
Éric Goalard : l’art de transmettre la danse
Arrivé à Tahiti pour un remplacement de trois mois, Éric Goalard n’est jamais reparti. Neuf ans plus tard, ce danseur de jazz et professeur diplômé d’état dirige l’Espace chorégraphique Tschan. Son but ? Faire vibrer ses élèves, les nourrir de nouvelles expériences et faire rayonner la danse polynésienne au-delà de nos lagons. Rencontre avec Hommes de Polynésie.

Éric Goalard vient d’avoir 30 ans et, avec ses vingt ans de danse au compteur, il affiche déjà un curriculum vitae à faire pâlir les plus jaloux ! Originaire de Salon de Provence dans le sud de la France, il découvre le modern jazz à l’âge de sept ans.
« Petit, je faisais sans arrêt le pitre et le show. Ma mère cherchait un moyen de canaliser mon énergie, elle m’a inscrit à la danse. Depuis, je n’ai jamais arrêté. »
Du sport-études aux cabarets
Très vite, sa passion prend toute la place. Il choisit d’intégrer le Conservatoire d’Avignon en sport-études dès la classe de troisième : cours le matin, danse l’après-midi, jusqu’à dix-huit heures de pratique hebdomadaire. Le baccalauréat en poche, il obtient son diplôme d’état à Montpellier. En parallèle, pour financer ses études, le danseur se produit sur scène. Lyon d’abord, dans le music-hall, puis Toulouse, dans l’univers palpitant des cabarets.
« J’ai adoré cette vie d’artiste. Être payé pour faire ce que j’aime, monter sur scène et vendre du rêve au public… Ce sont des souvenirs incroyables. »

une envie de voyage
Mais l’envie de voyager le pousse ailleurs. Un ami le met alors en contact avec une école de danse à Tahiti qui cherche un remplaçant pour trois mois. À 21 ans, il prend son billet d’avion et s’envole pour le fenua… De fil en aiguille, Éric s’implique dans la vie artistique locale. Il y a trois ans, une opportunité se présente : reprendre la direction du centre de danse André Tschan, premier centre de danse moderne de Polynésie fondé il y a presque soixante ans. Il le baptiste l’Espace chorégraphique Tschan.
« Cette école de danse est réputée à Tahiti. Aujourd’hui, on y enseigne le jazz, le classique, le contemporain, le hip-hop et même la danse sur talons ! »
Éric fait d’ailleurs partie des pionniers à développer les workshops puis les cours la danse sur talons, appelée aussi la heels.
La heels, une aventure née presque par hasard

« Au départ, c’est parti d’une blague. J’ai mis au défi une élève danseuse, d’enfiler ses chaussures à talons et de danser. J’ai fait le show. Elle a filmé. J’ai proposé un stage ! On s’est retrouvé avec plus de quarante participantes. »
La discipline séduit donc les femmes. Pas de concurrence avec le prof puisque c’est un homme ! Au-delà de l’aspect technique, la danse sur talons devient un espace d’expression et de confiance en soi.
« Le cours de heels est un moyen de lâcher-prise, d’oublier le quotidien. Les femmes se réapproprient leur corps, leur féminité, leur sensualité, peu importe la silhouette. »
Pour ce professeur passionné, la danse ne doit pas se limiter aux cours hebdomadaires ou au gala de fin d’année.
« Mon objectif est de nourrir les élèves en leur offrant des expériences, des échanges, des projets, des voyages qui les font grandir artistiquement. »

Se challenger avec des projets
Dans cette optique, Éric multiplie les projets. Aujourd’hui président de la Confédération nationale de danse pour la région Pacifique, il a organisé au mois de février le premier concours national, le CND régional, sur le territoire. Les gagnants vont participer au mois de mai à l’un des plus grands concours de danse d’Europe au CND national.
« C’est important que nos danseurs puissent se comparer, se challenger et aussi montrer leur talent ailleurs. »
Cette ambition a pris tout son sens avec une autre aventure d’envergure, celle d’emmener une délégation de 33 personnes dont 27 danseurs au Festival « Dance Excellence », un festival international de danse à Los Angele qui s’est tenu fin mars-début avril.
« Soutenus par le Ministère de la culture de Polynésie française, nous avons représenté la Polynésie face à des danseurs venus de 29 studios de différentes régions du monde. Pour les élèves, ça a été une expérience incroyable. »

Entre enseignement, création, organisation d’événements et accompagnement des jeunes talents, Éric Goalard multiplie les casquettes. Mais au fond, sa force motrice reste la même.
« La danse est un art avant d’être un sport. Quand on danse, on oublie tout. C’est un moment où l’on se dépasse, où l’on s’exprime, où l’on partage. »
Et si certains de ses anciens élèves ont déjà ouvert leur propre école, pour le professeur c’est la plus belle des récompenses.
« Si je peux laisser une empreinte ici, c’est celle d’avoir contribué à faire grandir la danse, à transmettre cette passion et à faire naitre des vocations. »
Isabelle Lesourd
Rédactrice
©Photos : Isabelle Lesourd, O’vai Tahiti et Tui Hei pour Hommes de Polynésie
Directeur de publication : Yvon Bardes




