
JEFF TANERII, LE « CHEF D’ORCHESTRE » À LA BIOSÉCURITÉ
Musicien, ingénieur du son chevronné, chef d’orchestre de la troupe Hei Tahiti… Rien ne prédestinait Jeff Tanerii à faire carrière dans la biosécurité. Pourtant, après avoir été responsable de la station de fumigation à la Direction de la biosécurité en 2022, il vient d’être nommé contrôleur biosécurité à l’aéroport de Tahiti-Faa’a. Portrait d’un enfant du fenua au parcours aussi atypique qu’inspirant.
C’est dans une belle ambiance de camaraderie que Jeff Tanerii salue ses collègues de Motu Uta, où nous avons rendez-vous. Il fait partie des 19 agents de la Direction de la Biosécurité qui, en venant de prêter serment, peuvent désormais constater les infractions et dresser des procès-verbaux. Une étape importante pour la Direction de la Biosécurité et une reconnaissance pour les employés.
Pourtant, rien ne laissait présager que Jeff ferait carrière dans l’administration.
« Je n’étais pas un très bon élève. C’était la musique qui m’intéressait ! J’aimais bien la batterie et les percussions classiques que j’apprenais au Conservatoire. »

Après son bac en gestion-comptabilité, il poursuit à l’université en science économiques et sociales. Mais, peu motivé, il prend son destin en main.
Le grand saut vers l’Australie
« Au Conservatoire, Mamie Louise Kimitete insistait pour que l’on vienne jouer des percussions traditionnelles avec Hans Faatauira. Puis plus tard, je me suis rendu compte qu’on devait faire venir des ingénieurs son, lumière et vidéo de l’étranger pour faire les spectacles. Je me suis dit : “Moi, j’aime la musique, la technique ne me fait pas peur…” »
Il décroche une bourse d’études pour préparer un diplôme d’ingénieur du son en Australie, de 2002 à 2004.
« C’était dur, j’avais juste le niveau bac en anglais. Je suis parti comme ça, à l’aventure… »
À son retour au fenua, il rejoint la Maison de la culture pendant trois ans. Il participe au lancement du Hura Tapairu et, en parallèle, monte le groupe de quartier Tamari’i Tipaerui.
« On a fait neuf Heiva : on a gagné deux fois le premier prix et on a fini professionnels la première année. C’était une belle aventure ! J’étais chef d’orchestre jusqu’en 2011, avant de repartir pour l’Australie. »
Brisbane et les productions télé
Cette fois, il veut décrocher une licence en technologies de la musique, à Brisbane. Jeune papa, il fait venir sa vahine et sa fille, tandis que, sur place, il travaille pour la chaîne ABC, et couvre les événements sportifs ainsi que l’émission Australian Idol1.
« J’aime la musique, c’est le point de départ de tout ce que j’ai fait… »

Une ascension rapide à la Direction de la Biosécurité
De retour à Tahiti, Jeff, patenté, alterne entre TNTV et Heiva Nui. Mais, la crise du Covid-19 vient bousculer ses certitudes.
« Je me suis dit qu’il fallait que je trouve une situation régulière. »
Il se présente au concours de catégorie C, termine major et choisit de travailler à la Direction de la Biosécurité. Pendant trois ans, il gère le contrôle biosanitaire des importations interinsulaires et internationales (objets, fruits et légumes). Puis, en 2025, il se présente au concours de catégorie B.
« C’était surtout pour me challenger ; j’aime apprendre de nouvelles choses. J’ai découvert la partie animale : c’est une spécialité complètement différente. »



Le biosanitaire : « il faut aimer son pays »
Depuis janvier, Jeff a rejoint le service zoosanitaire à l’aéroport en tant que contrôleur. Ses semaines ne se ressemblent pas : inspection documentaire des importations de produits d’origine animale, contrôle des élevages de volailles à Tahiti et dans les îles, suivi de la filière apicole, des exportations de poissons, contrôle de passage à l’aéroport…
« J’aime la diversité des missions. Dans ce métier, le plus difficile, c’est d’essayer de ne pas connaître les gens ! Le monde est petit ici. Il faut appliquer la réglementation et aimer son pays, parce qu’on est là pour le protéger au mieux. »
Ces jours-ci, cap sur l’Hexagone pour une formation intensive de quatre mois à l’Infoma2 pour se spécialiser dans l’hygiène sanitaire et le contrôle des abattoirs.

Et toujours la musique…
Malgré un planning bien chargé, la musique n’a pas quitté sa vie. Chef d’orchestre du groupe Hei Tahiti depuis six ans et membre du jury du Heiva en 2023, Jeff aime bousculer les codes.
« Avec Tamari’i Tipaerui, on a été le premier groupe à utiliser des cailloux. On n’était pas bons au tō’ere au début ! Il fallait trouver un moyen de faire la musique du spectacle. Aujourd’hui, c’est devenu un style ! »
Après son groupe punk baptisé Snocud, il s’éclate dans un registre plus contemporain et se produit avec son groupe Sissa-Sue O’kota’i.
Il transmet aussi sa passion à ses trois enfants de 20, 8 et 3 ans.
« On fait des concerts en famille ! Chacun prend son kamaka ou une guitare. Le petit dernier va chercher son jouet musical. »
Jeff Tanerii a trouvé son équilibre entre la rigueur des contrôles sanitaires et sa passion pour la musique, un parcours qui rappelle qu’une carrière épanouie ne suit pas toujours un seul battement.

¹ Émission de télé-réalité australienne pour découvrir de nouveaux chanteurs
² Institut de formation des personnels du ministère de l’agriculture
Portrait mis en avant par la Direction de la Biosécurité de la Polynésie française
Cl Augereau
Rédactrice
©Photos : Cl Augereau et la Direction de la Biosécurité pour Hommes de Polynésie
Directeur de publication : Yvon Bardes






