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Art & Culture

Joseph Peuehitu, la transmission avant tout

Publié le 22 août 2023

Dernière maison nichée au creux d’une vallée, cerclée d’une végétation foisonnante, c’est ici que Joseph nous reçoit, en cette fin de journée ensoleillée. Drapés de leur traditionnel costume marquisien, sa famille et lui nous attendent, car ils ont des choses à nous confier. Originaire des Marquises, ce travailleur acharné quittera son île et arrivera à Tahiti à l’aube de ses vingt ans, avec pour seul objectif la préservation de la culture marquisienne. Portrait d’un homme qui apprend, qui dit vivre simplement, un homme pour qui la transmission est un travail de chaque instant.

« J’ai toujours cherché à comprendre ma culture, à me l’approprier, à savoir d’où je venais. Ta richesse, c’est ta langue, ton histoire ; ne les laisse pas s’estomper. »

Dès l’enfance, l’importance de la valeur travail

Joseph est né à Ua Pou, fier de rappeler qu’il vivait, grâce à son père, dans la première maison en dur de sa vallée. Il a peu connu son papa, alors rapidement, son grand-père est devenu son principal repère. Grâce à lui et à son éducation quelque peu stricte, il a vite appris ce qu’était être un adulte. Il raconte comment survivre était plus important que vivre : s’il voulait manger, il fallait travailler. Cet enfant des Marquises, doté déjà d’une grande maturité, savait donc pêcher, chasser, cultiver, mais surtout troquer, avant même de savoir jouer. Il passait donc ses journées à casser le coprah, à construire des pirogues, à écouter la nature, le vent, les oiseaux, en somme à apprendre sa culture. Il se souvient d’un temps où le matériel comptait peu, où la danse était proscrite, mais il insiste sur une chose : dans ce temps-là, le travail et le plaisir étaient liés.

« Selon moi, je venais d’ailleurs. Je passais donc mon temps libre à apprendre, je voulais connaître l’histoire de mes ancêtres, trouver la vérité et ma place au milieu de toutes ces légendes. »

Dans le discours de Joseph, reviennent comme des mantras les termes de droiture, de travail, d’apprentissage ; mais il était sans savoir que le chemin de la réussite allait être long et sinueux. En 1998, pour débuter ses études à l’école maritime, il fut obligé de prendre un autre courant, celui du nord, et il quitta son île natale pour Tahiti. Bien sûr, il lorgnait en silence depuis ses montagnes ce nouvel environnement, ce lieu où tout était possible. Malgré les voitures, les feux rouges, le manque de repères, et le bruit incessant, il s’est rapidement adapté à sa nouvelle vie. Par la suite, il s’est placé en chef de tribu, en accompagnant à son tour les jeunes qui quittaient les Marquises.

Pour ne pas oublier d’où l’on vient

Pendant toutes ces années à Tahiti, Joseph a toujours voulu conserver dans son cœur le lien avec les Marquises. Il s’est enivré de lecture, de culture, il a fait ses propres recherches, mais il s’est surtout fait la promesse de transmettre aux autres son savoir-faire, comme son grand-père l’avait fait avec lui. C’est à Tahiti qu’il a voulu cultiver sa différence, en préservant celle de son île. Comme Ua Pou, il a gardé dans son ADN son authenticité, et a fait renaître en lui sa passion pour la danse marquisienne. Il faut évoquer aussi l’importance du lieu dans lequel il vit aujourd’hui. Il dit être en symbiose avec la nature, et avoir retrouvé un cocon dans lequel il puise l’inspiration, et grâce auquel il perpétue ses traditions. Il cultive notamment ses plantations pour nourrir sa tribu, car comme il aime le répéter : « mets la main dans la terre, tu mangeras et tu vivras ».

« Je suis fier de mon île, on n’en parle pas assez.  J’ai cherché un moyen de promouvoir la culture, notamment les danses marquisiennes, car elles racontent la vie. Je trouvais dommage aussi de ne pas garder cette spiritualité de la langue, car chez nous, beaucoup de choses passent par la voix, par le phrasé. »

Il a suffi d’un déclic pour que naisse son association

En 2019, c’est un appel au secours de son cousin qui a déclenché chez Joseph l’envie de créer son association, car ce dernier recherchait en urgence des danseurs marquisiens de souche. Dès lors, il a pris en main une nouvelle tribu, une troupe d’artistes, de chanteurs et de danseurs, juste avant le festival des Marquises. Son association, « Tahakahaka O te Kuhane Tapu », la lumière sacrée de l’âme, met justement en lumière la danse, l’artisanat, l’art culinaire, la langue, ou encore le tatouage.

Elle compte aujourd’hui 36 membres, et a pour visée principale le partage de connaissances, et l’amour de la culture. En véritable chef de file, Joseph se questionne souvent sur la façon dont il doit gérer son clan. Il oscille entre sévérité et souplesse, car il attend d’eux régularité et assiduité. Il compose ses textes, et son groupe les danse et les chante, seulement accompagné de la puissance des instruments.

Pour financer les projets, l’association propose entre autres des prestations privées, notamment chez les particuliers, qui ont l’immense honneur d’assister à un spectacle qui a toujours fait frissonner le monde entier.

Du concret pour préserver la transmission

Depuis près de deux ans, Joseph s’applique à la préparation du prochain festival des Marquises, qui débutera le 16 décembre, et qui aura pour thème « le courant ancestral ». C’est exactement ce qu’il incarne avec son association : des moments de partage en profondeur, pas seulement du bout des lèvres, pour apprendre, pour montrer. Qu’il s’agisse de confection de costumes, de bijoux, de gravure, etc., chacun des membres est gracieusement invité pour des instants de communion.

« Ce que mes ancêtres m’ont laissé, je suis en train de le transmettre, et à qui me le demandera. Je ne choisis pas. »

En perpétuel mouvement et désireux d’apprendre, Joseph se renouvelle sans cesse. C’est ainsi : quand on aime sa culture, le cœur n’est jamais figé.

Julia Urso

Rédactrice

©Photos : Julia Urso pour Hommes de Polynésie

Directeur des Publications : Yvon BARDES

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