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Art & Culture

Un rêve sans limite

Publié le 30 avril 2021

Si ses textes tournent autour de thèmes assez classiques du monde du rap, Maui Lacaze (de son vrai nom) alias SAMO arrive néanmoins à les aborder à sa manière. Apparu sur les radars d’Hommes de Polynésie via un éternel amoureux de vibration sonore, il nous dévoile sa science des 3e et 4e arts, directe et réelle, imbibée de son propre parcours dont il peut être fier. Un véritable talent.

La différence paie

C’est un enfant perdu qui grandit avec ce sentiment d’être toujours différent des autres. Sans arrêt en quête de réponses sur cette vie déchirante laissée par son père, « parti quand j’avais 3 ans. »

Avec son frère, ils profitent très peu de leur maman qui est infirmière à domicile et travaille 7/7 jours. Ils passent beaucoup de temps avec leur arrière-grand-mère aux origines américaines. 

« Elle nous racontait des histoires en anglais et en tahitien. Je lui suis reconnaissant pour tout ce qu’elle a fait pour nous, et aussi parce que je suis devenu bilingue grâce à elle. »

Vers l’adolescence, il est submergé par les émotions liées à l’absence de son père.

« Au fil du temps je me rends compte que son acte me donne toutes les raisons du monde pour m’auto-détruire. Je me suis regardé dans la glace un jour en me disant ‟ Est-ce l’image que je veux laisser ? ” Non. Et heureusement que l’art existe… »

À l’image de ses phases

Melbourne, 2012. Maui réussit avec un ami à pondre un son qui fait bouger la tête des auditeurs sans relâche jusqu’à la dernière note.

« Je dessinais beaucoup et je suis partie en Australie pour étudier  le Fashion Design. Puis j’ai rencontré un calédonien mordu de musique. Je composais et j’étais au chant, et lui produisait sur son ordi. Nos chansons passaient à la radio. »

Il crée des morceaux et s’enregistre au micro en parfait autodidacte. Ses textes reflètent son mal-être teinté d’un manque de repères qui le hantait et qu’il n’arrivait à chasser qu’à l’aide de substances enivrantes…

« Je faisais beaucoup de bêtises durant l’adolescence. Je traînais dans un milieu malsain. »

À Tahiti, Maui est tiraillé entre ses désirs et ses doutes. Il s’éloigne petit à petit du dessin pour se perdre dans un monde bâti par ses propres démons.

« Jusqu’au confinement en avril 2020 où je me suis retrouvé comme tous, enfermé à la maison. Là j’ai ressorti les toiles et les pinceaux… »

La lutte intestine de l’artiste transpire de ses œuvres, aussi bien dans la musique que dans la peinture. Il puise son inspiration à travers ce qu’il écoute et en ressort des tableaux aux influences pop art et néo-expressionnistes.

« Je peins en fonction du feeling avec la musique. Mes messages sont subtils, chacun est libre d’exprimer ce qu’il veut. »

Un adieu, une libération

Enfin au service de son art, Maui a su déployer tout son talent pour créer une harmonie. Land of the lost tourne sur les réseaux depuis début avril. Cette œuvre fait un parallèle entre l’aspiration d’exporter sa musique et la vie en Polynésie, donnant à celle-ci un fil conducteur intéressant.

« Tahiti est trop éloignée. Les gens ne veulent pas voir plus loin, c’est dommage. Ça se ressent dans ma peinture ; je suis toujours ‘l’outsider’ et aujourd’hui je le vois comme une qualité. »

Une qualité qu’il a enfin assumée depuis le départ de son père, il y a 2 ans…

« Le jour de l’enterrement, c’était la première et la dernière fois que je le voyais depuis mes 3 ans. Ça peut sembler dur pour certains mais il faut avoir vécu mon histoire pour le comprendre : autour de moi tout a commencé à prendre sens. J’ai enfin eu des réponses à mes questions. Plus rien ne peut m’atteindre. Je n’ai plus peur. »

Il fait peu de doute qu’après un tel parcours, SAMO ne manquera pas de progresser et de surprendre sur la suite. On le sent à l’aise sur le beat, tranchant et en place. En effet, son prochain morceau symbolisera sa propre identité : les démons ont été vaincus, la haine est aux oubliettes et on recommence à profiter pleinement de la vie.

« Il faut croire en ses rêves. Il n’y a pas de limite et celle-ci ne s’arrête pas à la barrière de corail ! Relevez-vous, la lumière est toujours là, à attendre au bout du tunnel. »

Vainui Moreno
Rédactrice web

© Photos : Manutea Rambaud et Maui Lacaze pour Hommes de Polynésie

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