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Art & Culture

Manuarii Bonnefin, piqué à l’audiovisuel par défi !

Publié le 28 septembre 2018

L’histoire du jour va nous conduire dans les studios de Fenua Image. A sa tête : Manuarii BONNEFIN. Son produit phare : « Méga La blague ». Entre la première saison et la seconde, 4 ans se sont écoulés. Le polynésien qui rêvait d’être une star a fait du petit écran un outil de promotion du « être polynésien ». Hommes de Polynésie s’est rendu dans son antre pour rencontrer cet autodidacte de l’audiovisuel.

 

« je suis content d’être un tahitien. »

« Bébé baisse un peu le volume s’il te plait !» C’est Manuarii qui de son poste de travail s’adresse aux enfants installés dans un coin jeu. Avec Eremoana, un ingénieur du son, il partage un espace situé en plein cœur de la capitale. 3 ans de collaboration avec aujourd’hui une infrastructure composée d’une partie vidéo et d’une partie son.

 

« Depuis méga la blague je me suis professionnalisé dans le secteur audiovisuel en diversifiant mes offres. On fait des séries documentaires, des clips, de la fiction.  Méga la blague s’était juste un tremplin de lancement, parce que le polynésien aime bien rire, et donc du coup pour viser le public polynésien j’ai utilisé l’humour. »

Le premier à avoir ri de ces situations burlesques du quotidien polynésien c’est Jean-Philippe LEMEE, alors directeur d’Antenne à la Polynésie 1ère.

« Il me dit on te prend ça dans 6 mois. Je lui réponds pourquoi dans 6 mois ? Parce que sinon c’est dans un mois me dit-il, alors je dis qu’il aurait tout ça dans un mois. J’ai fait l’erreur de ma vie en lui disant que j’en étais capable, une erreur qui m’a servi : j’ai fait 90 épisodes de moins d’une minute en 1 mois. J’ai galéré, j’ai perdu des cheveux à partir de l’instant où j’ai commencé à réfléchir et après si j’ai un dicton à enseigner aux jeunes c’est « quand tu es jeune tu cours vite tu vois moins les chemins, quand tu prends de l’âge tu vas moins vite et tu vois mieux tous les chemins ! »

Le principe de Méga la blague c’était de faire comprendre aux polynésiens qu’ils ne devaient pas avoir honte de s’exprimer.

« On parle français et à l’école on nous enseigne le tahitien, donc du coup il est pris entre les deux, il fait un mixe mais il n’est pas très bon, on caractérise ça de mauvais langage, mais ce n’est pas du mauvais langage. On appelle ça le kaina, le parler Kaina, je voulais faire en sorte qu’il n’est pas honte de parler KAINA. »

Manuarii est un « patriote ».

“Je sors d’une série de tournage aux Marquises, j’ai découvert des décors de dingue à Nuku Hiva et Hiva Oa ! j’ai été impressionné. Ça m’a mis la tristesse au cœur d’entendre qu’ici on ne peut pas faire les choses aussi bien qu’ailleurs alors que ce n’est pas le cas ! Ils ont peut-être un savoir que l’on n’a pas, mais nous aussi on a un savoir qu’ils n’ont pas !”

Manuarii enchaine les courts métrages sur internet qu’il a diffusé dans des festivals internationaux ou au FIFO, avec toujours pour principe de faire connaître une partie du polynésien.

« Parce que le polynésien c’est un bon rieur, j’ai pu le voir en bringue. Il a vraiment ce côté chaleureux, accueillant, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs ».

A l’écouter, il donne l’impression de ne pas être né ici. Pourtant un 24 décembre il y a 31 ans naquit un petit d’homme. Il fréquentera les bans de LA MENAIS, et est fou de sport. Il pensait même faire carrière.

« Sauf que le sport en Polynésie tu ne gagnes pas ta vie avec, faut avouer qu’avant on avait pas la possibilité d’évoluer dans le sport. Résultat plutôt que continuer mes études et que mon père n’avait pas les moyens de les financer, j’ai viré vers un BTS informatique »

Pendant quelques années Manuarii archive des documents informatiques jusqu’au jour où il répond à un casting.

« On m’a dit que j’étais le plus nul des castings qu’ils avaient faits, et ils m’ont proposer de jouer le rôle d’un raerae. Vexé je me suis lancé pour défi de prouver que je n’étais pas si nul que ça. Plus tard de fil en aiguille j’ai monté une boite de son, et comme je suis très visuel, j’apprends beaucoup et rapidement. J’ai demandé à une boite de prod de me former. Mon approche a tellement étonné qu’ils m’ont embouché pour 6 mois. Et puis j’ai suivi Philippe SINTES et c’est comme ça que j’ai commencé à faire mon petit bout de chemin ! »

Vouloir être acteur a conduit Manuarii hors de nos frontières.

« J’ai joué avec des stars du Québec, ils m’ont dit que j’étais nul mais ils m’ont expliqué comment il fallait faire. J’apprends toujours sur le terrain. Une fois je suis allé au festival de Cannes où j’ai côtoyé des Stars, notamment Michel RODRIGUEZ (Fast and Furious) qui m’a dit qu’entre ce que l’on te montre et ce que nous vivons au quotidien il y a une différence. Déjà elle travaille beaucoup, mais limite elle ne voit pas le soleil, elle est focus sur le boulot, mais c’est largement une autre vie. C’est là que je me suis dit : est-ce que c’est vraiment ça que je veux ? »

Aujourd’hui Manuarii est le papa d’une petite fille prénommée KURAVAI. Il est moins fougueux plus tolérant. Il rêve d’une structure de formation pour des jeunes animés de cette envie de faire du cinéma.

« On a un grand potentiel le hic c’est l’administratif : impôts, distances, surcharges financières c’est ça qui nous limite, ce sont des freins à notre développement ! Heureusement qu’on a internet et c’est ça qui nous a apporté un boum, nous a fait nous développer. J’aime ma Polynésie. On est un peuple qui évolue facilement, on est un peuple qui s’adapte vite !»

Jeanne PHANARIOTIS
Rédactrice web

© Photos : Facebook Manuarii BONNEFIN

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