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Société

Éric Tetuira, une écoute attentive

Publié le 8 juillet 2021

Sur les bancs de l’école, Éric TETUIRA s’ennuie. C’est donc avec un bagage léger qu’il se lance dans la vie active. Mais à force d’écoute et d’attention, il gravit les échelons. Désormais chef comptable à l’Office Polynésien de l’Habitat (OPH), il encadre une équipe de 10 personnes, dans une approche toujours bienveillante. Il en donne les clés à Hommes de Polynésie.

Au plus près des locataires

Éric grandit sur l’île sœur, dans la commune de VAIARE. Clairement, pour lui, l’école n’a jamais été une grande passion. Sa mère est institutrice et, même en dehors des bancs de sa classe, il évolue dans un milieu d’enseignants.

« J’ai vécu une scolarité sous surveillance continue. C’est pourquoi j’ai rapidement cherché quel pourrait être le parcours le plus court pour sortir des études… »

Il passe un Bac Pro en comptabilité et, à 19 ans, postule dans diverses entreprises. C’est à la SETIL (Société d’Équipement de Tahiti et ses Îles) qu’il débutera, en tant que caissier. Il doit alors percevoir les loyers en direct avec les locataires.

« J’ai dû assimiler beaucoup de choses nouvelles en peu de temps. Le fait que je parle le reo tahiti a été un véritable avantage. Et le maniement de fonds m’a apporté une grande rigueur. »

Un an plus tard, en 2000, il a l’opportunité d’intégrer la gestion locative de l’Office Territorial de l’Habitat Social (OTHS), qui deviendra la même année l’Office Polynésien de l’Habitat (OPH). En plus de l’encaissement des loyers, Éric dresse des quittances et s’occupe de l’entretien des logements ainsi que de la partie juridique. Un gros challenge pour lui, et un cap important. Il doit apprendre à travailler dans un tout nouvel environnement, mais garde cependant le contact avec les locataires, un aspect qu’il affectionne particulièrement.

« J’avais créé des liens forts avec certains locataires, notamment des personnes âgées. Je ne voulais pas les perturber alors j’ai continué à les recevoir moi-même. J’aime quand les māmā reviennent sur leur jeunesse ou quand un docker me raconte le chargement du coprah. »

Éric va encore plus loin avec l’accompagnement familial pour les personnes en difficulté. Il se rend au domicile des usagers pour mieux se rendre compte de la situation.

« Quand les gens ne paient pas leur loyer, ce n’est pas forcément de la mauvaise volonté. C’est bien souvent qu’il y a une grande misère. J’essayais de construire une solution avec eux en leur expliquant qu’ils ne doivent surtout pas avoir peur de l’OPH. Nous sommes là pour les aider. »

Impulser une cadence commune

Chargé de contrôler et de mandater les factures avant paiement par le comptable de l’office, Eric est l’interlocuteur privilégié des fournisseurs.

« Notre travail consiste à vérifier que les factures répondent aux règles de la comptabilité publique. Aujourd’hui il reste un gros travail à faire pour l’expliquer aux fournisseurs. En cas de problème, ceux-ci sont en généralement mécontents. Notre travail consiste à (ré-) expliquer les règles pour trouver une solution pérenne. Il s’agit souvent de faire le lien entre fournisseurs, agence comptable et autres services de l’office. Chacun à des objectifs spécifiques, il faut donc sensibiliser chaque interlocuteur aux règles existantes, pour que chacun puisse trouve son compte. »

Ce sens de l’écoute, Éric va le développer en 2007, lorsqu’il est promu chef comptable. Plus de 45 000 factures transitent aujourd’hui par son service chaque année : frais de fonctionnement (matériel, locaux, réparations…) et investissements (constructions de nouveaux logements groupés ou individuels). Son équipe doit veiller au respect des délais et des engagements – un poste qui demande de solides compétences organisationnelles et dans le domaine des marchés publics.

« Il faut savoir s’entourer de personnes compétentes et ne pas rester dans les chiffres. Il est primordial d’être connecté à son environnement. »

Mieux connaître pour mieux aider

Éric reste à l’écoute de ce qui l’entoure et surtout, de ses équipes. Pour cela, il met en pratique une démarche qu’il affectionne : la psychoéducation¹. Selon cette thérapie, chaque personne est unique et a un trait culturel qui lui est propre. Il s’agit de chercher à connaître l’autre pour mieux l’accompagner. Cette approche, Éric l’a développée au sein de la communauté de son église, et notamment avec l’« école des parents »² : une formation destinée aux parents rencontrant des difficultés dans l’éducation de leurs enfants.

« J’essaye de savoir à quelle allure mon interlocuteur avance pour avancer avec lui et l’amener à atteindre ses objectifs. Dans un va’a, je ne peux pas seul décider que l’on doit ramer tous ensemble. Il faut transmettre les techniques pour trouver une cadence commune et avancer. Sinon, on se prend des coups de rame sur la tête (rires) .»

« Nous devons continuer à faire pousser des fleurs, là où nous construisons aujourd’hui des murs. »

¹ La psychoéducation a pour but de former les patients atteints de maladie afin de leur donner la possibilité d’être actifs dans le processus de soin.

² Plus d’infos sur la page Facebook : Fraternité Sainte Famille et celle de l’association Nunaa Maohi Aihau

Marion Bois
Rédactrice

© Photos : Éric Tetuira et Marion Bois pour Hommes de Polynésie

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