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Art & Culture

La photographie, un artisanat d’images

Publié le 31 mars 2022

Dans le couloir des rues parallèles de la ville de Papeete, s’entre-ouvre devant Hommes de Polynésie, l’univers d’Eric Raffis. Dissimulée sous une cascade de palmiers aux couleurs du fauvisme1, une caverne créative nous accueille, un refuge où la nature se marie aux matériaux modernes des habitacles humains.

ARCHITECTE D’IMAGES ET DE PENSÉES

Arrivée sur le tarmac de l’aéroport, le temps indécis des journées arides oscille dans une bipolarité reconnue. Enfant d’alchimie, piqué à l’art et à la sensibilité, Tahiti le salue, lui et ses arrivants, sous un soleil dégagé. Puis d’une fureur envie, ses rayons aiguisés transpercent les larmes des vaporeux nuages, accordant à l’assistance une toile aux paradoxes éclatants, propre à nos paysages.

« Je n’ai connu la France que pendant les vacances et mes études à Paris, je suis arrivé ici j’avais 4 ans et demi. J’ai vraiment été accueilli par cette pluie ensoleillée qui m’a ébloui. »

Eric évolue dans la Polynésie, bercé par les sérénades des merles braillards en promenade.

L’intellect constamment nourri par ce qui l’entoure, ses études en architecture à Paris sont un sentier vers cette acuité à ressentir et à faire ressentir grâce aux images.

« On a été sensibilisé à tout ce qui était artistique, notamment à travers le dessin de nu, ce qui a touché à ma propre sensibilité. »

Dans sa mémoire encore, raisonne le clapotis des produits chimiques se mariant à l’eau pour tirer les négatifs et développer les clichés réalisés à l’argentique2.

« Mais je ne voyais pas mon horizon en France, nous sommes donc revenus ici. »

Un appareil numérique suspendu à son épaule, Eric arpente les allées du marché à la recherche de portraits et de moments désormais inscrits dans les pages du passé où des bâtiments jadis reconnus ne sont désormais qu’un souvenir de nos aïeux.

« Petit à petit, je me suis intéressé aux expositions locales comme Hoho’a. Et participer à ce genre de chose, ça crée une émulation, car on te donne un objectif. J’ai voulu proposer autre chose de ce qu’on avait l’habitude de voir. »

"Souffle rythmique" : Depuis la nuit des temps et probablement pour longtemps, immergés dans la bulle atmosphère dans un souffle rythmique presque inconscient …nous respirions…nous respirons…nous respirerons…

Puis l’occasion s’offre à lui de tirer le portrait de femmes, éternelles muses, intemporelles, discrètes bien que inconsidérablement puissantes dans le processus de réalisation.

« Quand je vais en extérieur, j’essaye toujours de faire en sorte que la photo soit hétéroclite, un peu hors du temps ou qui pose un questionnement.  »

LA PHOTOGRAPHIE ET LA BEAUTÉ HUMAINE

Humaniste et bâtisseur adepte de l’apophtegme 3 « faire le plus avec le moins », Eric nous invite sur le seuil de sa bulle. Bulle créatrice, inventive et de bricolage, dans laquelle nous sommes absorbés, abîmes d’émotions.

« J’imagine toujours à l’avance ce que je veux en faisant des croquis, en prenant des notes. Durant une séance, je sais où je vais, tout comme le modèle. »

Scientifique des images, où volutes d’explosions se lient à l’euphorie de la découverte, ses séances se dénotent par cette expérience de recherches nouant le photographe au modèle, une indéfectible confiance.

« Le modèle travaille aussi de son côté. C’est un créatif, un artiste, voire un acteur d’une certaine manière car il plonge avec moi dans cette bulle que je crée. »

En ce moment, les spectateurs ressentent moins l’atmosphère de Polynésie bien que des virgules rythment l’image de tonalités reconnaissables.

« J’apporte dans l’image un détail pour qu’on le devine : par la matière, les accessoires ou les visages. »

"Miroir des échos" : Dans une lumière spectrale, l’image dévoile au premier regard, la vibration sonore de la percussion sur le Toere et l’onde de l’eau. De façon plus subtile, les échos invisibles mais bien réels qui s’entremêlent entre la femme et l’homme dans leurs complicités à la vie. On peut y voir aussi, des échos venant du lointain faisant ressurgir ici, un Ti’i à deux têtes…

Fasciné par la beauté des faciès, comme tous les créateurs des temps passés, il nous dépeint une réalité.

« On peut dénoter un certain paradoxe dans celui du mythe de la vahine qui est une importation de l’extérieur, mettant en scène des femmes objets et pourtant, cette notion de beauté est entretenue. Bien heureusement, le monde évolue, notamment grâce au combat des femmes. »

ÉTERNEL RÊVEUR

Entre l’imaginaire et le monde factuel, une fine membrane nous sépare. Guidé par son intuition, il apporte à travers la photo des questionnements, pas seulement de l’ornement.

« On a tendance à négliger cette nature, on a perdu conscience que c’est grâce à elle que nous sommes là, que l’on respire grâce à elle. Et finalement, on lui marche dessus en la dominant. »

Sous ce rythme effréné, l’humain évolue et, sans cesse, se détache de son essence. Cette âme sensible, cet artisan de l’ombre dont le clair-obscur laisse apercevoir une lumière d’espérance.

« La beauté est un des sens de la vie, que l’on a tendance à oublier. »

Et cette lumière qui, chaque jour, anime son art, ce sont ces femmes. Hommage à leur art :

« J’aimerais vraiment remercier ces femmes, ces créatures qui m’ont accompagné dans ma démarche et sont entrées dans ma bulle. »

Puis, dans un silence d’illusion, Eric nous quitte.

« J’ai le sentiment que la photo artistique est en train de perdre en qualité car elle est délaissée au profit de la surmédiatisation, de « l’instagrammable. »

1Mouvement pictural français du début du xxe siècle, fondé sur la simplification des formes, l’utilisation de couleurs pures juxtaposées et recherchant l’intensité de l’expression.

2Anciennement les appareils photo utilisant les pellicules où se fixait l’image.

3Parole mémorable ayant valeur de maxime.

Manutea Rambaud

Rédactrice

©Photos : Manutea Rambaud et Eric Raffis pour Hommes de Polynésie

Pour plus de renseignements

Eric Raffis expose au Te Fare Natura de Moorea pour l’événement World Art Day 2022 du 02 au 30 avril 2022 (3e édition).

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