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Tendances

Éric Goalard : l’art de transmettre la danse

Publié le 17 avril 2026

Arrivé à Tahiti pour un remplacement de trois mois, Éric Goalard n’est jamais reparti. Neuf ans plus tard, ce danseur de jazz et professeur diplômé d’état dirige l’Espace chorégraphique Tschan. Son but ? Faire vibrer ses élèves, les nourrir de nouvelles expériences et faire rayonner la danse polynésienne au-delà de nos lagons. Rencontre avec Hommes de Polynésie.

Eric Goalard, prof de danse en Polynésie

Éric Goalard vient d’avoir 30 ans et, avec ses vingt ans de danse au compteur, il affiche déjà un curriculum vitae à faire pâlir les plus jaloux ! Originaire de Salon de Provence dans le sud de la France, il découvre le modern jazz à l’âge de sept ans.

« Petit, je faisais sans arrêt le pitre et le show. Ma mère cherchait un moyen de canaliser mon énergie, elle m’a inscrit à la danse. Depuis, je n’ai jamais arrêté. »

Du sport-études aux cabarets

Très vite, sa passion prend toute la place. Il choisit d’intégrer le Conservatoire d’Avignon en sport-études dès la classe de troisième : cours le matin, danse l’après-midi, jusqu’à dix-huit heures de pratique hebdomadaire. Le baccalauréat en poche, il obtient son diplôme d’état à Montpellier. En parallèle, pour financer ses études, le danseur se produit sur scène. Lyon d’abord, dans le music-hall, puis Toulouse, dans l’univers palpitant des cabarets.

« J’ai adoré cette vie d’artiste. Être payé pour faire ce que j’aime, monter sur scène et vendre du rêve au public… Ce sont des souvenirs incroyables. »

Eric Goalard, prof de danse en Polynésie

une envie de voyage

Mais l’envie de voyager le pousse ailleurs. Un ami le met alors en contact avec une école de danse à Tahiti qui cherche un remplaçant pour trois mois. À 21 ans, il prend son billet d’avion et s’envole pour le fenua… De fil en aiguille, Éric s’implique dans la vie artistique locale. Il y a trois ans, une opportunité se présente : reprendre la direction du centre de danse André Tschan, premier centre de danse moderne de Polynésie fondé il y a presque soixante ans. Il le baptiste l’Espace chorégraphique Tschan.

« Cette école de danse est réputée à Tahiti. Aujourd’hui, on y enseigne le jazz, le classique, le contemporain, le hip-hop et même la danse sur talons !  »

Éric fait d’ailleurs partie des pionniers à développer les workshops puis les cours la danse sur talons, appelée aussi la heels.

La heels, une aventure née presque par hasard

Eric Goalard, prof de danse en Polynésie

« Au départ, c’est parti d’une blague. J’ai mis au défi une élève danseuse, d’enfiler ses chaussures à talons et de danser. J’ai fait le show. Elle a filmé. J’ai proposé un stage !  On s’est retrouvé avec plus de quarante participantes. »

La discipline séduit donc les femmes. Pas de concurrence avec le prof puisque c’est un homme ! Au-delà de l’aspect technique, la danse sur talons devient un espace d’expression et de confiance en soi.

« Le cours de heels est un moyen de lâcher-prise, d’oublier le quotidien. Les femmes se réapproprient leur corps, leur féminité, leur sensualité, peu importe la silhouette. »

Pour ce professeur passionné, la danse ne doit pas se limiter aux cours hebdomadaires ou au gala de fin d’année.

« Mon objectif est de nourrir les élèves en leur offrant des expériences, des échanges, des projets, des voyages qui les font grandir artistiquement. »

Eric Goalard, prof de danse en Polynésie

Se challenger avec des projets

Dans cette optique, Éric multiplie les projets. Aujourd’hui président de la Confédération nationale de danse pour la région Pacifique, il a organisé au mois de février le premier concours national, le CND régional, sur le territoire. Les gagnants vont participer au mois de mai à l’un des plus grands concours de danse d’Europe au CND national.

 

« C’est important que nos danseurs puissent se comparer, se challenger et aussi montrer leur talent ailleurs. »

Cette ambition a pris tout son sens avec une autre aventure d’envergure, celle d’emmener une délégation de 33 personnes dont 27 danseurs au Festival « Dance Excellence », un festival international de danse à Los Angele qui s’est tenu fin mars-début avril.

« Soutenus par le Ministère de la culture de Polynésie française, nous avons représenté la Polynésie face à des danseurs venus de 29 studios de différentes régions du monde. Pour les élèves, ça a été une expérience incroyable. »

Eric Goalard, prof de danse en Polynésie

Entre enseignement, création, organisation d’événements et accompagnement des jeunes talents, Éric Goalard multiplie les casquettes. Mais au fond, sa force motrice reste la même.

« La danse est un art avant d’être un sport. Quand on danse, on oublie tout. C’est un moment où l’on se dépasse, où l’on s’exprime, où l’on partage. »

Et si certains de ses anciens élèves ont déjà ouvert leur propre école, pour le professeur c’est la plus belle des récompenses.

« Si je peux laisser une empreinte ici, c’est celle d’avoir contribué à faire grandir la danse, à transmettre cette passion et à faire naitre des vocations. »

Isabelle Lesourd

Rédactrice

©Photos : Isabelle Lesourd, O’vai Tahiti et Tui Hei pour Hommes de Polynésie

Directeur de publication : Yvon Bardes

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