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Art & Culture

Dominique, de l’or dans les mains

Publié le 16 février 2020

A Mahina, un Marquisien a su extraire le meilleur de sa culture pour créer ses oeuvres. Parures, ornements, Dominique Kaiha excelle dans la fabrication de bijoux. Un don, héritage familial, qu’il a mis quelques années à exercer. Hommes de Polynésie vous dit comment, à 1400 kilomètres de son île natale, ce natif de la Terre des Hommes au parcours atypique a renoué avec son identité culturelle.

Artisan de père en fils

Dominique est originaire des Marquises, de l’ile de Ua-pou. Dire que l’artisanat est son univers serait peu dire, car comme Obélix, il est tombé dedans quand il était petit, ses parents étant artisans. C’est pourtant sous l’œil vigilant de sa grand-mère maternelle qu’il vivra ses premières années.

« J’ai grandi avec des valeurs, telles que le partage, l’entraide, les valeurs familiales tout simplement. »

A son adolescence Dominique laisse momentanément ses aptitudes d’artisan pour suivre une filière manuelle, en se formant au métier de l’automobile, spécialité diéséliste. Il s’inscrira plus tard à l’école marchande.

« Étant amateur d’archéologie, je suis parti ensuite en formation au Bishop Museum de Hawaii pendant 3 mois, auprès du professeur Sinoto1. »

Passionné de sa culture

La terre lui parle, et Dominique est un récepteur consentant. Mais avant de s’en faire l’écho, il la laisse temporairement pendant trois ans pour servir sous les drapeaux. Après cette parenthèse patriotique, il part à Paris suivre une formation de quelques mois au Musée de l’Homme, toujours dans l’archéologie.

« J’ai travaillé comme saisonnier à Royen durant 4 ans, puis, de retour chez moi, auprès de M. Lucien Kimitete2 et de Pierre Ottino3 ,  archéologue sur la restauration des sites de la vallée de Hatiheu sur l’ile de Nuku-Hiva. »

Riche de culture et de connaissance, Dominique aspire aujourd’hui à transmettre ce qu’on lui a appris, et il le fait au travers de ce qu’il fait le mieux : le travail de la matière. Aujourd’hui artisan bijoutier à Mahina, il façonne à partir de modèles anciens des objets d’un autre temps, et participe à redonner vie à des trésors.

« Ma passion est tout simplement ma culture. »

Héritage en voie de transmission

Sa rencontre avec son épouse lui donne la force nécessaire pour se livrer sans regret à son activité. Dominique a connu le désenchantement, les désillusions et les obstacles, néanmoins, le secret à son équilibre de vie, il l’a trouvé dans la pratique d’activités en lien avec son environnement.

« Aller à la mer, pêcher, aller en montagne, se ressourcer avec la nature et bien évidemment, ma petite famille. »

Père de trois enfants, c’est à eux qu’il pense en accordant cet entretien. Cela l’encourage dans la voie de la persévérance. Comme ses parents avant lui, il veut leur donner les moyens d’y arriver et les exhorte à ne surtout de pas laisser tomber au premier obstacle, « mais de continuer à avancer et à fournir les efforts nécessaires pour atteindre ses objectifs dans la vie, car personne ne le fera pour eux. »

S’il vit de sa passion, il en est une autre qu’il souhaite concrétiser avec l’aide d’autres artisans : la construction d’une pirogue double. Pour ce natif de la Terre des Hommes, pour qui connaître et aimer sa culture va de pair avec la pratique au quotidien de sa langue, la chance de vivre sa culture est un bien plus précieux que le plus beau bijou qu’il créera.

« J’invite chacun d’entre nous à toujours faire de son mieux pour partager son savoir aux nouvelles générations qui arrivent pour perpétuer notre belle culture polynésienne. »

1  Yosihiko Sinoto, anthropologue américain d’origine japonaise, a été chercheur au Muséum Bishop à Hawaii connu pour ses expéditions anthropologiques dans le Pacifique, notemment à Hawaii et en Polynésie Française.

2 Lucien Kimitete, danseur, chorégraphe, cofondateur de l’association Motu Haka, poète, et homme politique originaire de Nuku Hiva – Marquises aujourd’hui disparu.

3 Pierre Ottino, docteur en archéologie préhistorique, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement.

Jeanne Phanariotis

Rédactrice Web

© Photos : Dominique Kaiha

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