
Manahei Tetuanui, le ‘ukulele appris à l’oreille
À 26 ans, Manahei Tetuanui enseigne le ‘ukulele, un instrument qu’il a d’abord appris à l’oreille, à force de patience et de perfectionnisme. Pour Hommes de Polynésie, ce musicien dont la reprise de La Lettre à Élise de Beethoven a dépassé les 200 000 vues raconte comment une enfance bercée par la musique et les bringues familiales l’a mené jusqu’à créer sa propre école Ukulele Jam Tahiti.
À peine quelques notes jouées sur son ‘ukulele, et l’oreille reconnaît déjà le début de La Lettre à Élise. Une version très polynésienne de la version originale composée pour le piano par Beethoven, que Manahei Tetuanui s’est amusé à retranscrire pour son instrument. Postée sur Facebook, la vidéo a déjà dépassé les 220 000 vues.
Le musicien manie les cordes avec une dextérité qui impressionne, forgée d’abord à l’oreille.
De la musique plein les oreilles
Tout commence dans la maison familiale à Punaauia, où la musique accompagne souvent les fêtes.
« Il y avait des bringues à la maison avec les amis de mes parents, et j’aimais bien écouter la musique quand j’étais petit. On faisait aussi parfois le tour de l’île en mettant de la musique, j’aimais bien entendre des morceaux comme Hôtel California. »

Vers 12 ou 13 ans, Manahei emprunte… de façon permanente, la guitare acoustique de son père, et commence à gratter les cordes et à chanter dans sa chambre en regardant des vidéos.
Le ‘ukulele arrive quelques années plus tard, vers 15 ou 16 ans, alors qu’il est lycéen à La Mennais. Un camarade qui en joue très bien lui montre des intros. Manahei adore. Il rentre chez lui et se met immédiatement à réparer un vieux ‘ukulele pour jouer de ce nouvel instrument.
Écouter son voisin
Son modèle, c’est le groupe Te Ava Piti et son titre Pahoho, une rythmique particulière de frappes. Mais c’est un groupe assez ancien, et aucune vidéo n’explique ces frappes. Manahei trouve alors un moyen bien à lui d’apprendre. Il traverse tout simplement la route, jusque chez un voisin qu’il entend jouer ainsi. Mais l’adolescent n’ose pas aller le voir, alors il se poste à côté de chez lui et l’écoute, chaque soir.
Puis, en rentrant dans sa chambre, il reproduit à l’oreille ce qu’il a entendu, inlassablement.
« Je suis perfectionniste, je répète un morceau jusqu’à ce qu’il soit parfait. Au début, je pouvais mettre un an, puis à force, je suis allé plus vite. »
Ses répétitions profitent à toute la famille, qu’elle le veuille ou non.
« Quand mon père rentrait du boulot, ce n’était pas très reposant. Plus il me disait de jouer moins fort, plus je jouais fort dans ma chambre ! »
Message reçu, mais pas dans le sens espéré.
Son oreille se forge, et au fil du temps, les morceaux plus complexes deviennent plus faciles. Il joue bientôt en dehors de sa chambre, dans des bringues entre copains à la Pointe des Pêcheurs, et les retours sont bons.
De la chambre à l'école
« On me disait que je jouais bien, donc cela m’a mis en confiance. J’ai voulu donner des cours, mais comme j’avais tout appris à l’oreille, il fallait que je prenne des cours aussi pour apprendre à expliquer les accords aux élèves. Cela m’a beaucoup appris aussi. »
Après une licence STAPS pour devenir professeur de sport, Manahei se spécialise pour travailler auprès des personnes handicapées et signe un contrat de six mois à la Fédération handisport de Polynésie. Une association lui propose ensuite un autre contrat. Il signe, mais démissionne dès le deuxième jour d’essai. La passion du ‘ukulele est plus forte, et lui qui aime la pédagogie a envie de réunir ses deux passions.
« J’aimais bien m’adapter aux gens, transmettre ce que je sais, aider les gens, et ça me plaisait. »

En 2025, il crée Ukulele Jam Tahiti.
« J’ai choisi ce nom, car Ukulele, c’est l’instrument que j’enseigne, Jam veut dire ‘jouer ensemble, improviser et partager la musique’ et Tahiti car ça représente mon identité et mes racines polynésiennes. »
Aujourd’hui, c’est dans la maison familiale, celle des bringues de son enfance, qu’il enseigne. Le matin, il donne ses cours en ligne à des élèves dans l’Hexagone. Dans la journée, il reçoit à Tahiti plusieurs élèves de toutes générations, le plus âgé ayant même 83 ans.
Ce que Manahei aime, c’est leur transmettre les frappes qui l’ont tant fait travailler.
« La particularité de cet instrument, c’est la frappe. C’est le fait de gratter, c’est ça qui rend le son magnifique. »
Manahei n’a pas fini de gratter son instrument et a encore d’autres projets en cours. Quant à Beethoven, lui qui a fini sa vie sourd, il aurait sans doute donné cher pour entendre sa version de La Lettre à Élise joué par Manahei au ‘ukulele.
Rédactrice
©Photos & Vidéos : Pauline Stasi pour Hommes de Polynésie
Directeur des publications : Yvon Bardes



