
Vaiarii Paofai : le rap tahitien a trouvé sa voix
À 50 ans, Vaiarii Paofai rappe en tahitien depuis plus d’un quart de siècle. Rencontres, expériences, silences, la musique l’a toujours rattrapé. Portrait d’un homme que le flow n’a jamais quitté. Hommes de Polynésie a rencontré le rappeur au marae de ‘Ārahurahu à Paea.
Les yeux fermés, les mains qui dessinent l’air comme tout rappeur qui se respecte, Vaiarii Paofai commence à poser ses mots en tahitien. Dans ce marae de ‘Ārahurahu à Paea davantage habitué aux hīmene sa voix résonne et sa cadence a quelque chose de presque envoûtant. On ne s’attendait pas à un rap dans un tel site, et pourtant le rappeur communie avec sa culture.
Le Polynésien de 50 ans a commencé à rapper il y a plus de 25 ans. Rien dans son enfance ne le destinait à ça.
« Je ne viens pas du tout d’une famille de musiciens. Mon père était comptable et ma mère secrétaire. À sa retraite, elle a décidé de se lancer dans le monde de l’hôtellerie et a créé la pension Bonjouir à Teahupo’o. »
Adolescent, Vaiarii déménage à la presqu’île. Après un BEP maintenance au Taaone, il travaille pour la pension familiale et adore surfer la vague voisine de Teahupo’o. Mais le Tahitien a d’autres passions.
Fan du rappeur 2Pac
« J’ai toujours aimé faire du dessin, de la peinture, de la sculpture. J’ai toujours aimé aussi la musique. Quand j’étais jeune, j’écoutais Pink Floyd, Dire Straits, beaucoup de reggae et de rap. J’écoutais des rappeurs comme Dr. Dre, Eminem, Snoop Dogg et surtout 2Pac, qui représentait pour moi vraiment le rap conscient, engagé. Il portait des messages forts contre le racisme. »
La passion pour le rap prend de plus en plus de place. Vaiarii apprend les flows, écrit des textes en tahitien sur des thèmes qui lui sont chers : l’identité, la culture polynésienne, les mots qui résistent. Au début des années 2000, à 26 ans, il franchit le pas et participe à la première édition du concours Nescafé Star avec des membres de sa famille.
« C’était à la Maison de la culture. Les autres artistes étaient venus avec plein de supporters, nous non. Quand on est monté sur scène et qu’on a commencé notre rap en tahitien, les gens ont été très surpris au début, mais à la fin, on a eu une standing ovation. »
La collaboration familiale s’arrête. Mais cette première expérience devant le public a tout changé.
« Cela m’a donné envie d’améliorer mon flow, d’écrire davantage. »

De nombreuses rencontres
Vaiarii enchaîne les rencontres, les expériences, les projets. Chacun lui apporte quelque chose, le fait avancer, affiner son style.
« En 2004, Steve Labuthie, dit DJ Vesto, me propose de créer un groupe avec un autre musicien, mais après quelque temps, je ne me retrouvais pas vraiment et j’ai préféré arrêter. Cette expérience m’a permis de rencontrer Rastea, le claviériste d’Alpha Blondy, un vrai magicien du clavier. »
En 2005, il pose sa voix sur la chanson Aita e tai ra du groupe Fenua Style.
« C’était le tube de rap de l’époque. Je les ai rejoints sur scène à To’ata, cela m’a apporté une certaine notoriété. »



Chaque rencontre, même les plus brèves, laisse une trace. Vaiarii prend du recul parfois, mais ne décroche jamais vraiment. La musique le rattrape toujours.
Un jour, il recroise Rastea au bord de la route.
« Il faisait du stop, je l’ai pris et on a parlé musique. Il m’a proposé de refaire des sons. J’ai recommencé comme cela… »
Une rencontre de plus, décisive comme les autres.
« J’ai un copain qui a sorti un album tout seul, il m’a dit qu’il l’avait enregistré avec Eremoana Ebb. Je l’ai contacté et ça a vraiment bien matché avec lui. J’ai commencé à enregistrer avec lui la chanson Na mua a‘e haere vau, qui a vraiment bien marché. »
Depuis, le chanteur n’a plus lâché le micro. À 50 ans, il continue d’écrire, de composer, de rapper en tahitien.
« J’aime le rap engagé. J’essaie de mettre en avant notre identité, notre culture, et pour moi la meilleure façon est de rapper en tahitien. Notre langue est si riche, on peut y jouer avec les mots, y mettre différents sens. »
Vaiarii Paofai, lui, a trouvé un sens à sa vie.
Rédactrice
©Photos : Pauline Stasi et Vaiarii Paofai pour Hommes de Polynésie
Directeur de publication : Yvon Bardes





