
Jean-Marie Archambeau, coiffeur au grand cœur
Installé en Polynésie depuis près de trente ans, Jean-Marie Archambeau a fait de la coiffure plus qu’un métier. Depuis le Covid, il met en effet son savoir-faire au service des autres : d’abord auprès des personnes de la rue durant la crise sanitaire, puis auprès des femmes atteintes du cancer avec l’association Amazones Pacific. Rencontre avec Hommes de Polynésie.
C’est dans une petite maison discrète de Fariipiti à Papeete, qu’il surnomme la « maison du partage », que l’on retrouve Jean-Marie Archambeau. Sans enseigne ni vitrine, son salon intimiste, installé ici depuis 2010, invite aux confidences. Il partage ce fare avec deux esthéticiennes. Chacun y possède son espace, mais tous ont la même vocation : apporter des soins, du bien-être et redonner confiance. Mais avant cette vie où tout semble bien posé, Jean-Marie a connu un parcours riche de rencontres et de changements de cap.
Le cheveu comme une évidence
Son histoire avec le cheveu commence dès son enfance. Né à La Rochelle dans une famille de paysans, il grandit entre un père discret et une mère au caractère affirmé.
« J’ai été élevé comme une fille. Ma mère m’appelait Marie. J’ai toujours adoré coiffer et brosser les cheveux de mes poupées. »

À 16 ans, il débute un apprentissage en coiffure. Deux ans plus tard, il prend ses cliques et ses claques et part voyager seul : Grèce, Afrique, Sénégal, Europe du Sud…
« J’adore le soleil ! Je rêvais d’autre chose que la vie de mes parents. J’étais en décalage avec eux. »
Une formation dans les grandes maisons de coiffure
Jean-Marie forge son expérience dans plusieurs salons de la région de La Rochelle. Il travaille et se forme aux techniques et aux styles de grandes maisons de coiffure telles que Jean-Louis David et Jacques Dessange.
« Le cheveu est une matière vivante et unique. Nos cheveux sont issus à 90 % de notre génétique, le reste dépend de notre environnement. C’est fascinant. »
Mais ce qu’il aime aussi dans son métier dépasse la technique.
« Il faut écouter les clientes. Comprendre ce qu’elles aiment et ce qu’elles n’aiment pas. »
Pour lui, une coiffure réussie, c’est avant tout une personne qui se sent mieux en repartant.
« Quand une cliente arrive les épaules rentrées, qu’elle n’a pas le moral et qu’elle repart la tête haute, heureuse, se passant les doigts dans les cheveux et se regardant avec admiration dans le miroir, alors moi aussi, je suis heureux. »
Le coup de cœur polynésien
Avant Tahiti, Jean-Marie s’engage déjà auprès des plus fragiles avec l’association Aides, qui lutte contre le VIH. Il accompagne des personnes séropositives, toxicomanes ou sans-abris.
« J’ai toujours été tourné vers les autres parce que j’ai horreur de l’injustice. »

Une amie de l’association le met en contact avec un salon de Tahiti qui cherche un coiffeur. En deux mois, il vend tout et saute dans l’avion. Direction Tahiti.
« Je suis arrivé à Tahiti le 7 mars 1997, à 11 heures précisément. J’avais 32 ans. »
Le coup de cœur est immédiat.
« J’ai adoré le climat, la simplicité des relations, la nonchalance, le tutoiement, la nature omniprésente. Les Polynésiens m’ont adopté. »
Après plusieurs expériences dans des salons connus, notamment Maurice Melone sur Prince Hinoi et Norma à Taunoa, il décide de travailler seul dans son petit salon de Fariipiti
« J’aime ce quartier populaire. Ça me rappelle d’où je viens. Je me méfie de ce qui brille trop ! »
Ici, les échanges sont simples. Un rendez-vous commence souvent autour d’un café ou d’un thé.
Coiffer pour redonner confiance
Pendant le Covid, Jean-Marie coiffe bénévolement des personnes de la rue placées dans les centres de confinement. Puis il rejoint l’association Amazones Pacific, qui accompagne les femmes atteintes du cancer.
« La perte des cheveux est une étape très difficile pour les femmes. »

Avec douceur, il propose des soins, des coupes adaptées, des conseils.
« Prendre soin de soi, ça aide le moral. Et pour moi, le moral compte énormément dans la guérison. »
Ces moments humains le nourrissent profondément.
« Aider les autres me ressource. Je ne fais pas ça pour qu’on me dise merci. Juste pour faire plaisir. Je n’attends rien en retour. »

Rédactrice
©Photos : Isabelle Lesourd pour Hommes de Polynésie
Directeur de publications : Yvon Bardes






