
STEEVEN GEVA, UNE CARRIÈRE DÉVOUÉE À LA POPULATION DE BORA BORA
Ancien coureur cycliste, passionné de va’a et aujourd’hui figure de la sécurité publique à Bora Bora, Steeven Geva a construit son parcours guidé par l’effort et le sens du collectif. Entre police municipale et pompier, il défend une vision du métier profondément humaine.
Une vocation née presque par hasard
Né à Nouméa en 1976 et arrivé très jeune en Polynésie, Steeven Geva grandit auprès de ses grands-parents à Bora Bora. Le sport occupe rapidement une place importante dans sa vie.
« J’ai eu mon premier vélo à 12 ans ; il pesait presque 40 kilos ! »
Philippe Maire, qui travaillait à la subdivision administrative, lui propose de rejoindre son club de vélo. Steeven remporte des courses. Ainsi, au moment de repartir, le fonctionnaire lui propose de l’accompagner pour continuer le cyclisme dans l’Hexagone. À 17 ans, Steeven quitte le fenua pour les Alpes.
« Je me suis inscrit au lycée de Gap en génie mécanique et dans un club de cyclisme. »
Cependant, l’adaptation est difficile.
« Je pensais être fort en vélo, mais j’ai vite compris que le niveau n’était pas le même. »
Avec le temps, il progresse, s’impose progressivement au sein des pelotons et parvient à monter sur les podiums. Mais une chute vient brutalement mettre un terme à cette aventure sportive. Il rentre alors en Polynésie et poursuit sa scolarité au lycée professionnel d’Uturoa, où il obtient un CAP puis un BEP.

Le déclic de l’engagement public
En 1999, il est recruté par la commune de Bora Bora. Affecté à la Cuisine centrale, il peine à trouver du sens à son travail.
« Je me disais : pourquoi je fais quelque chose qui ne me plaît pas ? »
Un déclic se produit lorsqu’il observe les interventions des pompiers sur l’île.
« Moi qui aime l’effort physique, je me suis dit que j’aimerais bien être pompier. »
Le directeur général des services lui explique alors, qu’à l’époque, ce sont les agents de police qui assurent bénévolement les missions de pompiers.
« Quand il m’a demandé si je voulais être policier, j’ai dit oui. Ma carrière a commencé comme ça. »
Une autre vision du métier
En 2002, il se forme avec le SPCPF1 et prend vite des responsabilités. Un an plus tard, alors qu’il n’a que 25 ans, le tāvana lui propose de prendre le commandement de la police municipale.
« J’étais face à des anciens qui avaient le double de mon âge. À l’époque, il fallait être fort, musclé. Moi, je débarque avec mes 63 kilos… Certains me regardaient et se disaient : qu’est-ce qu’il vient nous dire, ce jeune ? »
Il développe sa propre conception du rôle de la police municipale.
« C’est d’abord de la prévention avant la répression. »
Un séjour d’immersion dans l’Hexagone en 2005 renforce cette conviction. Il y découvre des brigades axées sur la proximité et le dialogue avec la population. Il remarque aussi des policiers à cheval et à vélo.
« J’ai découvert une autre manière de travailler, plus structurée. Ça collait à mes valeurs. »

Moderniser la police municipale
Au fil des années, il transforme l’organisation de la brigade et l’adapte aux réalités d’une île touristique. Aujourd’hui, la police municipale de Bora Bora compte 27 agents et s’est dotée de nouvelles unités : unité nautique pour le lagon, brigade VTT pour la proximité, centre de surveillance urbain avec caméras, et plus récemment, une unité cynophile. Steeven devient conducteur de chien (cynotechnicien) après huit semaines de formation, afin de prendre en charge un chien spécialisé dans la détection des produits stupéfiants. En 2024, deux malinois ont en effet rejoint la brigade.
« Le chien travaille uniquement avec son conducteur. On forme un binôme. »


En 2024, le CGF2 organise l’examen professionnel permettant l’accès au grade de chef de service de classe exceptionnelle du cadre d’emploi « maîtrise » (catégorie B). Après avoir réussi les épreuves d’admission, Steeven figure sur la liste d’aptitude du CGF fixant les candidats admis à accéder à ce grade par avancement. Il est ensuite nommé à ce grade par arrêté en date du 26 avril 2025, grade correspondant à l’appellation de Capitaine.

Entre police et secours
Parallèlement à ses fonctions, il devient formateur occasionnel, intervenant notamment dans les domaines du secourisme, de la lutte contre l’incendie, du secours routier, ainsi que sur certaines thématiques liées à la formation de professionnalisation des agents de police municipale et à la fonction publique communale. Nommé chef de corps par intérim de la caserne de Bora Bora, il cumule les doubles responsabilités.
« Quand je prenais mon service le matin, j’avais la double casquette de chef de police et de chef des pompiers. »
Aujourd’hui, la caserne compte 17 pompiers professionnels et réalise environ 1 200 interventions par an, soit près de trois sorties par jour.
Le sport, toujours en fil conducteur
Malgré les responsabilités, le sport reste essentiel à son équilibre. Après le cyclisme, c’est le va’a qui rythme son quotidien.
« Le vélo m’a appris le respect de l’effort et de l’engagement. Maintenant, je rame en V6 avec l’équipe de Bora Bora et participe régulièrement aux courses du fenua et à la Hawaiki Nui. »

Un message pour la jeunesse
Pour Steeven Geva, le métier de policier est avant tout une vocation.
« On ne devient pas policier ou pompier pour gagner de l’argent. Il faut croire en ce qu’on fait. »
Sur le terrain, il privilégie toujours l’explication avant la sanction.
« Quand un jeune comprend pourquoi on agit, il change souvent de regard. »
Et après plus de vingt ans de carrière, il garde la même conviction :
« La vie est belle mais elle est difficile aussi. Quand on sait ce qu’on veut, il faut se donner les moyens, être à l’écoute de ses émotions, savoir demander de l’aide, et ne pas abandonner. »

¹ Établissement public chargé de défendre les intérêts de ses 46 communes adhérentes, de la formation de leurs élus et, optionnellement, les accompagne dans des missions techniques : adduction en eau potable, restauration communale, et numérique.
² Établissement public local au service des communes et de leurs regroupements, créé en 2011. Il propose de nombreuses formations aux thématiques variées à un panel de 5 200 agents communaux répartis sur les 48 communes de Polynésie française ainsi qu’à ceux d’une dizaine de Groupements de communes.
Portrait mis en avant par le Centre de Gestion et de Formation
Rédactrice
©Photos : Steeven Geva pour Hommes de Polynésie
Directeur de publication : Yvon Bardes









