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JC Shigetomi

Jean-Christophe Teva Shigetomi, sa vie, son Histoire (2/2)

Publié le 24 septembre 2026

Derrière le responsable de l’aviation civile et le surfeur se dessine depuis plusieurs années une autre figure, celle d’un homme devenu passeur de mémoire. Pour Hommes de Polynésie, il raconte comment les récits entendus dans son enfance l’ont conduit à consacrer une partie de sa vie à retrouver les traces des Polynésiens engagés dans les guerres.

Après l’aviation civile, Jean-Christophe Shigetomi rejoint la Maison de la Culture, où il passe quelques années.

« J’y ai rencontré des gens passionnants, ça a été une très belle expérience. »

Le 1er janvier 2024, après 38 ans de cotisation sociale, il prend sa retraite. Il a 62 ans. Une nouvelle étape qui lui laisse davantage de temps pour se consacrer à ce travail de mémoire, commencé quelques années plus tôt. Ses chantiers dépassent alors celui des Tahitiens dans les guerres.

JC Shigetomi

Une feuille de papier, 50 noms, et tout démarre

Vingt ans plus tôt, une réunion professionnelle autour du devenir du fort de Taravao fait naître une idée qui ne le quittera plus.

« On m’avait envoyé à une réunion sur le transfert du fort de Taravao. On voulait en faire un musée du Bataillon du Pacifique. Cette idée m’a travaillé. »

Puis il croise la route de John Martin, porte-parole et figure du bataillon du Pacifique, une personnalité majeure, membre de l’académie tahitienne. Cette rencontre va l’amener à l’écriture et à ses premières recherches sur les Tahitiens dans les guerres.

« John Martin s’était engagé très jeune dans le bataillon du Pacifique, il a combattu à Bir Hakeim. Il a été le traducteur officiel qui avait accueilli le général de Gaulle. C’était un homme érudit, qui avait traduit Le Petit Prince en tahitien. On a travaillé ensemble jusqu’à la fin de sa vie. Il me racontait, il avait la mémoire de tous ses frères d’armes, de tous les faits et anecdotes. »

Jean-Christophe applique alors une méthode de travail rigoureuse inculquée tant sur un plan universitaire que professionnel pour mener à terme ce travail de mémoire.

« Tout n’est que méthode. Je prends une feuille de papier et je commence à marquer des noms dont j’avais le souvenir, enfant. J’en écris 50. Tous ces noms familiers qui étaient au bataillon, j’appelle leur famille, je récolte les infos. J’ai eu l’idée de créer une association pour la mémoire. »

Consulter 800 dossiers militaires

Il crée alors l’association Les Polynésiens dans la guerre et un site internet. Puis il obtient l’autorisation de consulter plus de 800 dossiers militaires pour la Seconde Guerre mondiale, plus de 1500 pour la Grande Guerre, 150 pour l’Indochine.

« Le soir, je me couchais, j’étais avec les Tamari’i Volontaires. Je vivais dans le Tahiti d’hier, avec ces hommes, le Tahiti de mon enfance, des flashs, des odeurs, C’était passionnant de retourner dans le passé et de pouvoir le traduire par l’écriture. »

Au fil des archives étudiées, tous les conflits apparaissent.

« Je trouvais aussi des choses sur les poilus, sur l’Indochine, sur la Corée… sur les guerres franco-tahitiennes. Je mettais tout de côté. Ça allait me servir plus tard. »

Derrière chaque nom, il découvre une famille, un parcours, une histoire à retrouver.

JC Shigetomi
JC Shigetomi
JC Shigetomi

Treize livres, et une passion intacte

De ce travail de fourmi naît une œuvre entière. Treize livres à ce jour, un sur l’aviation, un sur l’histoire du surf et une dizaine consacrée à l’histoire méconnue des Polynésiens dans les guerres mondiales mais aussi coloniales. De ces recherches naissent toujours des expositions et des films documentaires, comme le Aux armes Tahitiens, réalisé par Jacques Navarro en appui de ses ressources documentaires. Il fonde aussi Tupuna Tumu, la 1re fondation de Tahiti consacrée à l’héritage et au devoir de mémoire, réhabilite un des fortins de la vallée de le Punaru’u, met en valeur  les canons de défense de Anau, un musée à Bora Bora, pose des stèles à la mémoire des Seabees à Vaitape, aux parachutistes SAS tahitiens en Bretagne.

Son dernier ouvrage traite des résistances aux protectorats et annexions de Tahiti sur la période 1842-1847. Ce premier volet s’accompagne de deux autres ouvrages de même thématique pour refermer son chantier de plume : le premier dédié aux Îles Sous-le-Vent ou l’épisode Teraupo’o, attendu en 2027, et l’autre sur les Marquises.

À la table de ses parents, un gamin de douze ans écoutait des anciens combattants raconter leur  guerre sans savoir qu’un jour, il en ferait des livres.

Aujourd’hui, c’est lui qui raconte l’Histoire.

Pauline Stasi

Rédactrice

©Photos : Pauline Stasi et Jean-Christophe Shigetomi pour Hommes de Polynésie

Directeur de publication : Yvon Bardes

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