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Évasion

Avec Fa’afaite, se réconcilier avec notre passé de grands navigateurs

Avec Fa’afaite, se réconcilier avec notre passé de grands navigateurs

Publié le 16 avril 2018

Le nom de Matahiarii Tutavae est lié à celui de la pirogue de voyage : Fa’afaite. On peut dire qu’il est le « père » de cette pirogue polynésienne. Pour Hommes de Polynésie, Matahiarii nous raconte son aventure et nous laisse un message…

Lorsque la pirogue Fa’afaite quitte Tahiti, pour aller à la rencontre de Hōkūleʻa lors de son départ autour du monde en 2014, elle a un léger retard au programme. Matahiarii, qui se trouve être le capitaine de cette expédition, est aussi journaliste pour TNTV. Il a un journal d’information à présenter avant de rejoindre la pirogue.

Lorsqu’il arrive, tout s’enclenche : briefing, gilets de sauvetage, prière, chant, adieux aux proches et à ceux qui sont venus dire au revoir. La tension est légère mais elle est là. Puis on part sans se retourner. Pour trouver un autre monde, on en quitte un dans la paix. C’est une des conditions de la navigation ma’ohi.

Un projet qui commence par un rêve

« Fa’afaite, c’est pour moi une aventure spirituelle. Elle a commencé par un rêve où je me voyais voyager sur un va’a. »

Peu de temps après avoir fait ce rêve, Matahiarii se retrouve à Moorea, à une conférence donnée par le Maori Rawiri. Celui-ci fait la présentation d’un projet de pirogues. Il parle de sensibiliser le monde entier sur la pollution sonore qui affecte et tue le monde marin. Enthousiasmé par ce projet, Matahiarii va rencontrer Hinano Murphy, une polynésienne très engagée dans la valorisation de la culture et de la langue mao’hi. Il découvre ainsi que le leader du projet en Polynésie est Tunui Salmon. Après plusieurs rencontres entre les deux hommes, Tunui confie le projet à Matahiarii.

« Avec mon oncle Yves Doudoute, nous essayons de rassembler le plus de personnes qui pourraient être intéressées, et le 9 mars 2009, l’association Fa’afaite est concrétisée. »

Une vie axée vers la mer ne peut se faire qu’avec le soutien des proches

Au départ, seuls quatre pays du Pacifique se voient confier une pirogue, dont la coque est sponsorisée par Paul Dieter, mécène européen, et la fabrication assurée par Teaturangi, le chef de projet. Ces quatre nations sont : Fiji, Tonga, Samoa et les Samoa américaines.

« Mais en rêve, je vois une pirogue suivie de quatre espadons et précédée d’une baleine. »

C’est l’annonce de la pirogue destinée à Tahiti. Commence alors pour Matahiarii l’adoption d’un nouveau style de vie, afin de survivre et de perdurer dans ce projet. Il a besoin, comme tout navigateur du Pacifique, du soutien des membres de sa famille. Sa vie ne peut être axée vers la pirogue qu’avec leur adhésion à ce projet.

Matahiarii avec des écoliers

Respect et humilité sont les valeurs requises à bord

Si Fa’afaite est pour Matahiarii une pépinière de leaders, il ne s’agit cependant pas de leader comme on l’entend. Pour Matahiarii, un leader est celui qui sait tirer le meilleur de ceux qui l’entourent.

« Sur le va’a, on est obligé de faire avec les autres. On est obligé d’oublier des préjugés, de tout laisser à terre, et d’être prêt à changer, car c’est effectivement ce qui va se passer. »

Sur le va’a, les règles sont le respect et l’humilité les uns envers les autres. Ces valeurs, lorsqu’on les accepte, transforment un équipage, le rendent heureux et paisible. L’égo disparaît.

Un exemple de l’abnégation

Matahiarii dit que la personne qui l’a le plus impressionné à bord de la pirogue Fa’afaite est Fatiarau Salmon. Il raconte que Fatiarau a su se faire une place en évoluant dans l’abnégation.

« Pour le bien du va’a et de la communauté, elle a su changer et s’oublier. Elle a appris à jouer de la guitare, a écrit des chants en tahitien. Elle danse pour la pirogue. Elle a un amour presque charnel pour Fa’afaite. »

La pirogue suscite en soi de la fierté par rapport à son identité culturelle et à la science des ancêtres : la navigation, la connaissance des astres, des courants marins, la rose des vents Ma’ohi, une science pointue de l’observation.

Matahiarii et Roo Walker

Le message de Matahiarii

« Fa’afaite n’appartient pas à des personnes, c’est un message difficile à faire passer. »

Pour Matahiarii, Fa’afaite est la pirogue de tous, dans le cadre des valeurs ma’ohi. Elle nous apprend beaucoup sur l’océan mais aussi sur nous-mêmes.

« Faafaite est un outil qui nous permet de faire une fraction des choses que nos ancêtres faisaient. »

Rai Chaze
Rédactrice web

© Photos : Rai Chaze

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