
Jean Mere : « Être polynésien français, c’est une richesse »
Sommité de l’histoire polynésienne, Jean Mere vit auréolé du mana du marae Taputapuātea, à Ōpoā, au sud de Raiatea. Le médiateur du patrimoine est, en effet, viscéralement lié au plus important site politique et religieux du grand triangle polynésien. Pour Hommes de Polynésie, Jean Mere raconte, avec la même effusion depuis 30 ans, son engagement à relier le Polynésien à son histoire, aussi complexe soit-elle.
Né en 1967, Jean Mere descend de familles aux origines diverses, Raiatea, Tahiti mais aussi l’Angleterre. Tout au long de sa jeunesse, il ne s’intéresse guère à sa culture, voire la rejette. Puis, un événement fait basculer sa vision.
La stupéfaction des cousins hawaiiens
En 1995, Ōpoā accueille l’Alliance amicale, te Fa’atau arofa, résurgence d’une tradition ancienne d’amitié entre les peuples polynésiens qui réunissait, jadis, chefs, prêtres, navigateurs sur le marae Taputapuātea. Cette année-là, alors qu’il a 28 ans, Jean voit arriver plusieurs pirogues majestueuses en provenance du Grand Pacifique.

« Comme je parlais anglais, je me suis occupé d’une délégation hawaiienne, en provenance de Hilo. Le soir, durant la veillée, chaque personne récitait sa généalogie. Arrive mon tour. Or, je ne connaissais pas ma généalogie polynésienne, uniquement celle anglaise. J’étais tellement fier de moi ! Mais le regard des Hawaiiens m’a transpercé : il y avait de la pitié dans leurs yeux, voire un certain dégoût. C’est à partir de ce jour que je me suis mis à chercher mon identité polynésienne. »
À l’époque, Jean travaillait comme secrétaire au service de l’État civil à la mairie de Taputapuātea, service qu’il dirigera par la suite en 2000.
Marae Taputapuātea : 15 ans de fouilles dans les mémoires
Au début des années 2000, une prise de conscience de la fragilité du site du marae, notamment à cause de la montée des eaux, s’empare de certaines personnes, dont Richard Tuheiava, jeune avocat des Îles Sous-le-Vent, devenu par la suite sénateur. L’idée est de classer le site au Patrimoine mondial de l’Unesco afin de le protéger définitivement. Spontanément, Jean participe à la constitution du dossier.

« Si vous voulez faire reconnaître le marae comme trésor mondial, écrivez son histoire » : c’est ce que nous a conseillé la Conservation des Biens français. Alors, bénévolement, moi et bien d’autres personnes sommes allés interroger les anciens et sonder les réseaux sociaux… C’était vraiment difficile de reconstruire le puzzle. »
Aboutissement de tous ces efforts, en 2017 : le marae et la région de Taputapuātea sont inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. C’est désormais sur ce site que Jean travaille comme médiateur du patrimoine, détaché auprès du ministère de la Culture. Aussi a-t-il fait découvrir à des générations d’élèves, de la maternelle au BTS, ce site culturel majeur.

La double identité : une chance !
« Mon combat, c’est que nos enfants fassent la paix avec leur histoire. Nous sommes polynésiens français. Il faut prendre cette double identité comme une fierté, pas comme une obligation. »
Parler sa langue pour connaître sa terre
Et pour vivre pleinement cette riche identité, il est indispensable de maintenir vivantes les langues polynésiennes. Il n’est pas de culture ni d’histoire perpétuées sans la pratique de la langue qui l’accompagne.

« La langue est le lien d’attache avec la terre. C’est en s’appropriant sa langue que le Polynésien se relie à sa propre histoire. »

Rédactrice
©Photos : Gaëlle Poyade pour Hommes de Polynésie
Directeur de publication : Yvon Bardes









