
Des vallées de Moorea aux couleurs du fenua : Didier Gendron, artiste peintre
Originaire de Moorea, Didier Gendron peint la nature polynésienne depuis l’adolescence. Autodidacte, il trouve son inspiration dans les vallées, les montagnes et la lumière du fenua. Sa peinture est étroitement liée à la terre où il a grandi. À travers son parcours, il revient sur son enfance au cœur de la nature, ses débuts modestes et sa manière de peindre, faite de patience et d’observation.
Une enfance au cœur de la nature
Didier Gendron grandit dans la vallée de Paopao, auprès de sa grand-mère. Il se souvient d’une enfance passée au plus près de la nature.
« Après l’école, on ne se promenait pas. Je travaillais avec ma grand-mère dans la vallée, dans les plantations de café, d’ananas, de māpē (le châtaignier de Tahiti)… On en plantait pour manger et pour vendre. C’est pour cela que je connais bien la terre, la nature, les plantes. On n’avait pas d’argent, mais cette vie-là était magnifique. Depuis l’enfance, j’ai toujours aimé la nature et la tranquillité. C’est là que je trouve l’inspiration. »
Quand la peinture commence sur du pinex
Il commence à peindre vers l’âge de 14 ou 15 ans, alors qu’il travaille dans l’entreprise de bâtiment de son père. Il découvre la peinture sans formation ni matériel adapté.

« Au début, je peignais sur du pinex, avec des peintures de chantier. Pour moi, ce n’était pas une question de support, mais de peinture : c’est elle qui compte. Je vendais déjà mes tableaux et je peignais surtout la nature et les paysages. Pourtant, je n’étais pas réellement satisfait, parce que je ne pouvais pas travailler les couleurs comme je le voulais. Il y avait toujours les mêmes couleurs : du vert, un peu de jaune, un peu de bleu. »
Ses premiers salaires pour s’acheter son matériel de peintre
Didier attend de recevoir ses premiers salaires pour s’acheter du vrai matériel et lancer son activité de peintre.
« Quand mon père a commencé à me payer, la première chose que j’ai faite a été d’acheter de la vraie peinture ainsi que des toiles. J’ai aussi acheté des tableaux. Mon premier achat concernait les œuvres du peintre Baron Von Nagy. Dès que je les voyais, cela me donnait envie de les acquérir. J’ai ensuite acheté les œuvres d’autres peintres installés au fenua, notamment à Moorea, comme Aad Van Der Heyde et Philippe Meunier… »
Un peintre inspiré par la nature, autodidacte et impressionniste
Notre artiste peint principalement des paysages : montagnes, vallées, baies, rivières et autres scènes naturelles, et se définit comme un autodidacte et un impressionniste.

« J’ai appris seul, avec le temps. Il n’y a pas de secret : il faut des années de pratique. Quand tu peins une montagne ou la mer, il faut que ça sorte, que ce soit réel. Chaque élément a sa place, sa profondeur, sa distance… Aujourd’hui, c’est plus facile pour moi, mais ça m’a pris des années. Même les arbres m’impressionnent, comme les ’aito. La lumière, les couleurs, les reflets… tout cela me donne envie de peindre. »
Un travail long et rigoureux
Peindre des tableaux lui demande temps et patience.
« Un petit tableau demande au minimum vingt heures de travail. Un tableau d’un mètre carré, c’est au moins quarante heures. Il faut travailler, revenir dessus, rectifier… Parfois, l’inspiration vient la nuit. Il m’arrive de me lever pour peindre, parce que je ne veux pas perdre ce que j’ai en tête. »
Des œuvres sur les différentes îles du fenua
Didier a travaillé plusieurs années dans l’entreprise de son père avant de devenir entrepreneur lui-même dans le bâtiment. Il a profité de ses déplacements pour des chantiers pour peindre les différents archipels du fenua, en plus de ses œuvres sur Moorea.

« J’ai peint à Moorea, par exemple dans la vallée de Paopao ou dans la vallée d’Opunohu. J’ai aussi peint dans d’autres îles, comme Bora Bora, les Tuamotu ou les Marquises. Ces dernières m’ont particulièrement marqué : c’est un endroit unique, puissant, magnifique. J’ai vendu tous les tableaux que j’y ai peints. »
Peindre jusqu’à la fin de ses jours
À 60 ans, Didier Gendron continue de se consacrer à la peinture. Il a d’ailleurs récemment exposé à la galerie Au Chevalet, et participé à une exposition collective. Son projet, plus tard, est de construire un musée personnel pour y exposer sa collection de tableaux, ainsi que d’autres peintres.
« Je continuerai à peindre jusqu’à soixante-dix ans, peut-être jusqu’à quatre-vingts si j’atteins cet âge-là. Peindre, c’est ma vie, et je continuerai jusqu’au dernier souffle ! »

Rédacteur
©Photos : Toatane Rurua pour Hommes de Polynésie
Directeur des publications : Yvon Bardes



