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Art & Culture

Evrard CHAUSSOY, ou l’importance de s’exprimer avec authenticité

Publié le 17 avril 2020

Dans le cadre d’un partenariat entre la DGEE et la société ZUCKOO, la classe SGATL du LP UTUROA, accompagnée de leur professeure Valérie Sintes-Sillieres, a interviewé Evrard Chaussoy, artiste peintre. Chez Hommes de Polynésie nous sommes fiers de ces rédacteurs en herbe, et vous présentons leur projet pédagogique.

Evrard Chaussoy est un artiste autodidacte né à Raiatea, il y a bientôt 40 ans. Il est tombé dans un pot de peinture tout petit puisque son père, peintre également, lui a permis de côtoyer de nombreux artistes qui ont ensuite influencé ses choix, comme Herman GOUWE ou le galeriste Sandy WINKLER.

Du plus lointain qu’il se souvienne, il a toujours aimé dessiner, s’est documenté, a assisté à de nombreux vernissages, s’est construit sa propre culture artistique. Il n’a pas choisi ce métier, c’est ce métier qui s’est imposé, telle une évidence.

« Je peins ce dont j’ai envie, les gens aiment ou n’aiment pas, mon but est de créer des émotions. »

Il est temps de rentrer

De l’industriel à l’artiste

Evrard et sa famille ont une forte attache à Raiatea puisque, avant d’être peintre, il a aussi contribué à l’activité économique de l’île. La célèbre marque Arii Création a vu le jour quand son papa et sa maman, sans ressource, se retrouvent à la rue avec deux enfants. Le père sculpte alors du bois puis roulera ces bois sur de la peinture pour faire des impressions sur des paréos ; la maman fera les ourlets et grâce aux ventes de porte à porte, ils développeront une activité.

L’usine était installée dans la vallée de Tepua, produisait jusqu’à 5km de tissu par jour et 32 personnes y travaillaient. Les années passent, la concurrence chinoise met à mal l’entreprise qu’Evrard quittera en 2009 après avoir réalisé de nombreux modèles.

Comme il peint toujours, son père lui propose d’exposer à Tahiti pour une vente caritative. C’est un franc succès, les toiles se vendent toutes et Evrard est félicité. Cela l’encourage à poursuivre la peinture jusqu’à arrêter toute autre activité en 2017 pour se consacrer à sa passion.

Le processus de création

Sa vie d’artiste ne s’organise pas en journée mais en période. Quand il se prépare pour une nouvelle exposition, il faut envisager un nombre de tableaux conséquent. Il va donc tout d’abord chercher un thème, noter ses idées. La conception est le plus long, il aime créer, chercher, poser les couleurs et passer à la réalisation.

« Quand je crée, je mange du chocolat ! »

Le départ

Du technicien à l’artiste

Pendant longtemps, Evrard n’admettait pas d’être qualifié d’artiste. Il s’est réconcilié, il y a peu avec ce mot. Au début il faisait beaucoup de fusain. Il se savait bon technicien mais trouvait ses tableaux vides de sens. Il se contentait de reproduire des photos, qu’il avait prises lui-même, certes, mais qui restaient une représentation sans grande interprétation.

Un jour, il se confie à un ami, qui lui demande :

« – C’est quoi un artiste selon toi ? »

Evrard répond

« – Un artiste, il ne reproduit pas les choses telles quelles, il doit y mettre sa touche. Un visage, un cocotier il va mettre sa touche, le cocotier ne sera pas une photo, il sera ce qu’il voudra, tordu ou pas, mais le tableau aura du sens. Un artiste dégage des émotions et des messages. »

« – Ben alors qu’est-ce que tu attends ? » lui répond son ami

C’est ainsi qu’il s’est lancé en mettant en œuvre une qualité, selon lui, essentielle pour ce métier : l’honnêteté.

« Il faut être honnête envers soi-même, ce qu’on a au fond, le public le perçoit ».

Les délices et le pareo aux tiare apetahi 

Un artiste engagé

Aujourd’hui Evrard s’engage pour défendre ses idées. Sa sensibilité face à l’environnement se retrouve dans ses tableaux. Sa dernière exposition en février 2020, à la galerie Au Chevalet de Tahiti, s’intitulait « Une nature presque morte ». Derrière ce jeu de mot, se cache son inquiétude face à la montée des eaux, à l’enfouissement des déchets, ou encore sa tristesse face aux incendies en Australie ou les essais de Mururoa.

La Polynésie en 3 mots ?

Paradis            Fragile            Culture

Paradis en sursis

L’avenir

Evrard a déjà exposé une fois à Paris, lors du Salon des Beaux-Arts au Carrousel du Louvre en 2007 ce qui lui a valu le Prix Spécial du Jury. Il a également exposé en Nouvelle Calédonie en février 2019. Il aimerait beaucoup présenter à nouveau ses toiles à Paris, mais aussi en Nouvelle Zélande ou au Japon. Aujourd’hui, Evrard transmet son savoir et ses valeurs aux jeunes du LP Uturoa en tant que professeur d’arts appliqués.

Ce grand artiste, défenseur du Fenua au travers de son art, a encore plus d’une couleur dans sa palette pour nous faire rêver, voyager ou tout simplement, pour nous émouvoir.

Les élèves de la classe SGATL du LP UTUROA, accompagnés de leur professeure Valérie Sintes-Silliere

© Photos : Evrard Chaussoy

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