
Teriki Raveino, l’âme du javelot
Depuis plus de trente ans, Teriki Raveino façonne les javelots autant qu’il transmet une histoire. Entre savoir-faire et mémoire ancestrale, il œuvre pour que cette tradition emblématique de l’île de Anaa continue de vivre entre les mains des nouvelles générations.
LE JAVELOT, L’ÂME DE ANAA
Teriki Raveino est originaire de Anaa, aux Tuamotu. Sur cet atoll, le lancer de javelot est bien plus qu’un sport : c’est une tradition profondément ancrée dans le quotidien des habitants.
« À Anaa, le javelot est la première religion. »
Les générations grandissent au rythme des lancers, faisant de cette activité un véritable héritage collectif.

« Quand on était petits, on jouait beaucoup au javelot. Dès qu’on commençait à savoir marcher… À cette époque, il y avait 4 ou 5 villages sur l’île. Tous organisaient des compétitions de javelot. Les champions de chaque village se réunissaient ensuite pour s’affronter. »
Lorsqu’il est temps pour Teriki d’entrer au collège, il déménage à Tahiti avec ses parents. Même loin de son île natale, sa culture l’accompagne, inlassablement.
« Maintenant encore, partout où j’irai, j’aurai mon javelot avec moi. C’est quelque chose que je ne peux pas arrêter. »
L’ART ET LA MATIÈRE
Très jeune, il apprend que le lancer de javelot, c’est aussi comprendre l’objet dans sa globalité.
« J’avais 14 ans quand j’ai commencé à faire mes propres javelots. »
Au fil des années, cette maîtrise devient un savoir qu’il partage là où la vie le mène. Ainsi, lorsqu’il s’installe à Bora Bora pour devenir guide touristique, il transporte sa passion dans ses valises.

« J’ai emmené mon javelot avec moi et, heureusement là-bas, ils jouaient beaucoup aussi. J’ai pris en charge les jeunes pour qu’ils se perfectionnent et leur apprendre comment les fabriquer… »
Si les matériaux ont évolué au fil du temps, le savoir-faire, lui, demeure.
« Depuis deux ans, je prends du bambou. Avant c’était du bois : surtout du pūrau1 ou du miro2. »

Si le bambou est une matière plus solide et souple, il demande cependant une certaine aisance pour être travaillé.
FAÇONNER ET TRANSMETTRE UN HÉRITAGE
Voilà maintenant une trentaine d’années que Teriki fabrique des javelots. C’est donc tout naturellement qu’il transmet son savoir-faire à son fils de 27 ans.
« Pour assurer la relève, il faut qu’il commence à en faire. Le jour où je ne serai plus là, il maîtrisera la fabrication. »

C’est avant tout une culture ancestrale qu’il tient à préserver.
« Les équipes de javelots ont différents noms. On fait revivre ces noms-là, parce qu’ils ont été utilisés par nos ancêtres. Il y a des histoires et des chants derrière. Et bien sûr, on demande à nos parents et nos grands-parents qui sont encore vivants, de nous les raconter.»
Tout en respectant ardemment ceux et celles qui ont su faire évoluer la discipline.
« Deux femmes se sont vraiment battues pour que les femmes puissent aussi pratiquer ce sport. L’une d’entre elles est la sœur de mon papa. »
FAIRE VIVRE LA DISCIPLINE
Dorénavant, cette passion rassemble son foyer.
« J’ai mon association maintenant, juste moi et ma famille. Elle s’appelle Ruau. J’ai un petit, il commence, il a 8 ans. Ma femme joue beaucoup. Ça fait plus de 27 ans qu’on est ensemble et maintenant, elle adore ça. J’ai ma belle-fille qui lance bien, j’espère que, cette année, elle sera sur le podium ! »
Malgré l’engouement de son cercle proche, Teriki remarque que la jeunesse s’éloigne de cette pratique, pourtant au cœur de son identité.

« Les jeunes de chez moi, quand ils quittent l’île de Anaa, ils arrêtent de jouer. Ils ne veulent plus fabriquer leurs javelots. Alors qu’ils ont ça dans le sang ! C’est un devoir, en tant qu’îlien de Anaa, de perpétuer ce savoir, d’apprendre, et de maintenir l’apprentissage de fabriquer le javelot. »
Pour assurer l’avenir de cette discipline, il rêve de structures capables d’accueillir et de former de nouveaux passionnés.
« Il faut faire comme pour les autres sports : créer des clubs. Si on a un terrain dédié pour ça, beaucoup plus de gens viendront jouer. »
Le souhait de Teriki Raveino est simple : voir les nouvelles générations s’emparer à leur tour de cet héritage qui leur appartient.

« Je lance un appel aux jeunes qui veulent jouer à ce sport. Il y a les associations qui sont là, on est là ! C’est à vous de faire le pas vers l’avant, de s’intéresser à ce qui se passe dans nos sports traditionnels. »
- Hibiscus d’eau
- Bois de rose

Rédactrice
©Photos : Prénom Nom pour Hommes de Polynésie
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