
HEIARII BOOSIE, UNE PASSION À PLUSIEURS VOIX
Du chant lyrique aux musiques traditionnelles, Heiarii Boosie explore les univers musicaux avec une même envie : partager sa passion et la transmettre. Rencontre avec Hommes de Polynésie.
L’ÉCHO DES PREMIÈRES NOTES
La musique entre parfois dans une vie par une porte toute simple : celle de l’envie de ressembler à quelqu’un que l’on admire.
« Je suis dans la musique depuis l’âge de 8 ans. J’ai commencé en voulant imiter mon papa qui jouait du clavier à l’église. »
C’est donc d’abord au piano que Heiarii Boosie s’exprime. Quelques années plus tard, adolescent et désireux d’impressionner les filles de son âge, il apprend la guitare puis le ‘ukulele, qui devient son instrument de prédilection.
« J’ai commencé à faire des animations locales en étant un peu polyvalent. »
Multi-instrumentiste, le jeune homme se plaît à explorer diverses facettes de sa culture, ce qui le mène à danser pour le Heiva, en 2013, aux côtés de la troupe Toakura.
« Ça m’a beaucoup plu, c’était une expérience forte en émotions. J’ai ressenti autant de choses que quand je chante. »

Malgré une expérience plus que prometteuse, Heiarii consacre d’avantage son temps à la musique. Depuis, il a joué dans le groupe « Nohorai Tini » avec le groupe de Danse Manahau et, depuis 2022, il chante pour Hei Tahiti.
« Je me suis ensuite lancé en 2006 dans un domaine qui m’était totalement étranger : le classique. J’ai pris des cours de chant avec Gabriel Cavallo et au conservatoire avec Emmanuelle VIDAL ou j’ai bien évidemment appris le solfège.»

OSER UNE AUTRE VOIX
Six années durant, Heiarii se consacre à l’apprentissage du chant lyrique. En 2023, entouré de personnes de confiance et passionnées comme lui, Laetitia JULLIAN et Terahiti VILCHEZ, ils fondent Bel canto Tahiti, un groupe musical qui marie musique classique et chants traditionnels.

« On veut essayer de concrétiser le rêve de Gabriel Cavallo, qui est de démocratiser la musique classique et le chant d’opéra au niveau polynésien. »
Cette volonté prend notamment forme dans un spectacle qu’ils écrivent ensemble et portent jusque sur les scènes du Festival d’Avignon.
« Nous avons monté Le Dernier Chant de la Bounty et avons eu la chance de pouvoir présenter ce spectacle cinq fois au Festival Off. C’est Maimiti Ladoire qui a créé le spectacle avec l’aide de Laetitia JULLIAN. Ma touche a été la composition musicale de la scène finale. »

Le récit musical épouse lui-même le trajet du bateau et fait dialoguer deux cultures, sans cloisonner les répertoires.
« On commence en partant d’Angleterre avec des chants classiques militaires. Et ensuite, arrivés à Tahiti, on passe à des chants traditionnels. »
Le chant lyrique n’a pas vocation à rester réservé à un public initié. Il peut se partager, se découvrir et s’apprécier par des chemins différents, pour peu qu’on lui en donne l’occasion.
Aujourd’hui, le groupe Bel canto Tahiti regroupe 10 artistes musiciens : Heiarii Boosie, Rudmilla Boosie, Laetita Jullian, Guillaume Matarere, Mana’ari’i Maruhi, Tunui Teiho, Moeahaunui Lau, Stellio Moufat, Maimiti Ladoire et Terahiti Vilchez.

« C’est ouvert un peu à tout le monde ! »
AU CROISEMENT DES ARTS
Mais si le classique occupe une place importante dans son parcours, ce n’est pas son seul horizon.
« Mon copain Richard Reva m’a appelé il y a un an maintenant pour intégrer l’un des groupes de Toa A Rere. »

Sur scène, la musique prend alors une autre dimension.
« Je ne sais pas si c’est jouer de la musique que j’aime particulièrement, ou chanter et faire plaisir au public. Quand tu te fais applaudir à la fin et que tu vois les gens avec des grands sourires, c’est difficile à décrire… »
Habitué à jouer au sein de différentes formations, Heiarii apprécie particulièrement son expérience auprès de l’association.

« Avoir des danseuses qui accompagnent les musiciens à chaque fois, c’est une nouveauté ! »
FAIRE CHANTER LES AUTRES
Au sein de Bel canto Tahiti, Heiarii endosse également le rôle de coach.
« Je suis formateur vocal, ça me plaît d’apprendre à chanter ! »

Heiarii imagine un lieu où la musique ne serait pas seulement enseignée, mais vécue collectivement, une maison ouverte à plusieurs disciplines, où chacun pourrait découvrir sa propre sensibilité.
« C’est plus un rêve qu’un projet. Si j’avais les moyens, j’achèterais un grand local et créer une grande salle. Dedans, on pourrait faire des récitals, des cours de chant, de piano et de guitare. Une sorte de petite école, pour transmettre à nos jeunes et moins jeunes. »

Un rêve encore à construire, mais qui prolonge naturellement le fil de son parcours : apprendre, explorer, partager et, surtout, donner à d’autres l’envie de faire résonner leur propre voix.

Rédactrice
©Photos : Heiarii Boosie et Bel Canto Tahiti pour Hommes de Polynésie
Directeur des publications : Yvon Bardes



