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Société

Permaculture à Tahiti - Hommes de Polynésie

La permaculture, une autre façon de consommer et de vivre

Publié le 6 décembre 2017

Vous avez peut-être déjà entendu parler de la permaculture. Un terme de plus en plus utilisé dans le monde agricole, alors que les pesticides, OGM1 et autres produits chimiques utilisés pour faire pousser nos aliments quotidiens font polémiques. Mais de quoi s’agit-il vraiment ? Pour faire le point sur ce sujet, Hommes de Polynésie a rencontré Jonathan CUNEO dans sa ferme : la ferme permacole de Tipapa à Arue, un havre de paix où les plantes poussent librement et où les fruits sont gorgés de soleil.

Qu’est-ce que la permaculture ?

Définition de la permaculture

Jonathan nous précise qu’il y a plusieurs définitions de la permaculture : au niveau agricole, c’est l’art qui associe le design et le fait d’enrichir la vie du sol indéfiniment grâce aux matières organiques2 végétales.

« C’est ce qui se passe dans la forêt lorsque les feuilles des arbres tombent au sol et le fertilise. »

La permaculture, c’est donc aussi la vie du sol : les bactéries et autres micro-organismes s’y développent et créent tout un écosystème grâce à la couverture végétale (feuilles, branchages…).

Jonathan nous explique la notion de « design agricole », essentielle en permaculture : c’est l’aménagement de son jardin en fonction de l’exposition des plantes par rapport à leur besoin en ensoleillement et en eau. C’est la connaissance des plantes qui s’associent et se complètent entre elles. Plutôt que de lutter contre la nature, il recommande de s’en inspirer.

En permaculture, chaque plante doit avoir au moins deux fonctions : produire de l’ombre et du ma’a3 par exemple. Tout cela pour que la vie des plantes soit harmonieuse, que les fruits et les légumes soient de qualité et donc que le jardin soit en pleine santé !

Différences avec l’agriculture biologique

Les « bonnes pratiques » de l’agriculture biologique, telles que la non-utilisation d’engrais, de pesticides, d’herbicides issus de la pétrochimie, sont utilisées en permaculture. Mais il ne faudrait pas limiter la permaculture à la seule agriculture biologique, loin de là ! Les différences sont nombreuses. Pour ne citer que quelques exemples, en permaculture, il n’y a ni culture de plein champs, en rang, sur une terre dénudée, ni travail trop important du sol avec une rotation des cultures, qui entraîne une diminution de la biodiversité. De plus, la permaculture est forcément une « polyculture », ce qui n’est pas le cas de l’agriculture biologique qui peut être une monoculture.

« En permaculture, on n’a rien à activer avec des produits, ce sont les bactéries et micro-organismes naturels qui le font. »

Seule la terre travaille, tout est naturel et c’est ce qui permet, lorsque l’équilibre est créé, d’éviter que les nuisibles ne s’attaquent aux plantes, nous explique Jonathan.

Une définition personnelle de la permaculture

En riant, Jonathan nous donne sa version personnelle de la permaculture :

« L’harmonie entre l’homme, la nature et la technologie : le mec, la pelle et la tarodière4. »

Il ajoute que pour comprendre la permaculture, on peut parler de système « Tupuna » en tahitien : le système des ancêtres qui faisaient pousser leurs plantes, comme il le fait aujourd’hui dans son magnifique jardin.

La vie de la ferme permacole de Tipapa

Jonathan est le septième d’une fratrie de neuf enfants. Dès son plus jeune âge, il est influencé par sa maman, très nature et avant-gardiste dans le domaine de l’agriculture. En 2014, elle passe même un diplôme de permaculture. Jonathan, lui, part en France pour ses études d’éco-gestion : « J’étais pas du tout là-dedans ».

En 2011, c’est le déclic lors d’un cours de politique de développement. Il décide de revenir à Tahiti et nous confie avoir « voulu faire quelque chose pour la Polynésie ».

Avec sa maman, il crée la ferme de Tipapa et en 2014, les aménagements commencent avec le design de son jardin. En 2015, il vend ses produits au marché du terroir de Papeete et en 2017, il commercialise ses délicieux bonbons coco dans quarante points de vente de Tahiti. Faits maison par Jonathan, il les met en sachet lui-même et en produit environ 200 par semaine. Son père lui a appris la comptabilité et la gestion d’entreprise, sa maman lui a transmis la connaissance des plantes et son savoir-faire de cuisinière.

