
Du palace aux tuk-tuks, Aroarii Pugibet a l’art de se réinventer
Ancien responsable d’une boutique de vin, Aroarii Pugibet fait aujourd’hui le choix de l’entrepreneuriat. Entre vision pragmatique, sens de l’entreprise hérité de son grand-père et désir d’innover, Hommes de Polynésie vous raconte le parcours d’un épicurien qui a décidé de construire son propre avenir.
C’est le sourire aux lèvres et le téléphone à l’oreille que Aroarii Pugibet nous rejoint, réglant à la volée deux ou trois détails de businessman. Il faut dire qu’il vient tout juste de faire le grand saut : quitter son poste confortable de responsable de la boutique Millésime d’Arue pour lancer, avec sa compagne, une aventure entrepreneuriale inédite. Mais, avant cela, le parcours d’Aroarii est d’abord celui d’un épicurien, porté par l’amour de la table et du vin et une grande soif de connaissances.
Du service étoilé à la passion des grands crus
S’il s’est d’abord orienté vers la restauration, ce n’est pas un hasard. Très tôt, Aroarii cherche à tracer sa propre voie sans rien devoir à personne. Il suit un parcours classique : lycée hôtelier, BTS, licence GUC (gestionnaire d’unité commerciale), puis des études de commerce et dans le vin à Bordeaux : INSEEC1, Vatel2, WSET3.
« Rien devoir à personne, c’est important pour moi ! La restauration m’a permis de me spécialiser dans les sujets qui m’intéressaient, tout en restant très vaste sur la partie gestion, finance et compta… Ce qui me sert aujourd’hui. »
Au fil de ses expériences dans des établissements de prestige, comme le Grand Hôtel de Bordeaux ou les Sources de Caudalie, il découvre un univers fascinant.
« Ces restaurants étoilés, c’est vraiment une expérience incroyable. Ce qui me plaît, c’est de voir les clients repartir avec des étoiles dans les yeux, qu’ils aient vécu un moment magique. J’ai eu l’occasion de goûter des grands vins : des Pétrus, des Romanée-Conti… Le vin est un sujet si profond qu’on croise des messieurs de 70 ans qui ont tout fait et qui vous expliquent qu’ils n’ont encore rien compris. Cela force l’humilité… »

Un esprit d’entrepreneur
À 26 ans, le voilà de retour au fenua. Bloqué dans ses projets à cause du Covid, il accepte un poste de caviste chez Millésimes, un métier de contact humain qu’il adore. Pourtant, au bout de trois ans, la fibre entrepreneuriale finit par le rattraper.
« C’est l’appel du sang ! Mon grand-père a remis sur pied l’entreprise Pugibet quand il avait 16 ans et développé l’activité. Il n’est pas allé beaucoup à l’école. Pour moi, c’est lui qui représente le mieux un entrepreneur : loin du modèle bling-bling qu’on voit depuis dix ans. Très terre-à-terre, il mettait un point d’honneur à tout optimiser. Il m’a élevé comme son fils. À partir de mes 12 ans, pendant les vacances, j’allais à l’usine : passer le balai, casser des palettes pour les refaire… »
Innover, répondre à des besoins réels au juste prix
Aujourd’hui, Aroarii et sa compagne ont monté leur business et proposent des solutions à la fois concrètes, durables et accessibles pour Tahiti et les îles. Leur cheval de bataille ? Aller à la source de la production et supprimer les intermédiaires pour offrir des produits de qualité au prix le plus juste. C’est ainsi qu’ils se sont spécialisés dans l’importation de lambris (plafond et mural) ainsi que dans des tricycles électriques utilitaires (tuk-tuks).
« Le tuk-tuk, certifié CE, que nous commercialisons permet, dans les zones rurales, de gagner énormément en mobilité et de charger des choses pour un budget de 400 000 francs. Un budget divisé par 10 comparé à l’achat d’un 4×4 ! Ma passion première, c’est d’optimiser. Je n’aime pas le gaspillage. Et l’idée, c’est d’apporter des solutions dans les îles pour éviter l’exode. »


Une histoire de famille
Chez Aroarii Pugibet, les grands virages de la vie sont étroitement liés à la famille. Le couple fonctionne comme une équipe soudée, et leurs deux enfants ont été de véritables déclencheurs de projet.
« Ils ont été les catalyseurs de changements majeurs ! Ma première fille a lancé le projet immobilier il y a cinq ans, avec la construction de deux maisons, une pour nous et l’autre à la location pour en tirer un revenu. La deuxième a lancé le projet entrepreneurial. Désormais, on ne compte plus nos heures, on n’a plus de salaires fixes, mais la saveur est totalement différente. On a vraiment l’impression de travailler pour nous et de capitaliser sur nous-mêmes. »
Pour notre jeune chef d’entreprise, le succès ne relève pas de la chance mais de la rigueur. Voici ses conseils avisés :
« Aujourd’hui, pour se lancer à son compte, un business plan est incontournable ! Ensuite, la meilleure arme pour tout entrepreneur, c’est l’optimisation. »
1 École de commerce spécialisée dans le management
2 École spécialisée dans le management hôtelier
3 Grand organisme de formation dans le domaine des vins et des spiritueux
Rédactrice
©Photos : Cl Augereau et Aroarii Pugibet pour Hommes de Polynésie
Directeur des publications : Yvon Bardes






