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Art & Culture

Poehei Temaiana École ARATAI Musicien Hommes de Polynesie

Poehei Temaiana, battre le temps (2/2)

Publié le 4 février 2026

Chef d’orchestre reconnu, jury du Heiva, enseignant…, Poehei Temaiana s’est affirmé au fil des ans comme une figure de transmission. Il poursuit aujourd’hui l’héritage reçu, qu’il transmet aussi à ses enfants. Pour Hommes de Polynésie, il poursuit son récit de vie.

Hitireva, un nouveau souffle

En 2005, après plus d’une décennie passée avec Ahutoru Nui, Poehe Temaiana entame un nouveau chapitre. Kehaulani Chanquy monte sa troupe, Hitireva, et Poehei en devient le chef d’orchestre.

« Au début, on faisait le Hura Tapairu. C’était un petit orchestre, donc compatible avec mon travail de steward. »

En 2007, la troupe se fait remarquer lors de son premier Heiva. Les danseurs, les musiciens, les auteurs affluent. Peu à peu, Hitireva s’impose et revient en 2009 avec un thème écrit par Jacky Bryant, sur la vallée.

Poehei Temaiana École ARATAI Musicien Hommes de Polynesie

« Pour mon papa, qui a grandi dans les vallées de Haapu à Huahine, les arbres, les oiseaux, la rivière connectée à la mer, tout ça lui parlait. On est allés chercher des sons dans la nature, notamment à Papeno’o, pour retranscrire les bruits du cochon sauvage, du ū‘ūpa1, du vent dans les bambous et les pūrau2, des cascades… Et tout ça, on l’a reproduit dans notre spectacle. »

Poehei revendique également une autre approche des percussions.

« Il ne s’agit pas uniquement de taper fort et vite. Lesōte’a3 peuvent être doux. Le pahu tūpa’i4 et le tari parau5 accompagnent aussi les ’aparima et racontent. »

Cette recherche marque les esprits. Le groupe remporte le premier prix en Hura Ava Tau, ce qui lui permet de passer en Hura Tau l’année suivante.

Le regard du jury

En 2011, après un nouveau succès de Hitireva qui remporte le Hura Tapairu, Poehei décide de changer de place. Il rejoint d’autres groupes, notamment ceux qui ont besoin d’aide pour se lancer, et devient membre du jury du Heiva, référent musique. Une expérience marquante.

« La première année, ça m’a traumatisé. J’ai été lynché, même par des gagnants. J’en ai pleuré. »

Poehei Temaiana École ARATAI Musicien Hommes de Polynesie

Il découvre la pression, les attentes, les incompréhensions.

« Être jury, c’est analyser, mais surtout assumer. »

Malgré ces débuts difficiles, il y siégera six fois, affinant chaque année son écoute et son regard.

Transmettre autrement

Quand son père, Papi Teupoo, tombe malade, la question se pose : qui reprendra l’école de percussions Arata’i, fondée en 2000 sur le motu d’Arue avec le soutien de la commune (en même temps que sa voisine, l’école de danse Arato’a de Keaulani) ?

« J’étais animateur de quartier à la mairie. J’ai pris une disponibilité pour devenir responsable de Arata’i mais le Covid est arrivé. Les cours ayant été suspendus, j’ai pris le temps de réfléchir à l’avenir de l’école, en demandant toujours conseil à mon papa, qui me disait : Fais comme tu veux, mais ne mets jamais l’argent au-dessus de ta passion. Trouve l’équilibre.’ »

Après le Covid, Poehei reprend l’école en l’adaptant à son style. Malgré la disparition de son père il y a quatre ans, il continue d’entendre ses conseils et de transmettre le caractère sacré des percussions à ses élèves.

« On n’achète pas ces instruments juste pour faire plaisir à son enfant. Il y a un endroit et un moment pour taper. Il y a des valeurs et c’est ce que je véhicule à travers Arata’i. »

Poehei Temaiana École ARATAI Musicien Hommes de Polynesie

Actuellement, Poehei enseigne dans son école le lundi soir aux musiciens expérimentés et le mercredi aux débutants, jeunes enfants, adolescents, mais aussi adultes, pour qui il a décidé d’ouvrir un créneau.

« Mon concept, c’est de leur faire oublier leur journée de travail. Ils arrivent fatigués, ils repartent heureux. Et en fin d’année, on fait des bringues ! »

Poehei enseigne également dans différents établissements scolaires, toujours à sa façon, si singulière.

La relève familiale

La transmission passe aussi par ses enfants. Nohorai, né en 1996, s’impose très jeune au fa’atete6, avant de devenir l’artiste, guitariste-compositeur-interprète, que l’on connaît aujourd’hui.

« En 2014, lors de son premier Heiva avec Hitireva, tout le monde avait les yeux sur lui. Cette année-là, j’avais réintégré le groupe pour être sur scène avec lui. »

Son fils cadet, Aihau, connu sous son nom de rappeur Only C, compose aujourd’hui avec Poehei des musiques intégrant ces percussions. Ils enseignent ensemble le lundi soir.

« Dans l’ADN de mes fils, il y a des artistes des deux côtés, car leur maman est la fille aînée de Big Jo, l’un des membres fondateurs du célèbre groupe Te Ava Piti. »

Aujourd’hui, Poehei Temaiana frappe moins pour prouver que pour transmettre. Il parle (beaucoup), il explique, il guide. Tant que le pahu résonne, le lien reste vivant, et le temps continue de battre juste.

1 Pigeon vert

2 Arbre aux fleurs jaunes (Hibiscus tiliaceus) que l’on trouve près des plages et dont l’écorce sert à faire des more

3 Danse sur des mouvements rapides de percussions

4 Tambour recouvert de peau de chèvre qui se joue avec un maillet feutré

5 Petit tambour à membrane joué avec deux baguettes

Tambour traditionnel polynésien sur pied

Lucie Ceccarelli

Rédactrice

©Photos : Lucie Ceccarelli pour Hommes de Polynésie

Directeur des publications : Yvon Bardes

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