
Cronos, l’autodidacte aux mille univers
Des graffitis sur les murs aux toiles des galeries, Homme de Polynésie vous emmène aujourd’hui sur les traces de Hennessy Maraeauria, alias Cronos. Dessinateur, peintre, infographiste, graffeur ou encore designer, le Tahitien est toujours prêt à explorer de nouveaux horizons artistiques.
Rien que chez lui, Cronos a deux petits ateliers : l’un pour ses peintures et autres graffs, et un autre qui ressemble davantage à un bureau pour dessiner sur son ordinateur. Il n’en faut pas moins pour que cet artiste hétéroclite puisse créer au gré de ses inspirations.
Originaire de Tahiti, Cronos découvre le dessin très jeune.
« J’ai un oncle d’une dizaine d’années de plus qui était fan de comics. Une fois qu’il les avait lus, j’adorais les regarder, je devais avoir 6 ou 7 ans. Il avait aussi des magazines de surf, de bodyboard… Les publicités dans ces magazines ont vraiment un univers graphique particulier. Je voyais mon oncle dessiner et je faisais pareil, je prenais une feuille blanche et j’essayais de copier. »

Depuis cette époque, la passion du dessin ne l’a plus jamais quitté.
« Dès que j’étais à la maison, je dessinais. Je suis autodidacte, j’ai appris comme ça. »
Un premier ordinateur
Très curieux, Cronos se laisse porter par l’évolution des outils et découvre, quelques années plus tard, l’informatique et les possibilités qu’elle offre.
« J’avais un copain geek qui m’a montré Photoshop et j’ai trouvé cela super. Ma mère m’a alors offert mon premier ordinateur. J’ai appris en regardant des tutos et je me suis mis à dessiner sur ordi. »
Ses dessins s’inspirent des comics, des mangas, en passant par le street art… Un univers riche nourrit par ses voyages.
« J’ai eu la chance de beaucoup voyager quand j’étais jeune… J’aimais bien aller dans les magasins de vêtements de surf, je ramenais des tee-shirts originaux, que personne n’avait à Tahiti. Ces voyages m’ont aussi enrichi artistiquement. »


Lancement de la marque Cronos style
Son bac en poche, Cronos commence ensuite à travailler. Vers 21-22 ans, il devient même steward, mais ce job ne le motive pas plus que cela.
« Mon contrat n’a pas été renouvelé et cela ne m’a pas gêné, je ne me voyais pas faire cela toute ma vie. »
Après cette expérience dans l’aviation, notre artiste décide de se lancer dans le design et le streetwear avec ses propres dessins. Il étudie les procédés d’impression, la sérigraphie puis se rend dans un salon du textile aux États-Unis, et achète ses premiers appareils d’impression.
« J’ai créé mes premiers tee-shirts pour moi. Les gens les aimaient bien et m’en demandaient. J’ai déposé ma marque Cronos Style en 2008, c’est un mélange de streetwear californien et polynésien. J’ai choisi ce nom, car Cronos c’était le nom d’un personnage d’un jeu vidéo et c’est aussi celui d’un dieu grec. Ça sonne bien. »
Le bouche-à-oreille fonctionne rapidement. Les tee-shirts et casquettes de Cronos Style se font une belle réputation.

« C’était beaucoup de boulot, il fallait sans cesse créer de nouveaux designs, mais j’ai toujours aimé créer. Je vendais mes créations en dépôt-vente et aussi beaucoup dans les foires, les salons»
Cronos rencontre à cette époque d’autres artistes du fenua comme HTJ. Ils créent à plusieurs le Hamani Lab, un collectif qui regroupe des peintres, des sculpteurs…
Les premières toiles
Devenu papa, il se lance dans une nouvelle aventure artistique.
« J’avais toujours eu envie de peindre, j’ai eu le déclic en voyant une toile de Gotz. Quand j’ai eu ma première fille, on a déménagé à Mahina, on était bien et je me suis dit que c’était le moment de peindre mes premières toiles, juste pour moi. »
Ce qui ne devait être qu’une pratique personnelle attire vite l’attention. Lors d’une foire, il installe deux tableaux pour décorer son stand de tee-shirts.

« Un gars a flashé sur un tableau et a insisté pour me l’acheter. Je ne savais même pas quel prix fixer ! »
Le deuxième tableau se confronte au même sort. La carrière de Cronos prend un nouveau virage. S’ensuivent rapidement des expos collectives, puis en 2016, Cronos réalise sa première exposition en solo à la Galerie Winkler.
Depuis dix ans, Cronos ne s’est plus arrêté. Graffiti, peintures, customisation de skates, de casquettes et même de tiki… À un peu plus de 40 ans, l’autodidacte au style puissant continue de se réinventer, avec toujours la même envie d’apprendre et de se faire plaisir.
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Rédactrice
©Photos : Pauline Stasi pour Hommes de Polynésie
Directeur de publication : Yvon Bardes



