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Portrait

Jean-Paul, le blues dans l’âme

Publié le 8 février 2020

Vêtu de façon décontractée, Jean-Paul nous reçoit chez lui, dans sa caverne d’Ali Baba remplie d’instruments du sol au plafond. Loin du micro, il est calme et sa voix douce ne laisse aucunement paraître la rage qui s’en dégage lorsqu’il chante. Il a un regard sérieux, intimidant de prime abord,  puis lumineux et chaleureux qui désarme rapidement. Dans cette pièce riche en histoires, “Poulo” de son nom de scène, partage à Hommes de Polynésie ses coups de blues.

Paris, le blues et la gloire

Jean-Paul Debouy, né le 20 juillet 1955 à Bar-sur-Aube, est un amoureux fou du blues depuis le jour où il a appris à jouer de la guitare. A 14 ans, il se tient déjà comme un géant de la musique et joue dans un groupe créé avec des copains, les Sinn Fien, qui signifie “nous-mêmes” en langage gaélique Irlandais.

Plus tard, il a l’opportunité de s’affirmer dans le monde du blues en intégrant le groupe Klaxoned, avec lequel il enregistre la plupart de son répertoire dans un studio à Paris. Les représentations se succèdent dans les années 80 sur des scènes comme Le Zénith. Les concerts s’allongent, les pots à pourboires se remplissent et la foule devient de plus en plus nombreuse.

Tahiti, son pays d’adoption

En 1991, Jean-Paul et son épouse Michèle décident d’adopter un enfant tahitien. Ils passeront quelques semaines en Polynésie avant de rentrer en France, et, sans qu’ils le sachent, ce séjour sera marquant pour la suite de leur vie.

Un an plus tard, alors qu’ils souhaitent adopter un deuxième enfant en Polynésie, l’organisme par lequel ils passent leur propose une petite fille à Madagascar, en pleine guerre civile à ce moment-là.

“Sur place, ils m’ont mis un fusil sur la nuque car ils pensaient que je faisais du trafic de pierres mais heureusement que les habitants sont intervenus à ce moment-là et m’ont dit de prendre l’enfant et de m’en aller vite.”

En 1994, le couple décide de quitter la France pour s’installer à Tahiti, terre natale de leur aîné. Peu après, une petite fille originaire des Marquises vient agrandir leur famille.

La musique, un besoin vital

Ébéniste de formation, Jean-Paul travaille comme restaurateur de meubles anciens, et aujourd’hui, il est le seul luthier à Tahiti. La musique continuera à être un pilier central de sa vie.

En 2010, alors qu’il construit son studio chez lui, il se coupe accidentellement les doigts de la main gauche. Il doit se résoudre à réapprendre la guitare d’une nouvelle façon.

“Si je n’avais pas pu rejouer de la musique, j’aurais été vraiment malheureux. Je ne sais pas si je serais là encore. Ça m’a pris du temps mais il le fallait, par amour pour le blues.”

Huit ans plus tard, il est atteint d’un cancer au niveau du pharynx.

“La maladie peut parfois sauver. Elle permet de faire un retour sur soi-même. Elle a un sens car elle remet l’esprit d’un individu à un niveau propre. Elle assainit les choses sur le plan moral.”

À l’instar d’autres bluesmen, comme Manu Lanvin qu’il a eu la chance de recevoir chez lui il y a un peu plus d’un an, les constructions sociales et racistes qui ont créé le blues le touchent profondément. Poulo a réussi à se tailler une place sur la scène du blues à Tahiti et continue de composer chez lui. Sa prestation vocale a une qualité rugueuse qui la rend distinctive et mémorable. Le blues est pour Jean-Paul avant tout un moyen d’expression.

“Faire de la musique m’est vital. Je peux ressentir les choses en moi et les exprimer librement à travers le blues. Je suis né avec une sensibilité exacerbée….”

Vainui Moreno
Rédactrice web

© Photos : Vainui Moreno pour Hommes de Polynésie

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