
Nicolas Broséus, “ faire grandir nos enfants par le sport, le partage et la découverte”
De l’enseignement en génie civil à éducateur sur les terrains de football de Papeete, Nicolas Broséus carbure à la transmission, au collectif et à l’humain. Hommes de Polynésie vous présente le parcours de ce passionné au grand cœur.

Une jeunesse itinérante
Avec un papa professeur coopérant en génie civil, Nicolas Broséus grandit en Afrique : au Sénégal puis en Côte d’Ivoire. À 12 ans, direction Nîmes. Mais alors qu’il entre en première, son père postule pour la Polynésie.
« Je me suis retrouvé au Taaone. C’était compliqué au point que mes parents m’ont renvoyé pendant les vacances chez mon parrain. Mais c’est là où la magie de la Polynésie a opéré. Et quand je suis revenu, et que la classe a compris que je ne me sentais pas bien, elle m’a pris, m’a porté… Dans mon sang, j’ai la téranga1 mais je ne me vois pas repartir d’ici… »
Il s’éloigne pourtant quatre ans, le temps de ses études supérieures à Bordeaux où il s’oriente vers une licence en génie civil. En parallèle, il postule à l’IUFM2 pour être professeur.
« À l’issue de l’oral du concours, le jury me donnait déjà des conseils sur l’académie de Montrouge où j’allais être affecté. Me sentant en confiance, j’annonce avoir en parallèle obtenu un poste en Polynésie. Là, je me suis retrouvé face à un mur. La conséquence : je ne pouvais plus aller nulle part ! C’est là que j’ai découvert le syndicat. Un responsable m’a dit que ce n’était pas normal ce qui m’arrivait… »

Enseigner et transmettre
« J’ai alors effectué des démarches au niveau du rectorat et du syndicat. Le jury est revenu sur sa décision et j’ai eu l’opportunité de venir au Cetad3 de Papara. »
Pendant 10 ans, il y enseigne la maçonnerie. Sous l’impulsion de personnalités marquantes comme Bernard Meret4 ou plus tard du syndicaliste Gérard Grelle, il apprend à se battre pour cette structure qui permet aux jeunes d’apprendre un métier et de faire en sorte qu’ils puissent travailler chez eux.
« À la trentaine, j’ai pris la responsabilité du Cetad. On avait une bonne équipe, on a bien bossé. J’aime construire, c’est peut-être pour ça que je suis dans le bâtiment. J’aime aussi encadrer et faire en sorte d’impulser quelque chose… »
De cette dynamique naissent de beaux projets : comme cette collaboration avec Nespresso et la couturière Marie-Claude Rannée pour créer avec les jeunes une robe à partir de capsules de café recyclées, portée par la Miss Heiva.
« Ce qui était top, c’était que les enfants pouvaient voir ce qu’ils avaient créé. Ils laissaient une trace quelque part. »
Puis, tandis qu’il accepte un poste à mi-temps au lycée professionnel de Faa’a, il prend des responsabilités dans le syndicat SNETAA-FO5.
« On est devenu le premier syndicat polynésien. On a mené de nombreux combats. Le message que je faisais passer c’est que je n’étais rien sans la base de la pyramide. »


Le foot comme terrain d’inclusion et de valeurs
Sur le terrain de foot, Nicolas joue le numéro 6, 7 ou 8, des postes de « besogneux » comme il le dit. Supporter de l’Olympique Marseille, il crée, en 2009, l’association Te Mana OM : « un club de joueurs mais aussi un lieu de mixité sociale ». Après 5 ans de récolte de fonds, l’association a emmené 17 membres à Marseille. Au programme : OM-PSG, tourisme, remise d’un trophée en nacre au meilleur joueur de l’année précédente et un moment de grande émotion à Notre-Dame de La Garde où le groupe entonne un chant religieux accompagnés de leurs ’ukulele.
En parallèle, Nicolas s’engage aux côtés de l’AS Aorai.

« J’ai suivi mon fils jusqu’à ses 18 ans quasiment. On est devenu le plus gros club de Papeete. »






En 2018, Marama Vahirua lui demande de rejoindre l’AS Dragon. Il rencontre alors Robert Tanseau, un allié sincère, et accepte à la seule condition que chaque enfant ait un ballon à chaque entraînement.
« À Titioro, chaque famille a le cœur sur la main. On a fait tout un travail avec les parents, les enfants, en étant très vigilant sur le respect, la politesse et la ponctualité. J’aime la gagne, mais ce que je voulais inculquer surtout, c’est que le travail paye ! Quand mes U15 ont été champions, j’ai vu mon fils pleurer. On a aussi été champions U11 devant Vénus et Tefana, les plus grosses cylindrées du championnat ! »
À chaque déplacement sportif, Nicolas veille à ce que le niveau social ne soit jamais un frein au voyage des jeunes, grâce à l’organisation de ventes de plats, de bingos…

Regarder vers demain
Après 13 ans en tant qu’éducateur, une page va se tourner et il prépare avec soin un nouveau projet où le sport servira de tremplin à la transmission.
« L’idée, ça va être de faire en sorte que nos enfants soient des ambassadeurs du fenua, à travers des rencontres sportives et en immersion totale avec la culture polynésienne. C’est les faire grandir par le sport, le partage et la découverte… »

¹ Mot sénégalais qui signifie : avoir l’esprit d’accueil, le respect des invités et du « bien vivre ensemble »
² Institut Universitaire de Formation des Maîtres
3 Centre d’Éducation aux Technologies Appropriées au Développement : il accueille essentiellement des élèves post 3e et les prépare à l’obtention d’un CPAP (Certificat polynésien d’Aptitudes Professionnelle.
4 Ancien secrétaire général de la direction des enseignements secondaires par intérim aujourd’hui à la retraite
5 Syndicat majoritaire des professeurs de lycée professionnel en France
Rédactrice
©Photos : Nicolas Broséus pour Hommes de Polynésie
Directeur de publication : Yvon Bardes










