
Rémy Crochemore, architecte de l’imaginaire
Hommes de Polynésie lève le rideau et découvre le travail de Rémy Crochemore, décorateur de spectacles vivants. Remy crée des scènes transportant artistes et spectateurs dans d’autres univers. De ses mains, il construit l’imaginaire en couleurs et en volume pour vous faire rêver.
Artiste et artisan
Originaire du Havre, Rémy Crochemore décide rapidement de travailler de ses mains :
« J’ai commencé en lycée technique au début des années 70 et j’ai intégré une nouvelle filière : technicien en agencement. Cette formation a tout déclenché, parce que c’était un mélange : un petit peu artistique, mais pas mal technique, c’était de la décoration intérieure et extérieure. »
Il y apprend la menuiserie, l’ébénisterie, la marqueterie, puis décide de compléter sa formation en intégrant les Beaux-Arts du Havre.
« Là, j’ai eu tout le complément artistique qui manquait. La peinture, la sculpture, le dessin, enfin tout quoi. Puis toutes les techniques de photo, sérigraphie, lithographie… »
Rémy a donc une formation complète, alliant technicité et veine artistique.

« Par hasard, je me suis retrouvé en stage à la télé à Paris. C’est là où j’ai vu mes premiers décors. »
Sorti de l’école, il enchaîne différents emplois, sans trop d’implication avec l’art. Un jour, à l’ANPE[1], il tombe sur une annonce : « Recherche décorateurs de spectacle ». Il postule et est embauché pour sa première saison avec le Club Med.
Du club Med au théâtre
« C’est là que j’ai découvert le monde du spectacle. En un mois, avec le décorateur, j’ai appris tous les termes techniques de scène. J’ai fait ma première saison et je suis resté quatre ans ! »
Il se lance ainsi dans la construction de décors de spectacles vivants, toujours par le biais du Club Med, et voyage à travers le monde : Brésil, Grèce, Antilles…
« J’ai fini au Club Med de Moorea. J’en avais un peu marre du Club Med, alors j’ai arrêté. J’ai prospecté ici. Il ne se faisait pas grand-chose à l’époque : il y avait peut-être deux troupes de théâtre. J’ai beaucoup galéré. Alors j’ai fait des enseignes, des menus pour les restaurants, de la peinture en bâtiment… »
En 1992, Rémy rencontre Patricia Molié, créatrice de la Compagnie Parenthèse et comédienne. Elle l’embarque dans l’aventure du théâtre à Tahiti. Plus tard, Guillaume Gay le directeur de la Compagnie du CAMéLéON le contacte pour réaliser les décors pour des spectacles qui s’importent à Tahiti. La carrière de Rémy prend racine.
« Et puis, j’ai commencé à travailler avec les écoles de danse : le Centre de Danse Tamanu, Andrea Dance School, le Centre de danse Tschan. Je bosse toujours avec elles aujourd’hui pour faire les décors . »

Créer et reproduire
« C’est monstrueux et impossible de faire venir les décors de France. Alors, je reconstitue ce que je reçois par plans, photos, vidéos… en fonction de ce qu’on trouve ici. Et ça, c’est franchement passionnant. »
« On me donne une idée de départ et je construis tout. Par exemple, pour Andrea Dance School, le thème du spectacle était Pirate des Caraïbes. J’ai reconstitué un port antillais avec le quai, et les goélettes avec un bateau sur roulettes. »

Dans les coulisses
« Je veux voir les comédiens dans mon décor et voir ce qu’ils en pensent. Parfois pour des spectacles venus de France, j’ai été enchanté de tout construire et de voir la réaction des comédiens. Certains m’ont même dit que c’était mieux que le décor original ! »
Malgré les propositions, Rémy Crochemore refuse de rentrer en Hexagone et de créer de gros décors, de façon industrielle.
« Ça ne m’intéresse pas de diriger une usine à décors pour des grosses productions, je préfère fabriquer dans mon petit atelier. »

Même s’il a du mal à se consacrer pleinement à la création de décors par nécessité financière, Rémy embrasse son art avec fierté :
« Aux Beaux-Arts, lors de mon stage, le prof m’avait dit : « Je te préviens, c’est un travail ingrat, personne ne te voit, personne ne te complimente ». Ici, on me présente à la fin du spectacle, je vois le travail accompli et la reconnaissance. »
Il conclue en présentant son métier comme fait de petites astuces, d’ingéniosité et de souplesse d’esprit :
« C’est jouissif à la limite. C’est une passion. Tu ne fais pas ce boulot-là sans passion. C’est impossible. Ni pour l’aspect financier. Mais, ce qui me convient, c’est un petit peu ça. Tout créer. »
Rédactrice
©Photos : Marie Lecrosnier–Wittkowsky pour Hommes de Polynésie et Rémy Crochemore (archives).