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Évasion

Un rêve qui navigue dans les airs

Publié le 19 mars 2021

Teva Fontaine avait 10 ans quand il a commencé à simuler des vols. Il ne saurait pas dire où et comment lui est venu ce rêve, mais il ne l’a jamais laissé s’envoler. Hommes de Polynésie est ému face à cette réelle détermination qui émane de ce jeune garçon. Teva a une bonne étoile ; après avoir battu de l’aile pendant plusieurs années, il a fini par s’envoler, enfin…

Des parents en or

Teva a 25 ans. Depuis tout petit, il jongle entre la Polynésie et la France, pays où il est né.

« Mon père, retraité de l’armée, est fort et sensible. Il salue les passants en tahitien avec son accent français qu’il n’a jamais quitté même après plus de 14 ans en Polynésie. Il m’a toujours dit que lorsque l’on commence quelque chose, on va jusqu’au bout. »

Mais n’oublions pas que derrière chaque grand homme, se cache…

« Un rayon de soleil ! Ma mère reflète parfaitement la chaleur polynésienne. C’est une femme qui a consacré sa vie à aider les autres. Elle était dans le social ; un métier difficile dans lequel elle s’épanouissait malgré tout. »

Un but clair et net

Teva savait déjà ce qu’il voulait faire plus tard : pilote de ligne. Mais ses parents n’avaient pas les moyens de lui financer une formation classique. Il poursuit alors en scientifique afin de passer un concours qui lui permettrait d’intégrer une école prestigieuse en métropole.

En 2012, la formation du BIA1 ouvre ses portes.

« J’ai effectué ma toute première heure de vol sur un petit Piper PA28. J’avais le sourire jusqu’aux oreilles et une envie : y retourner au plus vite ! »

Deux ans plus tard, il s’envole vers la France.

« J’étais tout excité lors de la poussée plein gaz de notre manureva. Pas de téléphone, un pareo en guise de couverture mais plein d’ambition et prêt à réaliser mon rêve. »

Il passe une licence d’anglais qu’il n’affectionne pas trop et continue son apprentissage personnel sur l’Airbus, notamment l’A320.

« Pendant que mes camarades apprenaient des poèmes, je travaillais les circuits hydrauliques, jusqu’au jour où j’envisage une école privée. »

Quand on veut, on peut

Déterminé plus que jamais, Teva travaille dans un supermarché, en parallèle de ses études d’anglais.

« Je me renseigne pour un prêt étudiant à la banque mais cela ne passe pas car mes garants sont en Polynésie. C’est la douche froide. »

Un jour, il se retrouve avec un instructeur aux commandes d’un simulateur, à Bordeaux. Les deux passionnés échangent sur les sujets techniques quand le patron tend l’oreille et informe Teva qu’un poste d’instructeur est à pourvoir.  

« Je rentre mettre mon CV à jour et j’y retourne le lendemain, au culot. »

Il ne laissera pas passer cette chance. Réticent au début face à ce jeune tahitien qui n’a aucune expérience hormis le BIA, le patron décide néanmoins de le prendre à l’essai. Au bout d’une semaine, Teva se retrouve à commander en uniforme..

« Je suis travailleur. Quelques nuits blanches plus tard, me voilà opérationnel et l’aventure dure 3 ans. »

Enfin en immersion dans le domaine de ses rêves, il devient instructeur avant même d’avoir été diplômé. Mais le souci financier est toujours présent.

« J’ai tenté la formation de BAA Training2. Très peu de places disponibles, processus très long, peu d’espoir mais toujours motivé. »

Deux semaines après, il est sélectionné et part en Lituanie, avec une boule de stress énorme dans le ventre. Là-bas, son dossier est retenu, il est de nouveau sélectionné aux finales à Budapest.

« Trop heureux et stressé à la fois ! Je fais mes valises et je pars en Hongrie ! »

Sur 950 candidatures, Teva faisait partie des 25 choisis pour 5 places uniquement. Ce programme offre la formation à 62 000 euros avec une promesse d’embauche de 4 ans à la clé, une prime de 10 000 euros et le permis sur A320.

« J’ai passé l’entretien pendant 45 min au lieu de 10 comme les autres. Et 2 semaines après je reçois une lettre qui me sélectionne au programme cadet pilote pour la compagnie WizzAir3 pour la formation de pilote de ligne. JE SUIS HEUREUX ! »

Il tente à nouveau d’obtenir un prêt. Quinze banques, quinze refus. Quand ses parents apprennent que la caution garante est inévitable, ils décident de tout abandonner à Tahiti pour le rejoindre, « un sacrifice que je n’oublierai jamais. »

« Ce que j’aime dans ce métier, ce sont les émotions à l’aéroport qui n’ont jamais été aussi sincères. C’est cette femme qui attend son mari derrière mon cockpit ou cette famille au cœur noué qui me fait totalement confiance pour ramener leur enfant à bon port. Je me dis que je marque un moment important dans la vie de chaque passager. Au final, j’y retrouve exactement les valeurs inculquées par mes parents. »

« Ne lâchez rien. Personne ne vous arrêtera dans vos démarches, le destin fait bien les choses. Donnez le meilleur de vous-même. Le doute tue plus de rêve que l’échec ne le fera jamais, donc allez-y ! »

Actuellement à Lleida, en Espagne, Teva est soulagé d’être aux commandes et de vivre son rêve.

« Un immense merci à mes parents, ma famille sans qui cela aurait été difficile. Merci à mes amis de près comme de loin qui ont cru en moi. A mon ancien patron, Paul de Saint-Exupéry qui nous a quitté l’année dernière. Et enfin, à ma sœur de cœur, Teura Igrec. Nous avions le même projet, de tout parcourir ensemble… à chaque fois que je suis dans les airs, je suis un peu plus près de ton étoile. Ce rêve, je le vis pour toi et moi. »

1 BIA : Brevet d’Initiation Aéronautique

2 BAA Training : Baltic Aviation Academy

3 WizzAir : compagnie aérienne hongroise

Vainui Moreno
Rédactrice web

© Photos : Teva Fontaine pour Hommes de Polynésie

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