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Roura Bougues Uravena Hommes de Polynesie Credit : Pauline Stasi

Roura Bougues, les riffs d’Uravena et le kiff du Hellfest

Publié le 22 septembre 2026

Pour Roura Bougues, la musique a toujours été une affaire de copains et de messages forts. Guitariste et chanteur des groupes Varua Ino et Uravena, figure de la scène métal polynésienne, il raconte à Hommes de Polynésie son parcours fait de riffs et de passion, jusqu’au Hellfest où Uravena s’est produit en juin 2026.

Roura Bougues, chanteur de metal polynésien
Sur la scène du Hellfest en juin 2026

Un riff, quelques accords, puis cette voix grave qui arrive. Guitare en main, Roura Bougues est dans son salon, là où tout a commencé avec son petit frère Tamihau et leurs copains.

« C’est là qu’on a commencé à répéter quand on était jeunes. »

La musique est arrivée dans sa vie par la famille.

« Mon grand-père maternel, Dédé Nouveau, était musicien : il composait, il jouait dans les églises. Il sortait sa guitare, et sans s’en rendre compte, on est arrivé à la musique comme ça. »

Le petit frère montre la voie

Roura découvre le métal adolescent grâce à son cousin Serge, guitariste du groupe ADN, l’un des premiers groupes de hard du fenua.

« Il avait vécu en métropole. Quand il est revenu, il nous a fait écouter du hard rock et on a kiffé. »

Son petit frère Tamihau se met rapidement à la guitare. Roura, lui, préfère le skate. Mais à force de l’entendre jouer, il se met lui aussi à gratter quelques accords. Ensemble, ils écoutent Mötley Crüe, Guns N’ Roses et surtout Metallica. Si les riffs le séduisent, les messages aussi.

« Master of Puppets de Metallica, ça parle de mecs en haut qui font ce qu’ils veulent de nous, on n’est que des chiffres. J’ai tout de suite accroché à cette idée de chanter des messages. »

Roura Bougues, chanteur de metal polynésien
Avec son premier groupe Varua Ino

Varua Ino, les premières vibrations

Avec Tamihau, son frère, Léon, un copain bassiste et Rameha, un copain batteur, il forme Varua Ino dans les années 1990. La bande d’amis répète le week-end. Roura se met à écrire et à composer. Le groupe se fait repérer au Toere Rock et remporte le tremplin musical, qui lui ouvre les portes de la première partie de Manahune.

« On ne le savait pas. Cela nous a fait connaître et on a commencé à faire pas mal de scènes. »

C’est lors de l’une de ces scènes qu’un beau hasard va changer la suite.

« On jouait en live place Vai’ete, un producteur de Moorea qui prenait son bateau nous entend jouer, il kiffe et il nous propose d’aller en studio. »

Parmi les morceaux enregistrés, la chanson Anavai connaît un gros succès et marque toute une génération.

La guitare de côté

En 2001, à 27 ans, Roura Bougues devient père et décide de raccrocher.

« J’ai tout lâché. J’écoutais de la zik mais je ne jouais plus du tout. »

Trois ans passent. Puis un copain de longue date, Nicolas Bonnard, lui pose une question toute simple : « Ça ne te démange pas la guitare ? »

La réponse est oui. Il reprend sa guitare et joue dans son salon avec son ami Nico. Son petit frère Tamihau, alors aux Tuamotu, lui envoie des démos à distance. À son retour à Tahiti en 2004, ils fondent Uravena.

« C’est notre batteur de l’époque qui a eu l’idée du nom Uravena, c’est un poisson des profondeurs. »

Roura Bougues écrit et compose avec une méthode bien à lui.

« Je fais du yaourt, il n’y a pas de paroles. C’est juste pour avoir un débit de voix. Une fois que j’ai calé tous mes trucs, c’est là que je reprends les paroles et j’écris mes mots sur mon yaourt, mon débit. »

Le groupe sort l’album Moana en 2023.

« On n’est pas trop dans le style lives populaires, on joue sur les scènes underground de Tahiti. »

Pas de manager pour leur imposer un rythme, pas de pression particulière, Uravena avance à son rythme, au gré des compositions.

Roura Bougues, chanteur de métal polynésien
Uravena au Hellfest, en juin 2026
Roura Bougues, chanteur de metal polynésien

Le Hellfest, le graal

C’est une rencontre qui va les conduire jusqu’au Hellfest. Le documentaire Métal Pacifique, la mélodie de l’enfer au paradis, réalisé par Tevai Maiau et Marion Bois, s’intéresse à l’effervescence de la scène métal polynésienne. Devenue bénévole au Hellfest, la réalisatrice parle de ces groupes au directeur du festival. Quelques mois plus tard, Uravena apprend qu’il est choisi pour jouer au Hellfest en juin 2026.

« La veille, on avait assisté aux concerts, il y a des écrans géants, c’est très impressionnant. J’étais bien stressé (…). Mais la magie a opéré. Une fois sur scène, on était à l’aise. On n’a pas eu le temps de flipper, les gens ont commencé à venir. »

Parmi eux, un père venu avec sa fille. Ils avaient découvert Uravena dans la programmation et écoutaient l’album en boucle.

« Ils n’arrivaient pas à choisir leur morceau préféré, ils aimaient tout. Les gens ont aimé notre concert, on avait mis du to’ere. Le Hellfest, c’est le graal. Je me suis dit qu’après ça, on pouvait mourir tranquilles ! »

Le Hellfest aura son H, tatoué sur sa peau, comme tous les moments importants de sa vie.

Roura travaille sur de nouvelles compositions dans son salon, là où tout a commencé… et kiffe toujours autant les riffs.

Roura Bougues Uravena Hommes de Polynesie Credit : Pauline Stasi

Pauline Stasi

Rédactrice

©Photos : Pauline Stasi, Marania Wan et Uravena pour Hommes de Polynésie

Directeur de publication : Yvon Bardes

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