« Elle préférait faire ses propres bonbons plutôt que de les acheter dans les grandes surfaces. »

Aujourd’hui, Jonathan exploite 500 m2 de terrain et produit environ deux tonnes de fruits et légumes par an, destinés à la consommation de sa famille. A l’avenir, il aimerait en commercialiser une partie : « il y a un marché pour ça, on peut faire une bonne transition écologique ».

Lorsque nous demandons au jeune homme un conseil pour apprendre la permaculture, il nous confie continuer lui-même son apprentissage chaque jour. Il faut essayer, tester et faire pousser ses plantes avec amour.

« Il faudrait l’éternité pour tout savoir, on apprend tout le temps. »

« Vivre en Polynésie, c’est manger local. »

La permaculture, c’est aussi s’adapter à la culture locale : consommer les produits des producteurs locaux en achetant au bord de la route, privilégier le commerce éthique et les circuits courts, directement du producteur au consommateur. Pour Jonathan, c’est aussi une question de santé puisqu’il voit les résultats sur son entourage d’une alimentation basée sur les produits de son jardin.

« Je vois les résultats d’une alimentation saine. Au niveau du tonus musculaire par exemple car mon papa court le marathon et a remporté deux médailles d’argent d’escrime. »

Goyave, potiron, coco, taro, piment doux, manioc, bambou, vétiver5, pitaya6, uru 7, carambole, pakai8, mangues, ananas, chou chinois, caféier, vi Tahiti9… Jonathan cultive de nombreux fruits et légumes qui poussent en toute sérénité dans son jardin, pour ensuite les mettre en valeur dans de délicieuses recettes faites maison : achard de thon, confit de vi Tahiti, caviar d’aubergines, confiture de papaye verte et d’ananas, confiture de goyave…

« Si tu manges une mangue à la saison des mangues, tu es synchronisé avec la nature. »

Pour le jeune homme, les produits les plus importants de l’alimentation son le uru, le taro et le manioc. Même ses poules mangent du uru !

« C’est le ciment, la base alimentaire. Le uru est très bon pour la restructuration musculaire, il est important pour sa richesse nutritive et il est facile d’accès. »

Créer et veiller sur son jardin, y faire pousser de savoureux fruits et légumes : une passion pour Jonathan. Au-delà de cet art de vivre, il s’agit aussi de revenir à des méthodes de consommation plus saines et plus simples pour prendre soin de soi et de son corps à travers son alimentation.

« On travaille avec la nature, c’est ce que les agriculteurs doivent comprendre. »

Au quotidien, il remarque une prise de conscience collective pour s’affranchir des produits chimiques qui polluent notre terre, pour un impact positif sur notre agriculture, notre santé et sur l’économie de notre Fenua9. Le jeune homme résume en quelques mots ce qui est, pour lui, la solution a de nombreux maux de notre société : 

« Il faut revenir à des choses simples. »

Plus d'informations

Sur la page Facebook Ferme permacole de Tipapa

Jonathan est présent au Marché du Terroir de Papeete tous les derniers samedis de chaque mois, et vous présentera ses produits au 1er Salon vegan de Tahiti le dimanche 10 décembre, immeuble LeBihan à Pirae.

1 OGM : Organisme génétiquement modifié par l’intervention humaine.
2 Matière organique : elle est créée par les branchages, feuilles et autres éléments naturels qui composent la couverture végétale. Elle est fabriquée par les êtres vivants (végétaux, bactéries, autres micro-organismes…).
3 Ma’a : nourriture en tahitien.
4 Tarodière : plantation de taros, plante dont les tubercules sont comestibles.
5 Vétiver : plante originaire d’Inde très utilisée dans l’industrie cosmétique, elle retient aussi très bien la terre dans les pentes.
6 Pitaya : fruit du dragon.
7 Uru : fruit de l’arbre à pain. Toujours consommé, il redevient progressivement la base alimentaire des Polynésiens.
8 Pakai : ou pois doux, se présente sous forme de gousses qui contiennent des graines enfermées dans une pulpe blanche comestible.
9 Vi Tahiti : ou pomme cythère.

Camille Lagy
Rédactrice web

© Photos : Hommes de Polynésie

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