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Portrait

Dans le rétroviseur de “Taote Garnier”

Publié le 16 mai 2020

Avide de connaissances, Charles Garnier est un amoureux de la nature. Il est à l’origine de l’exportation de l’ananas et du noni. C’est dans son jardin d’Eden niché à Mahinarama, à l’air frais d’Orohena, qu’il reçoit Hommes de Polynésie pour partager son histoire.

L’âge libre et quatre mains

Papeete, le 7 février 1952. Nous sommes un jeudi, jour du saint sacrement. Dans une maison colossale dans l’avenue du régent Paraita, résonnent les cris d’un nouveau-né. Charles Lloyd Teupoohuna’arii Garnier vient de voir le jour.

Cette maison sera celle de son enfance. Ses grands-parents, Eugénie et Louis Garnier en sont à l’origine, mais Louis quitte ce monde avant que la construction ne soit achevée. Eugénie refera sa vie plus tard avec Charles Harold Harding, consul anglais de Chine, qui terminera l’œuvre de Louis et lui donnera le nom de Te Pu Hapa.

« Avec ma petite sœur, nous avons grandi dans les valeurs du respect, du travail, de l’honnêteté. Ma mère travaillait dans les assurances, et mon père était directeur de l’agence Citroën de M. Lasserre, avant de créer son usine de boutons de coco et de nacre. »

Charles entretient une relation privilégiée avec sa grand-mère, qui est un des trois piliers qui ont façonné sa personnalité. Un autre pilier est son père, Eric. Et il y a aussi son oncle Gérald et sa Harley Davidson, avec qui Charles passe beaucoup de temps.

 « Quand il est parti à Valparaiso, il m’avait demandé ce que je voulais qu’il me rapporte. J’avais un singe en peluche, alors pour rigoler je lui en ai demandé un vrai. »

Chose promise, chose due ! Gérald rentre de voyage avec un singe dans ses bras, que Charles baptisera Nénette.

« Nous roulions sur sa Harley avec mon oncle au volant, moi au milieu, et Nénette sur le guidon avec ses lunettes de soleil. »

Dans la vallée de Papenoo, une grande propriété de plus de 120 hectares et d’une clameur étourdissante porte le nom de Faaripo.

« Harding avait fait venir six Chinois pour s’occuper du terrain. Mon père m’y envoyait pour éviter que j’aille vagabonder à vélo en ville. J’ai commencé à grandir dans cet environnement à partir de 12 ans. Je parle un peu le chinois. »

Une révélation dans un drame apparait le jour où Nénette doit changer de domicile. Jalouse de la mère de Charles, elle lui avait mordu l’épaule.

« Alors nous l’avons emmenée chez Eddie Lund1, car ma grand-mère qui écrivait ses chansons était chez lui. Malheureusement, je la visitais seulement les weekends, et les amis d’Eddie lui ont donné de l’alcool…  ce qui l’a tuée. »

Envahi par la tristesse, Charles réalise qu’il a plus d’affinités avec les animaux qu’avec les hommes. Depuis ce jour, sa vie à Faaripo commence à prendre une autre tournure…

Le savoir est partout et ailleurs

Les années passent. L’herbe est fraîche dans la vallée jumelle de Mahinarama. Charles joue à David Crockett, entouré de ses trente chiens.

« J’ai élevé des poulets, des canards, des lapins, des chevaux… J’aimais cette vie. À 17 ans, mon père me fait passer le permis de conduire pour pouvoir aller à l’école en ville. »

Il lui donne également un paquet de graines de haricots, qui pousse en amont la curiosité du jeune homme qui les plante.

« Je vérifiais l’évolution des plants tous les jours. J’étais fasciné ! »

Il part se former à Antibes pour apprendre les bases de l’horticulture, et décide avec son père de planter des rosiers. La centaine de pieds deviendra 40 000. Trois hectares de serres, puis des orchidées, des anthuriums… s’invitent par la suite.

« Et ma mère ouvre sa boutique : marie garnier, fleuriste. »

« Occupe-toi de l’autre »

« J’ai décidé de faire des études aux États-Unis, mais avant, j’y suis allé en mode sac à dos pour faire le tour en partant de Los Angeles à Massachusetts pendant plus de huit mois. »

À son retour, il obtient une bourse d’études pour les États-Unis grâce au président de l’époque. Bon élève, il poursuit dans l’Oregon avant de rentrer à Tahiti pour reprendre la plantation de son père. Il travaille en parallèle à la chambre de l’agriculture, au CESC2, on lui confie des dossiers importants sur le développement agricole et les formations.

« Je m’aperçois que le diplôme de bachelor n’est pas suffisant. Je passe un PHD3 en 1982 à l’école Polytechnic State University en Californie. »

Il traverse une vallée de connaissances pendant plusieurs années, guidé par son besoin d’apprendre toujours plus et de maintenir ses compétences à niveau. Agriculteurs, agricultrices, vous le connaissez mieux sous le nom « taote Garnier » …

Aujourd’hui, Charles est consultant chez Sequoiah Consulting, ambassadeur de Frank-Lin distillers et partage sa passion à travers des formations dans le but de rendre ce que le pays lui a donné. Toujours amoureux de Harley Davidson et en harmonie avec ses choix, il mène une vie sereine et paisible avec la femme de sa vie.

« Occupe-toi de l’autre… Car c’est avec lui que tu vas pouvoir construire quelque chose d’équitable et de durable… »

1 Eddie Lund est un pianisteauteur-compositeur de variétés polynésiennes, fondateur et membre principal du groupe Eddie Lund and His Tahitians.

2 Conseil économique, social et culturel

3 Appellation internationale du Doctorat, le PhD désigne également les formations de niveau Bac+8 dispensées dans certaines grandes écoles.

Plus d'informations

Frank-Lin Distillers Products

Sequoiah Consulting : chasgarnier@hotmail.com – tel 87 795 785

Vainui Moreno

Rédactrice web

© Photos : Vainui Moreno – Charles Garnier – Niuhiti Gerbier – Alain Séguy

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