
Jean-Christophe Teva Shigetomi, sa vie, son Histoire (1/2)
À la soixantaine, Jean-Christophe Teva Shigetomi a déjà eu plusieurs vies. Plus de trente ans passés dans l’aviation civile polynésienne, une passion intacte pour le surf et, depuis plusieurs années, un travail de mémoire consacré aux Polynésiens engagés dans les guerres. Pour Hommes de Polynésie, il revient sur un parcours aussi riche qu’éclectique, de son enfance entre mer et livres à ses années pour les ailes polynésiennes.
Évoquez Bir Hakeim, le bataillon du Pacifique ou n’importe quelle bataille où des Tahitiens ont combattu, et Jean-Christophe Shigetomi change de rythme. Les noms, les dates, les détails sortent en cascade, précis, sans hésitation. Impossible de l’arrêterette passion pour l’histoire l’habite depuis l’enfance.
Petit, il dévore déjà les livres et les musées d’histoire plutôt que la littérature. Mais c’est surtout chez lui, que tout se joue. Toute une génération d’anciens combattants, les hommes du maquis, de la 1re armée française, d’Indochine ou d’Algérie, s’attable régulièrement chez ses parents et raconte leurs faits de guerre.
« Autour de la table, ils ne parlaient que de ça, et moi, j’écoutais. Je devais avoir douze, treize ans. Ma mémoire enregistrait tout. »

Ces rencontres deviennent pour lui un véritable livre d’histoire à ciel ouvert. Sa mère, latiniste et helléniste, cultive, elle aussi, chez lui ce goût pour la connaissance.
« Ma mère était d’une grande culture, elle avait fait Louis-le-Grand, étudié le latin, le grec ancien. Cette culture, elle me l’a transmise. »
Une curiosité pour les récits des autres qui tient peut-être aussi à ses propres origines, multiples.
« On est très mélangés. Ma souche tahitienne vient de mon père, qui est lui-même à la fois allemand et japonais. La branche allemande vient de Raiatea, c’est la famille Neuffer. Mon grand-père japonais est venu travailler à Makatea, il était mécanicien sur la goélette de la compagnie des phosphates. C’est comme ça que la souche Shigetomi s’est installée ici. Ma mère, elle, est française. Moi, je suis un vrai melting-pot ! »
Un surfeur qui n’a jamais lâché les livres
Mais l’adolescent n’a rien d’un rat de bibliothèque. Fils et petit-fils de pêcheurs, il grandit avec la mer comme second foyer. À quatorze, quinze ans, c’est le surf qui s’impose, porté par toute une génération de copains de lycée.
« Mon jardin, c’était les spots de Ta’apuna, Sapinus. Je séchais carrément les cours pour aller à l’eau, surtout quand il y avait des annonces de cyclone ! À l’époque, ce n’était pas interdit comme aujourd’hui. Il y avait des vagues énormes, on s’éclatait. »
Cheveux blonds et longs, boucles d’oreilles, l’attirail complet du surfeur mordu. Mais l’intellect, lui, ne décroche jamais.


Sciences-Po par hasard
Après le bac, direction l’Hexagone, sans idée bien précise.
« Franchement, je ne savais pas quoi faire. Au centre d’orientation, on m’avait demandé si j’aimais le droit, la finance. Je n’avais pas de matière préférée. Alors on m’a parlé de Sciences-Po, où on fait un peu de tout. Entre Strasbourg et Aix-en-Provence, j’ai choisi le soleil. »
Direction donc l’IEP d’Aix-en-Provence, section droit international public. Ses études sont entrecoupées par le service militaire, effectué dans l’armée de l’air, sur le plateau d’Albion, au cœur du dispositif stratégique nucléaire français de l’époque.
Diplôme de l’IEP en poche, il hésite ensuite entre deux spécialisations bien différentes.
« Il y avait le droit de la vigne, avec plein d’ateliers de dégustation. Mais j’ai senti que j’allais finir alcoolique ! Et puis j’ai toujours été un homme du voyage. »
Ce sera donc le droit aérien, une discipline en pleine construction, née de la libéralisation des transports aériens après la Seconde Guerre mondiale.

Plus de 30 ans au sein des transports aériens
Jean-Christophe Shigetomi revient avec ses diplômes à Tahiti en 1985. Il intègre le tout premier gouvernement de l’autonomie interne, au service de l’économie des transports. Le ciel polynésien est alors en pleine mutation. Air Polynésie bascule vers Air Tahiti, les premières compagnies charters se posent et la direction de l’aviation civile est créée. Il en est nommé le tout jeune directeur.
Le poste est vaste et les dossiers nombreux. Pendant plus de 30 ans, il accompagne les grandes évolutions du transport aérien polynésien intérieur et international.

« Il y avait tout à créer. Cela m’a amené à participer à la construction d’Air Tahiti Nui, à l’instauration de la taxe d’aéroport, à la négociation des droits de trafic pour permettre à Air Tahiti Nui d’aller un peu partout dans le monde, etc. »
En parallèle de cette carrière exigeante, le surf garde une place importante dans sa vie. En 1993, il occupe la présidence du Ta’apuna Surf Club et participe à l’organisation de premières compétitions de récif et des premiers masters. Il est également secrétaire général de la Fédération tahitienne de surf.


Deux vies passionnantes menées de front, jusqu’au jour où l’une d’elles ne l’épanouit plus vraiment. Après 31 ans dans l’aviation civile territoriale, il décide de partir.
« Un jour, tu te dis que tu n’es plus en phase. Alors tu pars… »

Rédactrice
©Photos : Pauline Stasi et Jean-Christophe Teva Shigetomi pour Hommes de Polynésie
Directeur de publication : Yvon Bardes






