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Art & Culture

Wilton Itae Tetaa

Wilton Itae Tetaa, « gardien » des rythmes polynésiens

Publié le 25 août 2026

Professeur des arts traditionnels au Conservatoire, Wilton Itae Tetaa co-signe l’ouvrage Ta’iri Pehe Tumu, les rythmes fondamentaux des percussions, qui transcrit les rythmes des percussions polynésiennes à l’écrit. Un aboutissement pour cet homme de culture que la transmission de la musique a façonné depuis l’enfance. Hommes de Polynésie est parti l’écouter.

 

Assis sur une pierre, Wilton Itae Tetaa frappe sur son tō’ere en rythme. À ses côtés, son fils Veheanui l’observe. Puis, il pose ses mains sur l’instrument et commence à frapper à son tour, en suivant la cadence dictée par son père.

Né en 1977 à Tahiti, Wilton Itae Tetaa est baigné dans la culture polynésienne depuis son enfance.

«Je viens d’une famille où la culture polynésienne, la musique, le chant ont toujours été présents. J’ai grandi dans cet univers. Mon oncle, connu sous le surnom de Ti Frère, a créé une frappe particulière où il accélérait les pulsions. Mon père adoptif, Julien Itae Tetaa, était professeur des arts traditionnels au Conservatoire. Il connaissait très bien Henri Hiro, Maco Tevane… »

Instrument de Wilton Itae Tetaa

Enfant, Wilton accompagne son père au Conservatoire et est bercé par les chants de sa grand-mère, le dimanche, avant d’aller à l’église. Il observe, écoute, admire. En 1986, à neuf ans, il participe à son premier Heiva.

Pendant ses études en BEP électronique, Wilton est déjà le leader d’un groupe de musique, il donne aussi des cours de ‘ukulele Kamaka¹ aux jeunes de son quartier.

Des animations dans un hôtel

« Pour me faire un peu d’argent l’été, je travaillais aussi comme plagiste dans un grand hôtel, puis j’ai continué après. »

Et comme toujours, la musique et la scène le rattrapent.

« Le directeur de l’hôtel m’a proposé de faire des animations lors de soirées, alors j’ai fait cela en plus. »

Wilton Itae Tetaa

Un passage sous les drapeaux

C’est lors d’une de ces soirées que la vie du jeune homme va connaître un sacré rebondissement avec l’arrivée de deux gendarmes en pleine animation.

« Ils m’ont emmené directement à Arue pour faire mon service, sans même avoir pu dire au revoir. Je n’avais plus de report. »

La jeune recrue est affectée à la Marine. Ces dix mois passés sous l’uniforme se révèlent finalement très enrichissants.

« Cela m’a appris la rigueur. J’ai pu voyager à Pitcairn et découvrir toute la Polynésie, je suis même allé sur l’atoll de Bellinghausen. »

Et si les voyages forment le jeune homme, la musique n’est, une fois encore, jamais bien loin.

« Le commandant m’a autorisé à créer un groupe de danse et d’animation. Quand on arrivait quelque part, on faisait le haka, on chantait pour les cérémonies d’accueil. On amenait la culture polynésienne partout où on allait. »

Retour à Tahiti

Wilton travaille ensuite comme électricien. Mais un drame familial survient et il met alors un temps sa vie artistique entre parenthèses.

« Je continuais à écrire, à composer, mais juste pour moi. »

Wilton rencontre l’amour. Son épouse le pousse à reprendre la scène.

« C’est grâce à ma femme Heimanu si je suis là aujourd’hui. Elle m’a encouragé à reprendre la musique, le chant. C’est grâce à elle aussi si je suis maintenant conseiller délégué à la culture à la mairie de Papeete. Elle m’a toujours soutenu. »

Wilton se remet à participer à des festivals, alternant alors les rôles de compositeur, d’auteur, de chef d’orchestre, de ténor.

« J’ai fait partie de beaucoup de groupes, on m’appelait pour écrire, composer. »

Famille de Wilton Itae Tetaa

Professeur comme son père

En 2022, il est engagé comme professeur d’arts traditionnels au Conservatoire de Polynésie française.

« Je suis fier de donner des cours au Conservatoire tout comme mon père adoptif le faisait. C’est important pour moi de transmettre comme lui. »

Cette idée de transmission, Wilton va la mettre au profit d’un nouveau projet avec deux compagnons, l’écriture d’un ouvrage pensé comme outil pédagogique, une sorte de solfège polynésien pour retranscrire les pehe, ces motifs rythmiques traditionnels.

« Cette idée de retranscription des pehe a déjà été abordée par le passé, notamment par mon père adoptif, mais aucune n’a jamais pu aboutir. J’ai travaillé sur ce projet avec Heremoana Urima². Il travaillait déjà sur son propre projet d’écriture. Heimana Leeteg³ nous a rejoints pour la partie technique pour adapter une police d’écriture adaptée. »

Affiche Wilton Itae Tetaa
Wilton Itae Tetaa affiche

Après quatre ans de travail, l’ouvrage Ta’iri Pehe Tumu, les rythmes fondamentaux des percussions sort enfin en mai 2026.

« Ce livre doit servir de guide à nos jeunes pour garder en mémoire la justesse dans laquelle nos anciens nous ont transmis les pehe. La variante, je l’accepte, mais la base, elle ne peut pas changer. Un livre, c’est éternel. »

Wilton pose son regard sur son fils. Il frappe le tō’ere, concentré. Le rythme est juste. La transmission est faite.

Présentation livre Wilton Itae Tetaa
Lors de la présentation l'ouvrage Ta'iri Pehe Tumu

¹ Marque hawaïenne de ‘ukulele

² Professeur de percussions traditionnelles au Conservatoire de Polynésie française

³ Heimana Leeteg est informaticien.

Pauline Stasi

Rédactrice

©Photos : Pauline Stasi et Wilton Itae Tetaa pour Hommes de Polynésie

Directeur de publication : Yvon Bardes

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