qualifie le metal de musique satanique.

« Si je tiens compte des principes de la religion, je dirais qu’on est tous pêcheurs. Nous commettons tous des péchés, mais cela ne veut pas dire que nous pratiquons le satanisme. Le satanisme est un type d’adoration, mais je n’idolâtre ni Satan ni le malheur. Je n’ai pas vendu mon âme au diable. Je suis plus un artiste qui créé des textes, des produits musicaux,…  Dire que le metal fait référence au satanisme est une fausse interprétation de ce type de musique. »

Aborder des sujets qui touchent la population polynésienne

En plus d’être chanteur, Tewils  s’est aussi mis à écrire des textes.  Il s’inspire de plusieurs thèmes locaux.

« Nous abordons les thèmes de l’environnement et de l’identité polynésienne, c’est-à-dire comment un Polynésien perçu dans la société ou comment il est défini. Nous parlons aussi de nos langues polynésiennes. En plus de l’anglais, nos textes sont écrits en tahitien. Nous évoquons aussi le cas de nos jeunes qui sont en difficulté. Nous avons des jeunes qui sont actifs, sportifs, créatifs,… Beaucoup sont toutefois en déperdition. Ils n’ont pas le goût de travailler et de voir plus loin pour leur propre environnement. Ils polluent comme ils veulent.  On s’intéresse vraiment à des sujets qui touchent la société polynésienne.  »

Un artiste ouvert à toutes les musiques

Pour conclure, Tewils fait encore une fois appel à la population polynésienne pour que le metal soit reconnu et accepté.

«  Il ne faudrait pas que nos parents critiquent cette musique en disant par exemple que ça fait mal aux oreilles. Le metal est une musique énergétique et difficile à jouer. Les chants ne sont pas si faciles à interpréter. Si on demande à un musicien de metal de jouer du jazz, il va facilement être ouvert à dire oui. Si par contre, on demande à un musicien de jazz ou de reggae de jouer du metal ce n’est pas souvent évident. Personnellement, j’interprète aussi des chants acoustiques. En tant que chanteur et musicien de METAL, nous sommes ouverts à toutes les musiques. »

Toatane Rurua

Rédacteur

©Photos : Clara Janoyer Photographie et Tahiti Zoom pour Hommes de Polynésie

Yvon Bardes, directeur de publication

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