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Art & Culture

Samuel Poepoeani Artiste Hommes de Polynesie Credit : Cartouche Louise-Michele

Samuel Poepoeani, héritage du souffle ancestral (1/2)

Publié le 19 mars 2026

Artiste aux chemins multiples, Samuel Poepoeani oeuvre là où le corps, la matière et l’esprit se rejoignent. Son parcours est une quête patiente : préserver ce qui a été transmis, éveiller ce qui sommeille et rappeler que la culture n’est pas un héritage figé, mais un courant vivant à emprunter ensemble.

AUX ORIGINES

Samuel Poepoeani vient de l’île de Hiva Oa, dans l’archipel des Marquises.

« Dans mon enfance, j’étais enfant de chœur. J’ai appris à servir l’Église bien avant d’apprendre ma propre histoire. Lorsqu’il a fallu quitter mon île pour les études, je me suis éloigné de ma source et j’ai pris conscience de sa valeur. Et j’ai commencé à chercher. »

L’APPEL DE LA DANSE

« C’est la danse qui m’a appelé, au son du pahu1 lié au battement du coeur. »

Mais qui dit danse dit langue.

« Même aux Marquises, à l’école on apprend le français et à la maison on le parle. Le manque de connaissance de ma propre langue, c’est ce qui m’a fait le plus honte au départ. J’en voulais à mes aînés à un moment donné, mais je me suis rendu compte que ce n’était pas de leur faute. »

Désormais, il ne cherche pas à blâmer, mais à réapprendre ce qui a été arraché. Dans les noms, Samuel retrouve des messages enfouis. Prononcer un nom ancien, c’est réveiller un ancêtre et faire écho dans l’invisible.

« C’est dans les noms de ma famille que j’ai trouvé des messages liés à ce que je suis et deviens. Mon propre nom, le nom de mon grand-père, celui de mon arrière-grand-mère… Lorsque tu déclames dans la langue ancienne, tu peux réveiller les esprits. »

La matière arrive ensuite comme un terrain d’exploration et de développement en tant qu’artiste.

« J’ai commencé à apprendre à graver l’os, à sculpter le bois, à commercialiser mes créations, à les exposer. Et je suis encore loin d’avoir tout appris. »

Le jeune homme avance sans se figer, privilégiant la transformation à l’aboutissement. Il nous révèle qu’il fut un temps où son objectif était l’agrandissement de son capital.

« Je voulais gagner beaucoup et rapidement. Je me suis mis la pression, travaillant de manière acharnée sans me rendre compte que je me perdais culturellement, mais surtout spirituellement. Aujourd’hui, mon travail s’aligne sur mes rêves et mes ambitions. Une meilleure version, plus fidèle à ma vision. J’ai décidé d’être ce que je suis, tout en avançant et en évoluant sans cesse. »

CRÉER ENSEMBLE

Le chemin de Samuel est nourri par le collectif et les échanges.

« Je ne suis pas seul dans ce cheminement. C’est la troupe Kakaia qui a réveillé en moi ce désir de protéger, de préserver. À travers la danse, nous avons réappris notre langue, nos légendes et surtout notre propre histoire. »

Ensemble, ils forment un écosystème où l’art se décline sous différentes formes.

« Dans notre communauté d’artistes, chacun a sa spécialité. Certains ont choisi le tatouage, d’autres se sont tournés vers la sculpture ou la gravure. Tu as les danseurs, les musiciens, les compositeurs, les chorégraphes et enfin les préparateurs de mets et de remèdes traditionnels. »

La transmission comme outil de préservation

Aux côtés de la troupe Kakaia, créer ne suffit pas. Il faut toucher les coeurs, éveiller le peuple. Les spectacles deviennent alors un moyen de partager les messages de ceux qui ont été oubliés.

« On propose des spectacles pour que cela ait de l’impact sur la conscience des jeunes. Le défi, c’est la préservation de la culture, la protection de notre identité. »

L’ambition est profonde : guérir des blessures invisibles, redonner de la force et offrir un horizon.

« Notre but depuis le début, c’est de guérir un traumatisme communautaire transmis à travers les générations. Nous ne sommes que les véhicules de quelque chose de plus grand, et nous avons choisi d’être porteurs d’espoir. Nous souhaitons que les gens prennent conscience et décident de se préserver eux-mêmes, de l’intérieur. La guérison commence toujours en soi. »

S’inscrire dans la continuité, honorer le passé et ne pas rompre le fil.

« D’un côté, on nous enseigne que nous sommes aujourd’hui beaucoup plus avancé que n’importe quelle civilisation du passé. De l’autre, on se pose toujours la question de comment ont-ils fait avec les moyens qu’ils avaient. Préservons ce que les ancêtres ont commencé à bâtir il y a des milliers d’années. Connectons-nous à cette continuité sacrée pour mieux construire notre avenir. »

Tous ses projets le nourrissent et consolident les liens de ceux qu’il considère aujourd’hui comme sa famille de combat culturel. Mais avant tout, Samuel est reconnaissant du chemin parcouru et des âmes rencontrées.

« Je voudrais remercier tous ceux et celles qui nous soutiennent : nos familles, nos amis, nos îles et nos terres. Merci d’avoir toujours cru en vous-même et en nous tous. Vai’einui. »

¹ tambours

Cartouche Louise-Michèle Photographe Tahiti

Cartouche Louise-Michele 

Rédactrice

©Photos : Cartouche Louise-Michèle et Samuel Poepoeani pour Hommes de Polynésie

Directeur des publications : Yvon Bardes

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Contact

  • samuel.poepoeani@gmail.com
  • +689 87 70 04 36 

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