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  • Firmin, artiste-sculpteur marquisien de Tahuata
    Firmin, artiste-sculpteur marquisien de Tahuata

Art & Culture

Lorsque la Culture côtoie l’Art : Paul Burns artiste tatoueur

Publié le 16 juillet 2021

Aujourd’hui, Hommes de Polynésie a croisé le chemin d’un artiste tatoueur à la peau brute et ardemment passionné par sa culture. Une culture qu’il “encre” sur le corps des Hommes, la marque d’une identité, la trace d’un héritage.

Arrêt sur image d’un enfant du Fenua qui a puisé force et courage pour s’élancer dans une aventure d’art et de partage en ouvrant son propre shop¹.

 

GRAVURE SUR NACRE, GRAVURE SUR PEAU

Né à Papeete d’une famille pluriculturelle, il jongle entre Hawaii et Tahiti puis revient au Fenua pour terminer ses études au Lycée Gauguin. Le bac laissé au lycée, il reprend l’entreprise familiale et y travaille pendant 12 ans.

” On a ouvert une entreprise dans le travail de la nacre, tout ce qui tourne autour, tel que la bijouterie.”

Et pourtant, ce travail riche en expérience n’attise pas l’insatiabilité de l’art qui se voit freinée par la réalité des obligations.

“ Mon papa m’a dit qu’il ne fallait pas le faire parce que “si tu rates…” J’ai donc attendu 10 ans pour me mettre au tatouage. ”

Puis lorsque le fiu² arrive, que la passion persiste et qu’on se met corps et âme dans une tâche, c’est le début d’une nouvelle aventure.

“ J’étais fiu de la nacre, je voulais changer de support, c’est aussi le contact avec les gens qui est intéressant car tu tisses des liens. ”

La belle aventure avec sa conjointe le mène au Canada durant quelques années où il s’occupe du foyer. Puis l’opportunité de se former s’offre à Paul. Le tatoueur Ro’o le prend sous son aile durant 3 mois dans son shop Tahiti Tattoo au pays à la feuille d’érable.

“ Mon apprentissage n’était pas fini, mais c’était une belle expérience. Il voulait que je reste mais je ne pouvais pas. ”

SE FORMER, S’ÉDUQUER, PARTAGER

Retour et installation sur Tahiti, il part à la conquête du shop Tagaloa.

“ Le premier truc que j’ai fait, je suis allé à Office One, je me suis acheté un cahier et j’ai dessiné. Le niveau là-bas était assez élevé, il y avait Philippe Aukara, Makalio, Ben Ben. ”

En 2018, c’est son intégration chez Tagaloa et le début d’une notoriété qui se crée.

L’envol à Nouméa pour la Convention de tatouage en 2019, lui offre un premier écho positif en recevant ses 2 premiers prix. En novembre 2019, est organisée la plus grande convention de tatouage à Tahiti “Polynesia Tatau”.

“ Au début, je ne voulais pas la faire parce que ce n’était pas mon truc. Mais j’ai accompagné un copain Teiki, et j’ai eu un prix. ”

Fin 2020 annonce son départ de chez Tagaloa pour son envol. Quelques mois plus tard, naît “Burns Tattoo shop” en Juin 2021 où il partage et travaille avec d’autres artistes qu’il accueille.

“ C’était compliqué, rien n’est simple dans la vie. J’ai travaillé nuit et jour pour faire mon shop, j’étais concentré durant de long mois parce qu’il fallait assurer. ”

N’OUBLIE PAS TA CULTURE, N’OUBLIE PAS D’OÙ TU VIENS

Le Polynésien Moderne est sa spécialité, mais quelles sont les caractéristiques qui le dissocient du Patutiki ou d’autres styles du triangle polynésien ? Paul nous éclaire sur ce sujet fort en modernité.

“ C’est la diversité de style. Ce qui le rend moderne, ce sont les ombrages, le mélange de style, les découpes sont différentes. Ce sont toutes les cultures que l’on a mélangé en harmonie. ”

Ses paroles nous font naviguer comme nos aïeux l’eurent fait jadis, narrant la fusion physique de la douleur au bien-être spirituel comme un chemin évident que chaque personne s’approprie.

“ On raconte une histoire symboliquement, on n’a pas besoin d’écrire une phrase pour comprendre. On a une identité, c’est ce qui nous différencie des autres styles de tatouage. ”

Et pourtant, cette identité peut rapidement se perdre dans le néant d’une modernité étrangère, inconnue de notre Histoire et de notre culture.

“Il y en a qui confondent le tatouage souvenir et le tatouage symbolique. Après, c’est à toi de décider où tu veux te placer en tant que tatoueur. ”

Paul Burns opte pour l’éducation des tatoués favorisant ainsi une meilleure compréhension de la culture, des symboles apposés sur la peau et le corps. Respectant la symbolique, respectée par ceux qui les portent.

“ Il y a beaucoup de personnes de l’extérieur qui recherchent cette identité par rapport aux symboles. ”

Finissons notre voyage culturel avec ces quelques mots d’une pensée soucieuse de ses origines et de son avenir.

“ A mon avis, on peut être bon dans le tatouage, mais si tu ne vis pas ta culture, tu ne feras pas un bon tatouage, car le mana ne sera pas là. Il ne faut pas oublier que c’est une culture avant d’être un art. ”

¹ Dans ce contexte, signifie un salon de tatouage.

² Terme polynésien exprimant la fatigue, la lassitude.

Manutea Rambaud
Rédactrice

© Photos : Paul Burns et Manutea Rambaud pour Hommes de Polynésie

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