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Évasion

Voyage en Alaska avec Matthieu Petit

Publié le 28 février 2020

Hommes de Polynésie. vous a récemment présenté Matthieu Petit 1 : amoureux de la mer et de la nature, ce biologiste marin poursuit sa passion également à travers ses voyages. Une fois n’est pas coutume, nous lui avons demandé, des étoiles plein les yeux, de nous faire partager son dernier récit de voyage nature. Alors chers lecteurs, attachez vos ceintures, nous partons en Alaska !

L’Alaska m’a toujours attiré, avec ses étendues sauvages immenses au climat rude, mais encore préservées des activités humaines.  Pouvoir marcher sur les traces de Jack London qui y trouva l’inspiration pour son roman “l’Appel de la Forêt” et partir à l’aventure seul comme dans le film culte “Into The Wild” m’ont motivé à entreprendre ce voyage. Mais mon objectif premier était de partir à la rencontre de la faune de ces régions froides : ours bruns, baleines grises, lions de mer, loups, saumons et aigles pygargues.

L’Alaska est le 49 ème état des Etats-Unis, le plus grand mais également le moins densément peuplé. J’ai exploré plus particulièrement le Sud-Est, dont le Passage Intérieur. Cette zone côtière abrite plus de 1000 îles, ainsi que la forêt nationale de Tongrass : une forêt pluviale de 69 000 km2, la plus vaste forêt nationale des Etats-Unis.

Première étape, rejoindre la petite ville de Sitka, accessible uniquement par avion ou par bateau. Sitka est pittoresque, avec ses maisons aux couleurs vives qui font face à un port rempli à craquer de bateaux de pêche au saumon et au flétan. La pêche est l’économie principale pour les 9000 habitants avec le tourisme. Mais ce qui m’intéresse, c’est le terrain de jeu immense qui s’offre derrière le port, des dizaines d’îles habillées de rochers noirs et de sapins immenses. 

 

J’aurai la chance de l’explorer en kayak. Pagayer seul sur les eaux glacées du Pacifique Nord, au milieu des nombreux îlots inhabités avec comme seule présence, le cri des aigles pygargues perchés à la cime des arbres a été une expérience intense. 

Un peu plus tard, je rejoins Gary, natif de Sitka qui m’amène en bateau à la rencontre de son patrimoine naturel. Nous observons des loutres de mer qui se reposent à la surface de l’eau. Longtemps chassées pour leur fourrure épaisse, elles sont redevenues plutôt curieuses des bateaux. Puis, Gary se lève et me montre du doigt une forme à l’horizon. Une baleine grise est en train de se nourrir dans la zone et nous aurons la chance de la voir passer à quelques mètres en dessous du bateau. Nous croiserons également la route de lions de mer et de nombreuses espèces d’oiseaux marins dont des macareux huppés aux allures de punk avec leur bec orange fluo et leur crête jaune.

Avant de quitter Sitka, j’entreprends d’atteindre le sommet de la montagne surplombant la ville afin d’avoir une vue panoramique de la baie. J’ai hésité avant de m’aventurer seul dans cette forêt sombre, un randonneur et son chien s’étant fait attaquer deux jours plus tôt par un grizzli dans la montagne voisine. Nous sommes début mai et c’est la période de réveil d’hibernation pour les ours bruns. Je décide de me lancer malgré tout et après quelques heures d’ascension, le sol recouvert de neige rend la poursuite de la randonnée impossible.

La brume enveloppe la montagne et la forêt, et rajoute à l’ambiance mystique du lieu. Je redescends tranquillement vers la civilisation pour un repas chaud bien mérité.

Seconde étape, la capitale administrative de l’Alaska, la ville de Juneau. Ici j’ai rendez-vous avec Bjorn, un traqueur professionnel. Une fois le briefing de sécurité passé, nous embarquons dans un minuscule hydravion pour nous rendre à Admiralty Island, une île réputée pour accueillir la plus grande densité d’ours bruns au monde. L’hydravion amerrit, nous dépose tous les deux avec notre équipement puis redécolle. Nous sommes maintenant seuls avec comme seul lien à la civilisation le téléphone satellite de Bjorn. Quelques grizzlis, affamés après plusieurs mois passés à hiberner, sont observables à la longue vue, tous à bonne distance, pendant qu’ils recherchent de la nourriture sur la berge. Après une demi-journée passée à les observer, nous commençons à nous éloigner pour notre pause de midi lorsqu’une ourse sort de la forêt à une cinquantaine de mètres de nous. Bjorn me dit “Ne dis plus un mot et assis-toi”. Assis sur les galets, nous voyons la femelle grizzli se rapprocher de nous puis se rapprocher encore. Elle est maintenant à quinze mètres et son attitude ne semble pas menaçante. Elle continue alors son chemin vers la rive où elle passera la demi-heure suivante à se régaler de palourdes et nous à graver ce moment unique dans nos mémoires. Ce moment, je l’avais rêvé étant enfant et il a été bien plus fort que tout ce que j’aurais pu imaginer.

Dans les environs de Juneau, j’aurais également la chance de me rendre en canoë avec un groupe sur le glacier Mendenhall, long de 19km de long mais aujourd’hui menacé par le réchauffement climatique. La glacier nous révèle ensuite ses trésors cachés: des grottes de glace aux couleurs bleues et vertes.

 

Après une dernière excursion en mer à la rencontre des marsouins et des baleines à bosse, mon périple en Alaska s’achève et j’ai cette impression de n’avoir qu’effleuré sa surface. L’Alaska est immense et des mois seraient nécessaires pour s’en imprégner. Aujourd’hui ces étendues sauvages sont menacées et de nombreux habitants amoureux de la nature tentent de se mobiliser:  le président américain s’intéresse de près à la forêt nationale de Tongass protégée depuis vingt ans. Selon le Washington Post, Donald Trump aurait mis la pression à son ministre de l’Agriculture pour mettre fin aux restrictions et y développer des projets d’exploitation forestière, énergétique ou encore minière.

Matthieu Petit

Explorateur 

© Photos : Matthieu Petit

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